Article # 338 – Peut-on définir la philosophie ? PhiliaConcept, Éric Delassus

Peut-on définir la philosophie ?

PhiliaConcept, Éric Delassus


Agrégé et Docteur en philosophie, Philosophe praticien, Fondateur du cabinet de conseil et de formation PhiliaConcept.

Condé-Folie, Hauts-de-France, France

Professeur agrégé et docteur en philosophie, j’enseigne la philosophie auprès des classes terminales de séries générales et technologiques, j’assure également un enseignement de culture de la communication auprès d’étudiants préparant un BTS Communication. J’ai dispensé de 1990 à 2012, dans mon ancien établissement (Lycée Jacques Cœur de Bourges), des cours d’initiation à la psychologie auprès d’une Section de Technicien Supérieur en Économie Sociale et Familiale. J’interviens également dans la formation en éthique médicale des étudiants de L’IFSI de Bourges et de Vierzon, ainsi que lors de séances de formation auprès des médecins et personnels soignants de l’hôpital Jacques Cœur de Bourges. Ma thèse a été publiée aux Presses Universitaires de Rennes sous le titre De l’Éthique de Spinoza à l’éthique médicale ( http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2597 ). Je participe aux travaux de recherche du laboratoire d’éthique médicale de la faculté de médecine de Tours. Je suis membre du groupe d’aide à la décision éthique du CHR de Bourges. Je participe également à des séminaires concernant les questions d’éthiques relatives au management et aux relations humaines dans l’entreprise et je peux intervenir dans des formations sur des questions concernant le sens de notions comme le corps, la personne, autrui, le travail et la dignité humaine.

Source : Archive ouverte HAL.


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Reproduction avec l’aimable autorisation de l’auteur

Source : LinkedIn – Éric Delassus


À cette question, on serait tenté de répondre spontanément : « Bien sûr ! » Après tout, il suffit d’ouvrir un dictionnaire. La philosophie y est généralement présentée comme l’amour de la sagesse, selon l’étymologie grecque (philo-sophia). Pourtant, cette définition, aussi juste soit-elle, demeure insuffisante. Car la philosophie n’est pas la sagesse : elle en est la recherche. Elle ne possède pas son objet ; elle le poursuit sans jamais prétendre l’avoir définitivement atteint. C’est sans doute ce qui la distingue de toutes les autres disciplines.

Les sciences peuvent être définies par leur objet. La biologie étudie le vivant, la physique les phénomènes matériels, l’économie les mécanismes de production et d’échange. Chacune dispose d’un domaine précis et d’un ensemble de connaissances largement partagées par ceux qui la pratiquent. La philosophie échappe à cette logique. Elle ne possède ni territoire réservé ni doctrine unanimement admise. Les philosophes discutent, s’opposent, se répondent à travers les siècles. Leur désaccord permanent n’est pas une faiblesse : il est l’expression même de la vitalité de la pensée.

Plus surprenant encore, la philosophie peut porter sur absolument tout. L’art, la justice, la politique, la science, le langage, la technique, mais aussi les objets les plus ordinaires. Platon rappelle, dans le Parménide, que le philosophe peut s’interroger jusque sur « la boue ou le poil ». Aristote, de son côté, rapporte cette formule attribuée à Héraclite : « Entrez, il y a aussi des dieux dans la cuisine », pour signifier qu’aucune réalité n’est indigne de la réflexion. Ce n’est donc pas son objet qui définit la philosophie, mais le regard qu’elle porte sur les choses.

Dès lors, si elle ne se définit ni par son contenu ni par son domaine, comment reconnaître une démarche philosophique ?.

Peut-être en commençant par dire ce qu’elle n’est pas.

La philosophie n’est pas l’opinion. Les Grecs désignaient celle-ci par le terme doxa. L’opinion n’est pas nécessairement fausse ; elle est surtout une affirmation qui ne s’est pas encore interrogée sur ses propres fondements. Elle répète ce que l’on entend, ce que l’on croit, ce que l’on ressent, sans être capable d’en rendre raison. Elle confond souvent conviction et vérité.

Or philosopher consiste précisément à suspendre cette évidence. Avant d’affirmer, il faut examiner. Avant de juger, il faut comprendre. Cette exigence critique est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. À l’heure des réseaux sociaux, chacun est invité à donner son avis instantanément sur tout. Mais la multiplication des opinions ne produit pas davantage de réflexion. Elle produit parfois seulement davantage de bruit.

Cette distinction concerne également le monde de l’entreprise.

Combien de décisions reposent sur des idées reçues que personne n’interroge ? « Les jeunes ne veulent plus travailler. », « Les collaborateurs résistent toujours au changement. », « Les chiffres parlent d’eux-mêmes ». Ces affirmations circulent avec la force de l’évidence, alors qu’elles mériteraient d’être examinées avec rigueur. Philosopher, ce n’est pas compliquer inutilement les choses ; c’est apprendre à distinguer les faits des interprétations.

