
Asking “How Might One Live, Here, Today?” in Philosophical Counselling: Introducing African Philosophical Perspectives
Jaco Louw, University of Fort Hare
July 2025 – Philosophical Practice – Journal of the American Philosophical Practitioners Association – 20(2):3547-3559
Au sujet de l’auteur
Jaco Louw
University of Fort Hare Postdoc Fellow (2026)
Stellenbosch Consolidoc (2026)
Philosophical Counsellor
PhD (Philosophy 2025)
Stellenbosch, Cap-Ouest, Afrique du Sud
En tant que philosophe universitaire, consultant en philosophie et chercheur, je suis spécialisé dans les domaines de la philosophie africaine (herméneutique et conversationnalisme), de la consultation philosophique (philosophie pratique) et de la philosophie comme mode de vie (éthique grecque antique). Je suis passionné par l’utilité pratique de la philosophie académique et théorique, en particulier lorsqu’il s’agit de rendre ces idées philosophiques complexes accessibles au grand public et aux étudiants.
As an academic philosopher, philosophical counsellor, and researcher, I specialise in the fields of African philosophy (hermeneutics and conversationalism), philosophical counselling (practical philosophy), and philosophy as a way of life (ancient Greek ethics). I am passionate about the practical utility of academic/theoretical philosophy, especially by making these complex philosophical ideas accessible to the layperson and student.
Source : Page LinkedIn de Jaco Louw.
Voir aussi
Mes recherches se concentrent sur l’intersection dialogique entre la philosophie africaine (herméneutique, conversationnalisme, ubuntu) et la consultation philosophique (Philosophical Counselling – PC), la pratique philosophique ainsi que la philosophie comme mode de vie (Philosophy as a Way of Life – PWL).
My research focuses on the dialogical intersection of African philosophy (hermeneutics, conversationalism, ubuntu) with Philosophical Counselling (PC), philosophical practice, and Philosophy as a Way of Life (PWL).
Source : Page de Jaco Louw sur PhilPapers
Site web de Jaco Louw
Asking “How Might One Live, Here, Today?” in Philosophical Counselling: Introducing African Philosophical Perspectives
Traduction de l’anglais au français par Google Gemini
Résumé
« Comment pourrait-on vivre ? » constitue l’une des questions les plus importantes pour la consultation philosophique. La raison en est que, dans cette entreprise collaborative avec le consultant, le praticien en philosophie va envisager, expérimenter et créer des façons alternatives d’être, de devenir et de penser/vivre. Cependant, cette question explicitement deleuzienne — « Comment pourrait-on vivre ? » —, bien que cruciale comme je le soutiens, manque d’importants facteurs de contextualisation et de questions de situation. C’est-à-dire que les facteurs contextuels et situants explicites ne sont pas immédiatement interrogés, intégrés et pris au sérieux. Les philosophes africains contemporains pensent explicitement à partir de et à travers ces questions de situation : D’où écrit-on ? Dans quelle langue pense-t-on/parle-t-on ?. En me tournant vers ces philosophes africains, je souhaite élargir de manière constructive la question deleuzienne en y ajoutant deux éléments de situation cruciaux, à savoir : ici, aujourd’hui. La question élargie se lit ainsi : « Comment pourrait-on vivre, ici, aujourd’hui ? ». Poser la question de cette manière et parler/écrire depuis une perspective (sud-)africaine exige une prise en compte sérieuse de ces perspectives issues de la philosophie africaine.
Texte original en anglais
Abstract
“How might one live?” is one of the most important questions for philosophical counselling. The reason being that in this collaborative undertaking with the counselee, the philosophical counsellor will consider, experiment with, and create alternative ways of being becoming and thinking/living. However, this explicit Deleuzian question—“How might one live?”—even if crucial as I maintain, lacks important contextualising factors and situating questions. That is, explicit situating and contextual factors are not immediately interrogated, incorporated, and taken seriously. Contemporary African philosophers explicitly think from and through these situating questions—From where does one write?; In what language does one think/speak?. Turning to these African philosophers, I want to positively expand the Deleuzian question by adding two crucial situating elements, viz., here, today. The expanded question thus reads “How might one live, here, today?”. Asking the question in this manner and speaking/writing from a (South) African perspective necessitates serious consideration of these perspectives from African philosophy.
