Article # 374 – Philosophie et pratiques philosophiques, Francesca Brezzi (dir.) et Patrizia Cipolletta(éd.), Département de Philosophie, Université Roma Tre (Rome, Italie)

BREZZI, Francesca (dir.) et CIPOLLETTA, Patrizia (éd.). « Filosofia e pratiche filosofiche ». B@belonline/print : Rivista semestrale di Filosofia, N. 14-15, Anno 2013. Milano – Udine : Mimesis Edizioni / Università degli Studi Roma Tre, 2013, 432 p.

Notice bibliographique complète

Titre de la revue : B@belonline/print : Rivista semestrale di Filosofia

Titre du numéro (Dossier thématique) : Filosofia e pratiche filosofiche

Numéro / Année : N. 14-15, Année 2013

Directrice de la publication : Francesca Brezzi

Responsable du dossier thématique : Patrizia Cipolletta

Éditeur : Mimesis Edizioni (Milano – Udine)

Institution de rattachement : Dipartimento di Filosofia, Università degli Studi Roma Tre (Rome, Italie)

ISSN / Référence e-journal : Version imprimée de la revue électronique www.babelonline.net

Nombre de pages : 432 p.


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Traduction de l’italien au français par Google Gemini

Éditorial

de Francesca Brezzi

Lorsque Patrizia Cipolletta a proposé de consacrer un numéro de B@bel à la relation entre philosophie pratique et consultation philosophique, nous avions conscience, elle la première, de nous aventurer dans une mer inconnue, ou du moins tempétueuse : multiples étaient les dilemmes dans ces deux sphères, d’autant plus difficiles dans l’hypothèse de leur confrontation.

Et pourtant on a tenté l’expérience tout de même, on a couru le « beau risque », dans l’esprit de B@bel de mettre au centre de la réflexion des sujets nouveaux, des interrogations urgentes, des questions qui touchent à l’humain.

Et la consultation philosophique est précisément l’un de ces domaines qui, malgré son âge relativement jeune, interroge la philosophie avec audace, mais pas seulement elle. La fécondité de ce débat réside en effet dans l’élargissement des frontières traditionnelles de la réflexion philosophique (entendue au sens génériquement théorique et abstrait) et dans la possibilité de lui offrir à la fois une rencontre avec l’ensemble des savoirs humains, même ceux considérés à tort comme les plus éloignés (comme la biologie moléculaire et la neurobiologie, pour n’en citer que deux à l’avant-garde), et une présence, transformée et renouvelée, tel un nouveau Protée, dans les territoires les plus usuels (morale, philosophie politique, anthropologie, philosophie de l’esprit, etc.).

La consultation interroge la philosophie sur l’un de ses nœuds non encore résolus : qui est le sujet et quelle est sa relation avec le monde ? Si — de Descartes au XVIIe et au XVIIIe siècle — cette relation a reçu des réponses contrastées, elle n’a pas non plus trouvé au cours du siècle dernier une réponse univoque, et le progrès scientifique ainsi que les sciences humaines ont poursuivi ce débat avec autorité.

Si la philosophie s’est ensuite articulée autour de la célèbre opposition entre analytiques et continentaux, opposition qui tend aujourd’hui à s’estomper, elle offre néanmoins, dans son pluralisme, toujours des réponses différentes ; mais la plateforme commune pour poursuivre le débat est la prise de conscience de devoir répondre aux questions d’un sujet incarné, d’un sujet relationnel, de sorte que la réflexion philosophique et la consultation se rencontrent dans une pensée de l’expérience. De là découlent les rapports étroits et nécessaires entre les sciences mentionnées ci-dessus et l’éthique, par exemple, des relations que la consultation est invitée à nouer, dès lors que l’une et l’autre doivent faire face au malaise existentiel de l’individu. Ni la philosophie ni la consultation philosophique ne se présentent comme des psychothérapies ou un accompagnement spirituel (comme le confirme un consultant comme Roger Paden) ; toutefois, toutes deux peuvent, de différentes manières, faciliter, explorer et comprendre la Weltanschauung de tous et de chacun (omnes et singulatim), en contribuant à une réflexion sur celle-ci, à sa réélaboration, ou à tout le moins à sa reproblématisation.