Cette démarche trouve son modèle dans la figure de Socrate.

Celui que Cicéron appellera le « père de la philosophie » n’a laissé aucun écrit. Il passait son temps à dialoguer avec ses concitoyens pour mettre à l’épreuve leurs certitudes. La célèbre formule : « Je sais que je ne sais rien » n’est pas une profession d’ignorance ; elle exprime au contraire la condition de toute recherche authentique. Celui qui croit déjà savoir ne cherche plus. Celui qui reconnaît les limites de son savoir demeure ouvert à l’apprentissage.

Cette leçon vaut bien au-delà de la philosophie.

Les meilleurs managers ne sont pas nécessairement ceux qui ont réponse à tout. Ce sont souvent ceux qui savent poser les bonnes questions, écouter réellement leurs collaborateurs, remettre en cause leurs propres certitudes et accepter qu’une décision puisse être révisée à la lumière d’arguments meilleurs. L’humilité intellectuelle n’est pas une faiblesse ; elle est une force.

La philosophie ne se confond pas davantage avec la science.

Longtemps, philosophie et science furent étroitement liées. Aristote écrivait aussi bien sur la logique que sur la biologie ou la physique. Mais avec le développement de la méthode expérimentale, la science s’est progressivement spécialisée. Elle explique les phénomènes grâce à l’observation, à l’expérience et à la mesure. La philosophie, quant à elle, continue d’interroger ce que la mesure ne peut saisir : le sens, les valeurs, les finalités, les conditions mêmes de notre connaissance.

La science peut expliquer comment fonctionne un organisme vivant ; elle ne répond pas à la question de savoir ce qu’est la vie ni pourquoi elle mérite d’être respectée. De même, l’intelligence artificielle pourra peut-être optimiser certaines décisions ; elle ne dira jamais quelles décisions sont moralement souhaitables. C’est précisément dans cet espace que la réflexion philosophique conserve toute son actualité.

Enfin, philosopher suppose une véritable discipline de l’esprit. Réfléchir signifie littéralement faire retour sur sa propre pensée. Il ne s’agit pas simplement de penser, mais de penser ce que l’on pense, d’examiner les raisons qui soutiennent nos jugements, de rechercher leurs éventuelles contradictions. Spinoza parlait d’« idées des idées » pour désigner ce travail réflexif.

Cette exigence intellectuelle prend naissance dans ce qu’Aristote appelait l’étonnement. Non pas la stupeur qui paralyse, mais cette curiosité qui pousse à comprendre ce qui semblait aller de soi. Toute véritable réflexion commence lorsqu’une évidence cesse d’en être une.

C’est peut-être là que réside la définition la plus juste de la philosophie. Elle n’est ni un ensemble de réponses définitives, ni une accumulation de connaissances. Elle est une manière d’habiter le monde en refusant les certitudes trop rapides, en cultivant le doute sans sombrer dans le scepticisme, en recherchant patiemment des raisons plutôt que des opinions.

À une époque où chacun peut s’exprimer, mais où l’on prend rarement le temps de réfléchir, la philosophie apparaît moins comme un luxe intellectuel que comme une nécessité. Elle nous rappelle qu’avant de vouloir convaincre les autres, il est peut-être plus urgent d’apprendre à examiner nos propres certitudes.

La philosophie ne peut donc se dé?nir comme un savoir constitué, mais comme la recherche du savoir, on ne peut donc la dé?nir de façon dé?nitive et univoque dans la mesure où elle est la démarche indé?nie de la conscience s’interrogeant sur elle-même.

Éric Delassus


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Test # 4 – Connais-toi toi-même : À la découverte de mes habitudes de pensée

Audit de ma posture : Comment mes opinions influencent-elles ma vision du monde ?

Après avoir exploré les biais cognitifs, les sophismes et les obstacles épistémologiques, il est temps de revenir à la source même de notre réflexion : nous-même.

Ce quatrième volet de notre série d’autoévaluations est un outil d’introspection directe. Il ne s’appuie pas sur une théorie extérieure, mais sur l’observation des attitudes que nous adoptons au quotidien face à nos propres idées et à celles des autres. C’est un exercice de sincérité envers soi-même, une étape cruciale pour quiconque souhaite entamer une démarche de philothérapie.

Pourquoi faire cet examen ?

L’opinion est souvent le premier voile qui nous cache la réalité. En identifiant vos habitudes de pensée, vous pourrez :

  • Prendre conscience de la place que prend votre ego dans vos raisonnements.

  • Évaluer la souplesse de votre esprit face au doute et au changement.

  • Vérifier la cohérence entre votre désir d’ouverture et vos réactions spontanées.

Comment participer ?

Lisez chacun des 25 points suivants. Cochez ceux qui correspondent à votre réalité, sans jugement, simplement pour établir un état des lieux de votre « météo intérieure » intellectuelle. Comme pour les tests précédents, l’objectif n’est pas d’obtenir un score, mais de favoriser l’étonnement nécessaire à toute transformation.