Télécharger cet article (PDF) (anglais)
ÉTUDE CRITIQUE ET LITTÉRAIRE

Étude critique et littéraire de l’article
Asking “How Might One Live, Here, Today?” in Philosophical Counselling: Introducing African Philosophical Perspectives
écrit par
JACO LOUW
Department of Philosophy
Stellenbosch University, South Africa
Publié dans Philosophical Practice, July 2025, 20.2: 3547-3559, Journal of the The American Philosophical Practitioners Association (APPA)
Introduction et cadre éditorial
Publiée dans le vingtième volume de la revue Philosophical Practice (juillet 2025) sous l’égide de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA), l’étude de Jaco Louw s’inscrit au croisement de la philosophie appliquée, de la métaphilosophie et des études décoloniales. L’auteur, chercheur à l’Université de Stellenbosch (Afrique du Sud), propose une refonte de la posture du praticien en consultation philosophique (philosophical counselling – PC). Il met en garde contre la neutralité axiologique illusoire du consultant et le risque d’instrumentalisation de la pensée.
I. Déconstruction de la praxis : la phronesis contre la techne
L’auteur amorce sa réflexion par une distinction aristotélicienne fondée sur le livre VI de l’Éthique à Nicomaque : l’opposition entre la techne (le savoir-faire technique orienté vers la fabrication, poiesis) et la phronesis (la sagesse pratique ancrée dans l’action, praxis).
Jaco Louw dénonce l’image du consultant philosophique en « expert » muni d’une boîte à outils (toolbox) :
« Through a lack of engagement with situating questions […] the philosophical counsellor might forfeit a position of humility and possibly reproduce philosophy in a supposed value neutral manner […]. Using the idea of a toolbox, the philosophical counsellor as « expert » knows her tools intimately regarding where and how to use them expertly… »
(« Par manque d’engagement envers les questions de situation […], le consultant philosophique risque d’abandonner une posture d’humilité et de reproduire la philosophie d’une manière supposément neutre sur le plan des valeurs […]. En utilisant l’idée d’une boîte à outils, le consultant philosophique en tant qu’ « expert » connaît intimement ses outils quant à savoir où et comment les utiliser de manière experte… »)
En concevant la consultation comme une praxis, la philosophie n’est plus un moyen technique visant un résultat extérieur, mais une fin en soi :
« For while production [poiesis] has an end distinct from itself, this could not be so with action [praxis], since the end here is acting well itself (EN VI.5, 1140b). The praxis of PC lies in its ability to enhance a way of life through philosophising… »
(« Car alors que la production [poiesis] a une fin distincte d’elle-même, il ne saurait en être ainsi de l’action [praxis], puisque la fin ici est l’agir bien lui-même. La praxis de la consultation philosophique réside dans sa capacité à rehausser un mode de vie par le fait de philosopher… »)
II. Anatomie de la question deleuzienne : « How might one live? »
Pour étayer cette praxis, Louw adopte l’interrogation d’inspiration deleuzienne « Comment pourrait-on vivre ? » (How might one live?), qu’il décompose minutieusement en cinq éléments :
-
Le « Comment » (How) : Il marque le passage des questions ontologiques fermées (« Qu’est-ce que ») vers l’expérimentation créatrice. Louw cite Gerd Achenbach :
« …to « master life » one does not ask « what should you think », one instead asks « how should you think »… »
(« …pour « maîtriser la vie », on ne demande pas « que devrais-tu penser », on demande plutôt « comment devrais-tu penser »… »)
-
Le « Pourrait » (Might) : Il concrétise le passage d’une morale dogmatique (fondée sur le devoir et les règles fixes) à une éthique de l’expérimentation ouverte. Ce terme implique la logique du rhizome deleuzien :
« …the fabric of the rhizome is the conjunction, « and … and … and … » »
(« …la trame du rhizome est la conjonction, « et… et… et… » »)
-
Le « On » (One) : Pronom impersonnel qui récuse le solipsisme anthropocentrique pour embrasser une pluralité d’existences particulières.
-
Le « Vivre » (Live) : Ancrage indispensable de la création conceptuelle dans le monde vécu.
-
Le point d’interrogation (« ? ») : C’est le lieu de l’ouverture et de la brèche ontologique. Dans le contexte africain postcolonial, cette béance acquiert une résonance existentielle :
« The felt experiences of the postcolonial present by Africans are […] situated within this question mark, this painful gap, or liminal in-betweenness… »
(« Les expériences vécues du présent postcolonial par les Africains sont […] situées au sein de ce point d’interrogation, de cet écart douloureux ou de cette liminalité de l’entre-deux… »)
III. L’amendement situationnel : « Here, Today »
Louw démontre que la question deleuzienne reste incomplète si elle demeure désincarnée. Il propose donc de l’amender ainsi : « How might one live, here, today? » (« Comment pourrait-on vivre, ici, aujourd’hui ? »).