Un regard sur notre présent nous montre les incertitudes et les difficultés de la postmodernité, auxquelles le développement toujours plus tumultueux des sciences et, de manière générale, des savoirs de plus en plus spécialisés tentent d’apporter des réponses définitives, contredisant immédiatement leur propre esprit de partialité, de révisabilité et de falsifiabilité ; d’autre part — j’en parle dans mon essai —, le besoin et la demande d’éthique sont forts chez l’individu contemporain qui a très souvent rompu les liens qui l’ancraient aux fondements (Transcendance ou Absolu), d’où l’urgence de « pratiques philosophiques », dont la consultation philosophique, avec sa méthodologie d’écoute et de dialogue ; il en naîtra peut-être une réponse à la demande d’aide issue de problématiques existentielles, qui s’ouvre sur un éventail de questions anthropologiques, psychologiques et sociales aussi bien que philosophiques, ainsi qu’une réflexion et une clarification entre l’interprétation du monde et les buts, valeurs, significations, concepts et attentes.

La philosophie et la consultation philosophique, partant d’une vision claire de la complexité sociale et politique, progressent vers une compréhension susceptible d’améliorer les possibilités de relation et d’orienter ainsi vers une vie bonne (et heureuse).

On ne peut se cacher qu’il s’agit d’un chemin escarpé et que de nombreuses réponses sont encore lointaines, mais il est important — et c’est l’un des objectifs du présent numéro — que la consultation philosophique évite les solutions simplistes et affronte la complexité de cet entrelacement, et que la philosophie, à son tour, se soustraie aux fermetures et aux rigidités anachroniques.

Francesca Brezzi

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Article rédigé avec l'Intelligence artificielle GEMINI de Google
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Analyse académique : Philosophie, phénoménologie et pratiques philosophiques dans le numéro 14-15 de B@belonline

1. Cadre épistémologique et refondation du Bios Philosophikos

Ce numéro s’inscrit au cœur du débat contemporain sur la réhabilitation de la philosophie pratique (Rehabilitierung der praktischen Philosophie). Le projet directeur, articulé par Francesca Brezzi et Patrizia Cipolletta, ne vise pas une simple vulgarisation de la philosophie, mais une restauration de la fonction existentielle et thérapeutique du Logos. Il s’agit de penser la transition entre la philosophie comme système abstrait et la philosophie comme « pensée de l’expérience » (pensiero dell’esperienza).

A. La crise du sujet post-moderne et la demande d’orientation

L’émergence de la consultation philosophique (consulenza filosofica) repose sur un diagnostic historique précis : la désorientation du sujet contemporain face à l’effondrement des grands récits métaphysiques et institutionnels. Francesca Brezzi souligne la nature de cette exigence éthique contemporaine :

« L’individu contemporain a interrompu très souvent les liens qui l’ancraient aux fondements (Transcendance ou Absolu), d’où l’urgence de « pratiques philosophiques », parmi lesquelles la consultation philosophique, avec sa méthodologie d’écoute et de dialogue ».

Dans le même registre, Claudia Dovolich caractérise la culture contemporaine par un « narcissisme » ou un « narcinisme » entraînant l’isolement du sujet et la fermeture de l’altérité :

« L’appauvrissement narcissique de la psyché amène [l’individu] à ne plus faire confiance à ses propres expériences […] se confiant plutôt au savoir d' »experts » de plus en plus spécialisés dans des situations ou conditions de vie particulières ».

B. Le Logos comme Bios et la tradition stoïcienne/socratique

Pour répondre à cette dérive, le texte de Chiara Di Marco réinscrit la consultation philosophique dans la lignée de l’Ancien Stoïcisme (Sénèque) et de l’enseignement socratique :

« La philosophie n’est pas un art qui sert à se donner en spectacle devant les gens : elle ne consiste pas dans les mots, mais dans les actions ».

« Logos qui devient bios, pensée qui modèle un style de vie — une éthique, comme le dit Foucault, qui se traduit par une esthétique de l’existence ».

