Article # 296 – Théorie et pratique du conseil philosophique : une approche comparative / Theory and practice of philosophical counseling: A comparative approach, Borisov Sergey Valentinovich, The Turkish Online Journal of Design, Art and Communication, 2018

RAPPORT DE LECTURE


Borisov, S. V. (2018). Theory and practice of philosophical counseling: A comparative approach. The Turkish Online Journal of Design, Art and Communication, 8(Special Edition), 149–154. https://doi.org/10.7456/1080MSE/119


1. Notice bibliographique standardisée

  • Auteur : Borisov, Sergey Valentinovich

  • Titre de l’article : Theory and Practice of Philosophical Counseling: A Comparative Approach

  • Revue : The Turkish Online Journal of Design, Art and Communication (TOJDAC)

  • Édition / Date : Édition spéciale, Mars 2018

  • Pages : 149-154

  • ISSN : 2146-5193

  • DOI : 10.7456/1080MSE/119

  • Statut de l’auteur : Docteur en sciences philosophiques, Professeur à l’Université d’État des sciences humaines et de l’éducation de l’Oural du Sud et à l’Université d’État de l’Oural du Sud (Université nationale de recherche).

2. Résumé analytique du contenu

L’article de Sergey Valentinovich Borisov propose une analyse comparative, historique et méthodologique de la pratique philosophique (ou conseil philosophique), un mouvement en plein essor depuis les années 1980-1990. L’objectif central de l’auteur est de systématiser et de catégoriser la vaste matière empirique accumulée sur une trentaine d’années afin de distinguer la pratique philosophique rigoureuse des dérives pseudo-scientifiques de la culture de masse.

L’auteur rappelle que la philosophie a, dès l’Antiquité, une vocation éminemment pratique et spirituelle (notamment à travers la maïeutique socratique ou les « exercices spirituels » théorisés par Pierre Hadot). La rupture moderne avec la philosophie strictement académique s’est réaffirmée par le pragmatisme (John Dewey) et l’analyse de la vie quotidienne.

Aujourd’hui, la pratique philosophique auprès des adultes oscille entre deux approches fondamentales, que Borisov s’attache à modéliser dans une typologie claire :

Typologie des approches de la pratique philosophique

  • L’approche axée sur la résolution de problèmes (Problem-Solving Approach) : Très proche de la psychothérapie, elle aide l’individu à surmonter des difficultés existentielles ou quotidiennes concrètes (difficultés conjugales, manque d’estime de soi, etc.).

  • L’approche axée sur les compétences de pensée (Thinking Skills Approach) : Elle vise à perfectionner les outils cognitifs et logiques du sujet pour lui permettre de faire face de manière autonome à ses futurs problèmes.

  • L’approche axée sur le développement personnel (Development Approach) : Son but est d’enrichir l’existence par la recherche de sens, de sagesse et de profondeur.

En matière d’implémentation méthodologique, Borisov distingue deux dynamiques :

  1. L’approche par la pensée critique (Critical Thinking Approach) : Fondée sur la logique, l’analyse conceptuelle et la traque des présupposés cachés.

  2. L’approche par la sagesse (Wisdom Approach) : Qui cherche à mûrir et approfondir les idées pour mieux appréhender la vie.

L’étude met également en lumière deux formats d’exercice : le conseil philosophique individuel (proche de la psychothérapie existentielle ou Daseinanalysis traitant la « maladie philosophique » face à l’angoisse de la mort ou de l’isolement) et le compagnonnage philosophique (pratique de groupe contemplative et méditative, axée sur la lecture lente et la coconstruction d’une cartographie d’idées).

Enfin, l’auteur démontre la pertinence de la synthèse de ces méthodes avec la pédagogie. Il valide l’apport de la philosophie pour enfants (méthode Lipman) et propose une approche de l’enseignement aux adultes où l’apprenant initie la réflexion à partir de ses problèmes vécus, le rôle de l’enseignant-philosophe étant d’élever ces préoccupations à un niveau conceptuel et abstrait.

3. Analyse critique

Portée théorique et méthodologique

La grande force de l’article de Borisov réside dans sa démarche comparative et herméneutique. Face au foisonnement désordonné des initiatives de « développement personnel » et de « coaching » contemporains, l’effort de catégorisation proposé est salutaire. L’utilisation d’une approche phénoménologique permet de rattacher le conseil philosophique non pas à une technique clinique médicale (souvent réductrice et biométrique), mais à une authentique posture existentielle et ontologique.

De plus, l’ancrage historique (allant de Platon et Nicolas de Cues à John Dewey et Pierre Hadot) légitime la discipline en démontrant qu’elle ne constitue pas une mode passagère, mais un juste retour aux sources de la philosophie en tant qu’« art de vivre » (techne biou).

Limites et perspectives de discussion

Néanmoins, le texte présente certaines zones de tension académique :

  • La frontière floue avec la psychothérapie : Bien que l’auteur tente de distinguer le conseil philosophique de la thérapie clinique en insistant sur l’usage des catégories ontologiques plutôt que biométriques, la distinction opérationnelle reste parfois poreuse, notamment dans l’approche « thérapeutique » (Problem-Solving). Les limites déontologiques entre le praticien philosophe et le psychothérapeute mériteraient d’être plus explicitement définies pour éviter les risques de dérive d’exercice illégal de la psychothérapie.

  • L’évaluation empirique des résultats : Si Borisov évoque l’évaluation d’expériences pratiques (comme au Montessori-center ou auprès d’éducateurs), l’article reste très théorique. Des indicateurs qualitatifs ou des études de cas plus approfondies auraient renforcé la démonstration scientifique de l’efficacité de ces thérapies par rapport à des approches psychologiques classiques.

4. Conclusion du rapport

L’article de Sergey Valentinovich Borisov constitue une contribution majeure à l’institutionnalisation académique de la pratique philosophique. En structurant le champ autour d’une typologie rigoureuse (thérapeutique vs développemental, pensée critique vs sagesse), il dote les chercheurs d’un cadre d’analyse solide. L’intégration réussie de ces concepts dans les domaines de l’éducation des enfants et de la formation des adultes prouve que la philosophie gagne à abandonner temporairement son « masque purement scientifique » pour redevenir un outil d’émancipation et d’accompagnement au quotidien.


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