1. La territorialité de l’énonciation : « Here » (Ici)
Invoquant le psychologue décolonial Kopano Ratele, Louw rappelle que l’ancrage spatial est un acte d’enracinement complet :
« African in African psychology [or philosophy] is, therefore, an enunciation. A situated practice. A wordless act involving the whole of your being. It articulates and enacts your position in the world. It is an act that reads, the world looks like this from here. »
(« L’Africain dans la psychologie [ou philosophie] africaine est, par conséquent, une énonciation. Une pratique située. Un acte sans paroles impliquant la totalité de votre être. Il articule et incarne votre position dans le monde. C’est un acte qui se lit ainsi : le monde ressemble à ceci d’ici. »)
2. La temporalité critique : « Today » (Aujourd’hui)
Le « aujourd’hui » prévient l’écueil de l’anachronisme ou de la nostalgie muséale. S’appuyant sur Tsenay Serequeberhan, l’auteur précise le sens du « retour à la source » : il ne s’agit pas d’un fétichisme du passé, mais de l’adoption de la vitalité de l’existence africaine pour répondre aux contraintes du présent néocolonial.
IV. Obstacles systémiques : Altérité, Langue et Inégalités Socio-économiques
1. La pluralité des centres
Citant le poète et philosophe Aimé Césaire (tiré de sa Lettre à Maurice Thorez), Louw rappelle la définition d’un universel authentique :
« …my conception of the universal is that of a universal enriched by all that is particular, a universal enriched by every particular: the deepening and coexistence of all particulars… »
(« …ma conception de l’universel est celle d’un universel enrichi de tout le particulier, un universel enrichi de chaque particulier : l’approfondissement et la coexistence de tous les particuliers… »)
2. La violence linguistique et le « Re-membering »
Le texte aborde la question du médium linguistique en citant Kwasi Wiredu : philosopher en anglais, c’est déjà occidentaliser conceptuellement la pensée.
En lisant Ng?g? wa Thiong’o, le chercheur Brian Sibanda met en lumière la portée métaphorique du démembrement et du recollement linguistique :
« Through the erasure of, inter alia, various indigenous languages, colonialism created « dismembered » beings […]. Remembering one’s home language through the act of speaking it, writing in it, and thinking through it thus becomes a political act that might « re-member » one. »
(« Par l’effacement, entre autres, de diverses langues autochtones, le colonialisme a créé des êtres « démembrés » […]. Se souvenir de sa langue maternelle à travers l’acte de la parler, de l’écrire et de penser par elle devient ainsi un acte politique susceptible de « re-membrer » [recoller / redonner appartenance à] l’individu. »)
3. La critique sociologique du consultant et du client
Louw s’interroge sur l’identité implicite du sujet de la consultation philosophique en Afrique du Sud. S’appuyant sur Zelda Knight et Kopano Ratele, il oppose les clients dits « traditionnels » (bourgeois, anglophones, instruits) aux sujets marginalisés :
« « Traditional clients » in this case refers to middle-class persons seeking therapy, usually speaking English and able to pay for their treatment. « Non-traditional client » is therefore a misnomer, when the majority of people cannot pay and cannot speak English. »
(« « Clients traditionnels » se réfère dans ce cas aux personnes de la classe moyenne cherchant une thérapie, parlant généralement anglais et capables de payer leur traitement. « Client non-traditionnel » est donc une dénomination impropre, quand la majorité des gens ne peut pas payer et ne parle pas anglais. »)
V. Synthèse et perspectives de recherche
En conclusion, l’article de Jaco Louw démontre que la consultation philosophique ne peut prétendre à l’universalité tant qu’elle fait l’économie des réalités linguistiques, territoriales et politiques de ceux à qui elle s’adresse. L’injonction « How might one live, here, today? » constitue un appel à décoloniser les répertoires conceptuels et à engager une traduction réciproque entre les traditions philosophiques.
DU MÊME AUTEUR
Jaco Louw
Mapping the terrain: A nomadic cartography of philosophical counselling in South Africa
Considering African philosophy as a way of life through the practice of philosophical counselling
Philosophising From Here – Horizon, Place, and the Conditions of Dialogical Encounters
Philosophical counselling as transcreation: An African hermeneutic and conversational approach
Book Review of Philosophical Praxis: Origin, Relations, and Legacy, by Gerd B. Achenbach
Philosophy as a Way of Life in African Philosophy
Pyrrhonian reflections: a sceptical inquiry into philosophical counselling
Source :