L’enjeu éthique est d’unifier la mathesis (connaissance) et l’askesis (exercice) afin de passer de la théorie à une posture existentiale souveraine.

2. Ancrage phénoménologique : De Husserl à la psychopathologie d’Edith Stein et Binswanger

L’axe phénoménologique constitue le pilier conceptuel majeur du volume. L’article d’Angela Ales Bello établit de façon rigoureuse la généalogie reliant l’introspection phénoménologique d’Edmund Husserl, la psychologie eidétique d’Edith Stein et la psychopathologie d’inspiration heideggerienne et husserlienne de Ludwig Binswanger.

A. La démarcation husserlienne : Vécus purs (Erlebnisse) vs. Actes psychiques

Husserl dépasse la psychologie descriptive de Franz Brentano en distinguant la sphère des faits psychiques empiriques de la sphère des vécus purs enregistrés par la conscience transcendantale :

« La vie psychique individuelle dans son noyau […] se présente comme identique à la conscience transcendantale ; en effet, si la vie psychique est examinée dans sa pureté, on découvre qu’elle est la même vie transcendantale ».

Ce passage de l’attitude naturelle à l’attitude phénoménologique est la condition préalable pour comprendre la structure du sujet sans la réduire au positivisme naturaliste.

B. La distinction steinienne entre Causalité (Kausalität) et Motivation (Motivation)

Dans sa lecture d’Edith Stein, Angela Ales Bello restitue la double structure de la vie psychique et spirituelle :

  1. La causalité psychique : Elle régit la force vitale (Lebenskraft) et les états affectifs/sensibles à un niveau passif et qualitatif.

  2. La motivation : C’est le principe organisateur des actes spirituels et intentionnels libres (intentionale Erlebnisse) :

    « La motivation […] se présente comme le type de lien existant entre les actes […] un sortir de l’un hors de l’autre, un se compléter ou un être complété de l’un en raison de l’autre ».

Cette distinction épistémologique démontre qu’une psychologie pure ne peut être réduite aux mécanismes causalistes stricts de la physique expérimentale ou du cognitivisme contemporain.

C. La Daseinsanalyse de Ludwig Binswanger

La psychopathologie phénoménologique de Binswanger utilise la métaphysique de l’intentionnalité et de la temporalité (protention, intentio, praesentatio) pour comprendre les troubles psychiatriques (mélancolie, manie, autisme) non comme de simples dysfonctionnements organiques, mais comme des altérations de la structure même du « monde vécu » (Welt) :

« Pour saisir le « défaut » du cours de l’existence dans la psychose maniaco-dépressive, il faut garder à l’esprit une remarque fondamentale proposée par Husserl […] : « le monde réel n’existe que dans la présomption constamment prescrite que l’expérience continue constamment dans le même style constitutif » ».

Dans la mélancolie, le malade subit la perte du thème directeur de l’existence (Worüber), entraînant un effondrement de la continuité temporelle et le désespoir existentiel.

3. L’Espace éthique, féministe et dialogique de la consultation

A. La pensée de la différence sexuelle comme pratique de l’expérience

L’article de Francesca Brezzi met en parallèle la consultation philosophique et la pensée féministe de la différence sexuelle (Hannah Arendt, Simone Weil, Luce Irigaray, Adriana Cavarero) :

  • Un « penser sans rampe » (pensare senza ringhiera) : Une démarche réflexive qui renonce aux certitudes dogmatiques et au système clos du Logos phallogocentrique neutre/universel.

  • La politique du « partir de soi » (partire da sé) :

    « Partir de soi dit un vécu expérientiel […] une voie « expérimentale » comme interprétation de l’Erlebnis personnel, comme mode de donation du monde ».

  • L’Éthique du Care et de la Responsabilité : Opposée à une grammaire abstraite des droits imposés par l’universalisme formel, l’éthique féminine privilégie la vulnérabilité, la relation, l’altérité incarnée et la confiance.

B. Le cadre méthodologique et éthique de la consultation (Patrizia Cipolletta & Emilio Baccarini)

La consultation philosophique se distingue fermement de la psychothérapie et de la psychanalyse :

  • Absence de pathologisation : Le consultant ne traite pas un déficit psychique ou une anomalie clinique (DSM) ; il accueille un sujet confronté au problème du sens, à la finitude et à la contingence.

  • Metre en scène le monde (Mettere in scena il mondo) : Emilio Baccarini définit la tâche du consultant comme un processus de distanciation et d’objectivation dialogique :

    « Mettre en scène signifiera alors être capable de se poser face à [son monde] sans se laisser absorber par lui, le poser à distance et ainsi devenir capable de le voir et d’en constituer la signification ».

  • L’Epoché du consultant : Patrizia Cipolletta insiste sur la posture éthique fondamentale de l’intervenant :

    « Le consultant philosophique ne cherche pas de réponses et ne donne pas de réponses […]. Il fait l’épochè de son propre point de vue pour se préparer à l’écoute ».

4. Synthèse critique et perspectives

Le volume 14-15 de B@belonline offre une synthèse rigoureuse et novatrice des pratiques philosophiques contemporaines :

1. Sur le plan épistémologique : La légitimation d’une herméneutique critique du vécu (Erlebnis)

Loin de constituer une sous-discipline ou une vulgarisation dégradée de la métaphysique théorique, la philosophie pratique se révèle être l’accomplissement légitime de la recherche philosophique lorsqu’elle s’articule comme une herméneutique critique du vécu (Erlebnis). Le passage de la spéculation abstraite à la pratique ne trahit pas la philosophie ; il la ramène à son impératif originel de clarification du sens de l’existence.

  • Déconstruction de l’abstraction intellectuelle : Francesca Brezzi souligne que le véritable intérêt de la consultation philosophique réside dans la reconquête de la réalité concrète contre les abstractions pures :

    « La fécondité de ce débat réside en effet dans l’élargissement des frontières traditionnelles de la réflexion philosophique (entendue dans un sens génériquement théorique-abstrait) et dans la possibilité de lui accorder à la fois une rencontre avec tous les savoirs humains […] et une présence, transformée et renouvelée, nouveau Protée, dans les territoires les plus habituels ».

  • L’Erlebnis comme fondement critique : Emilio Baccarini, s’appuyant sur la phénoménologie husserlienne, rappelle que la fonction du penser philosophique est d’interroger l’origine même du sens à partir de l’expérience vécue :

    « Le fait de mettre en scène signifiera alors être capable de se poser face à [son monde] sans se laisser absorber par lui, le poser à distance et ainsi devenir capable de le voir et d’en constituer la signification. […] C’est à travers cette opération propre que la philosophie devient capacité de donner du sens. Mais non pas de manière abstraite : en effet, la représentation produit une prise de distance et en même temps une « répétition » du « vécu » qui devient ainsi « objet » ».

  • L’auto-responsabilité de la pensée : Ce processus herméneutique exige une démarche d’auto-explicitation radicale du sujet pensant, comme le formule Baccarini en citant Husserl :

    « Pour pouvoir réaliser une philosophie, l’io philosophant doit devenir pour lui-même un thème de la volonté, ce qui signifie […] qu’il doit devenir pour lui-même le premier thème de sa connaissance […] dans une permanente et continue auto-responsabilité ».

2. Sur le plan clinique et dialogique : Une alternative phénoménologique au réductionnisme positiviste

En articulant la phénoménologie transcendantale d’Edmund Husserl, la psychologie eidétique d’Edith Stein et la Daseinsanalyse de Ludwig Binswanger, le texte formule une alternative rigoureuse au réductionnisme biophysique, scientiste et positiviste. La souffrance psychique et les troubles existentiels ne sont pas réduits à des pannes mécaniques ou cérébrales, mais sont réintégrés dans la totalité de la personne et de son monde vécu.

  • La critique du modèle scientiste par la phénoménologie : Angela Ales Bello met en lumière le projet d’Edith Stein visant à libérer la psychologie du dogme deterministe des sciences exactes :

    « [Il s’agit de] l’impossibilité d’une fondation de la psychologie comme science exacte, conformément à un modèle scientifique de type physico-mathématique. Ce schéma est présent de nos jours dans certains secteurs de la recherche psychologique, en particulier dans le cognitivisme […] et cela démontre l’actualité de la critique formulée par la pensatrice à l’encontre d’une psychologie qui utilise des critères « scientifiques » ».

  • La distinction entre causalité et motivation : Stein démontre que si la sphère psychique subit une causalité vitale qualitative, la sphère spirituelle obéit à la dynamique de la motivation et de la liberté :

    « Les actes libres présupposent toujours un motif, mais ne déterminent pas une action ; celle-ci a besoin d’une impulsion qui n’est pas motivée, et l’on entre ainsi dans la sphère du vouloir ».

  • La Daseinsanalyse de Binswanger contre le réductionnisme : Ludwig Binswanger dépasse le modèle mécaniciste (y compris la vision réductionniste de la libido freudienne) pour réintroduire la structure transcendantale des vécus de conscience (Erlebnisse) dans la compréhension de la maladie mentale :

    « La nouvelle science, élaborée à travers la méthodologie phénoménologique, n’est pas une science de l’expérience interne, ni une psychologie des vécus, ni une phénoménologie du temps et de l’espace vécus, mais une phénoménologie transcendantale. C’est la « troisième » dimension, celle des Erlebnisse ».

    « Pour saisir le « défaut » du cours de l’existence dans la psychose maniaco-dépressive, il faut garder à l’esprit une remarque fondamentale proposée par Husserl dans Logique formelle et transcendantale : « le monde réel n’existe que dans la présomption constamment prescrite que l’expérience continue constamment dans le même style constitutif » ».

3. Sur le plan éthique et sociétal : Une Paideia du soin de soi face au conformisme et à l’aliénation marchande

Face à la « culture du narcissisme », au « narcinisme » contemporain et à l’hyper-spécialisation d’une société marchande qui atomise les individus, la pratique philosophique réaffirme la nécessité d’une paideia fondée sur la phronesis (sagesse pratique), l’epimeleia heautou (soin de soi) et la responsabilité dialogique.

  • Diagnostic du malaise contemporain et marchandisation de l’existence : Claudia Dovolich décrit l’aliénation de l’individu moderne piégé dans un présent perpétuel et une consommation passive :

    « L’appauvrissement narcissique de la psyché amène [l’individu] à ne plus faire confiance à ses propres expériences, à ne plus les élaborer […], se confiant plutôt au savoir d' »experts » de plus en plus spécialisés […]. L’individu […] finit par s’eniser dans l' »économie restreinte » du capitalisme déclinant qui réduit tout à une marchandise et lui-même à un consommateur ».

  • Sénèque et la reconquête de la souveraineté sur le temps : Chiara Di Marco rappelle l’actualité de la critique stoïcienne à l’égard des hommes affairés (occupati), incapables de vivre le présent et soumis au conformisme social :

    « L’homme affairé est […] l’homme narcotisé […] qui voit et vit seulement la réalité d’un temps matériel, objectivé, mesuré et calculé dans l’espace de sa vie. De cette façon pourtant la vie échappe à elle-même ».

    « Il est dangereux […] « de s’appuyer sur ceux qui nous précèdent et, du moment que chacun préfère s’en remettre aux autres plutôt que d’exprimer un avis propre, en particulier concernant la vie (numquam de vita iudicatur, semper creditur) » ».

  • Le Soin de soi comme éthique et politique de la responsabilité : Le soin de soi n’est pas un repli narcissique sur soi, mais la condition de possibilité d’une juste relation à l’autre et d’un engagement politique lucide :

    « La philosophie est alors logos qui devient bios, pensée qui modèle un style de vie — une éthique, comme le dit Foucault, qui se traduit par une esthétique de l’existence — […] qui, dans le respect des compétences respectives des différentes facultés, décline la puissance théorique de la réflexion dans la raisonnabilité de la sagesse pratique ».

    « La parrhesia philosophique est une pratique risquée, expression d’un devoir moral qui prend en charge « de dire aux hommes de combien de courage ils ont besoin et quel prix ils devront payer pour donner du sens et du style à leur vie » ».

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MA QUESTION

Quelle est donc cette relation entre philosophie pratique et consultation philosophique ?

LA RÉPONSE

D’après les analyses présentées dans la revue, la relation entre la philosophie pratique et la consultation philosophique repose sur une complémentarité fondamentale entre la recherche théorique et son application concrète dans la vie quotidienne.

Voici les axes principaux qui définissent cette relation :

1. La consultation comme « laboratoire » et terrain d’application

La philosophie pratique fournit le cadre conceptuel, les méthodes d’analyse et l’héritage critique (hérité de la tradition socratique, stoïcienne ou phénoménologique). La consultation philosophique, quant à elle, constitue le terrain d’expérimentation où ces outils théoriques sont mis à l’épreuve des problèmes réels et du vécu individuel.

2. Le passage de l’abstraction à l’expérience (Erlebnis)

Alors que la philosophie traditionnelle peut parfois se cantonner à des abstractions ou à des spéculations académiques, la consultation philosophique la ramène à un « penser de l’expérience ». Elle interroge la philosophie sur des questions concrètes : la relation de l’individu au monde, le sens de l’existence, la gestion du temps, l’éthique et l’altérité.

3. Un dialogue interdisciplinaire

La consultation philosophique pousse la philosophie pratique à sortir de son isolement en engageant un dialogue avec d’autres disciplines, comme la psychologie, la psychiatrie phénoménologique, la biologie ou les sciences humaines. Ce croisement permet de mieux comprendre la complexité du sujet moderne sans le réduire à une approche purement médicalisée ou scientiste.

4. Une démarche éthique et existentiale (Le « Soin de soi »)

Ensemble, elles restaurent la vocation originelle de la philosophie comme style de vie (bios) et art de vivre. La consultation philosophique utilise la philosophie pratique non pas comme une thérapie médicale, mais comme une pratique de clarification conceptuelle, d’écoute et de dialogue permettant à l’individu de retravailler sa propre vision du monde (Weltanschauung), de faire face aux incertitudes et de tendre vers une « vie bonne ».

MA QUESTION

Quelle est la différence entre philosophie pratique et consultation philosophique ?

LE RÉPONSE

Bien que les deux notions soient étroitement liées et s’inscrivent dans la même démarche de revalorisation de la philosophie dans la vie quotidienne, on peut établir une différence claire entre la philosophie pratique (le champ d’étude) et la consultation philosophique (une application spécifique).

Voici les principales distinctions :

1. Champ d’étude (Général) vs Pratique ciblée (Spécifique)

  • La philosophie pratique est une branche globale de la philosophie. Elle englobe l’ensemble des réflexions et des disciplines philosophiques qui portent sur l’action humaine, l’éthique, la politique, le droit, l’esthétique et les normes de conduite. Elle s’oppose traditionnellement à la philosophie théorique ou métaphysique (qui traite de la nature de la réalité, de la logique ou de la connaissance).

  • La consultation philosophique (ou conseil philosophique) est une pratique ou un métier spécifique au sein de la philosophie pratique. C’est un entretien individuel (ou en groupe) dans lequel un praticien forme ou accompagne une personne pour l’aider à examiner sa vision du monde, ses dilemmes existentiels ou ses choix éthiques.

2. Le cadre d’exercice

  • Philosophie pratique : Elle s’exerce aussi bien dans le milieu académique (recherche sur l’éthique, enseignement) que dans les débats publics, les comités d’éthique ou la rédaction d’ouvrages.

  • Consultation philosophique : Elle s’exerce dans un cadre interpersonnel et dialogique (un cabinet, une institution, une entreprise), s’apparentant dans sa forme — mais non dans ses buts — à une relation d’accompagnement.

3. L’objectif principal

  • Philosophie pratique : Cherche à analyser, conceptualiser et théoriser les fondements de la morale, de la politique, du devoir, de la justice ou des valeurs humaines.

  • Consultation philosophique : Cherche à aider un individu précis à clarifier sa propre pensée, à déceler les présupposés de son discours et à trouver une cohérence entre ses idées et son vécu personnel, sans poser de diagnostic médical ni chercher à traiter une pathologie.

En résumé, la philosophie pratique est le domaine théorique et méthodologique, tandis que la consultation philosophique est l’une de ses formes concrètes d’application sur le terrain individuel.


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