Confidentialité totale

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    Test #4 – À la découverte de mes habitudes de pensée


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    Habitudes de pensée

    X

    1. Je prends pour vrai ce que je pense parce que je le pense.

    X

    2. Je considère mon opinion comme une vérité personnelle.

    X

    3. Je considère mon opinion comme une vérité universelle.

    X

    4. Je n’aime pas le doute.

    X

    5. Je ne suis pas heureux lorsque je n’ai pas raison.

    X

    6. Je clos souvent les débats en affirmant : « À chacun son opinion ».

    X

    7. Je suis plus objectif que subjectif.

    X

    8. Je considère mes opinions comme des jugements.

    X

    9. Je connais bien les faits sur lesquels se basent mes opinions.

    X

    10. J’exprime des opinions avec le sentiment d’exister.

    X

    11. Je crois en mes opinions.

    X

    12. Mes opinions ne sont pas des hypothèses.

    X

    13. Je crois être ouvert d’esprit.

    X

    14. Je n’aime pas les compromis.

    X

    15. Je ne me sens pas obligé de justifier mes opinions.

    X

    16. Je m’exprime souvent en commençant par « Je crois que... ».

    X

    17. Je me sens libre de penser ce que je veux.

    X

    18. Je ne me sens pas libre de dire tout ce que je veux.

    X

    19. J’ai des valeurs bien définies et je peux les exprimer clairement.

    X

    20. Je n’aime pas changer d’idée.

    X

    21. J’ai une bonne idée d’un monde idéal (Mon idéologie).

    X

    22. J’ai parfois l’impression de tourner en rond dans ma tête.

    X

    23. J’adhère à l'idée socratique qu'une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue.

    X

    24. J’adhère à l’idée qu’une pensée sans examen ne vaut pas la peine d’être pensée.

    X

    25. Je crois que mon cerveau ne peut produire que des opinions.


    Si vous désirez me faire part de vos réponses, complétez les cases ci-dessous VOTRE NOM et VOTRE COURRIEL puis cliquez sur le bouton ci-dessous. Cette action n'est pas obligatoire pour faire ce test.

    ANALYSE

    1. Le Dogmatisme et la Rigidité (Points 3, 4, 5, 14, 20)

    Ces points révèlent un besoin de certitude qui ferme la porte à l’étonnement.

    • L’analyse : Ici, l’opinion n’est pas une idée, c’est une forteresse. Le refus du doute (4) et du compromis (14) indique que l’individu perçoit tout changement d’idée (20) comme une défaite personnelle plutôt que comme un progrès intellectuel.

    2. L’Identité et l’Ego (Points 1, 2, 10, 11, 21)

    C’est le cœur de votre test : la confusion entre « qui je suis » et « ce que je pense ».

    • L’analyse : Lorsque l’on exprime une opinion pour « sentir que l’on existe » (10), toute critique de l’idée est vécue comme une agression contre la personne. Le point 1 (« Je prends pour vrai ce que vous pensez parce que je le pense ») illustre parfaitement le biais de projection : l’incapacité à concevoir une pensée différente de la sienne.

    3. La Clôture du Dialogue (Points 6, 15, 16, 18)

    Ces points concernent la manière dont nous communiquons nos pensées.

    • L’analyse : Le fameux « À chacun son opinion » (6) est souvent une fin de non-recevoir qui tue le débat philosophique. En ne se sentant pas obligé de justifier ses idées (15), on refuse de soumettre sa pensée à l’examen d’autrui. Le « Je crois que… » (16) devient alors un bouclier d’infaillibilité.

    4. L’Illusion de l’Objectivité (Points 7, 8, 9, 12, 13)

    Ce groupe de points montre le décalage entre notre perception et la réalité de notre fonctionnement.

    • L’analyse : Se croire ouvert d’esprit (13) ou plus objectif que subjectif (7) tout en refusant de traiter ses opinions comme des hypothèses (12) crée un angle mort. C’est l’illusion de détenir « les faits » (9) alors que nous ne détenons que notre interprétation des faits.

    5. La Liberté et la Responsabilité de Penser (Points 17, 18, 19, 25)

    Ici, on explore les limites de notre espace mental.

    • L’analyse : Il y a une tension entre se sentir libre de penser (17) et ne pas se sentir libre de dire (18). Le point 25 est crucial : croire que le cerveau ne produit que des opinions est une forme de fatalisme intellectuel. C’est renoncer à la recherche de la vérité pour se contenter du « ressenti ».

    6. L’Appel au Réveil Socratique (Points 22, 23, 24)

    Ce sont les points de bascule vers la consultation philosophique.

    • L’analyse : Tourner en rond dans sa tête (22) est le symptôme que la pensée est bloquée. Les points 23 et 24 sont les remèdes : ils posent l’examen de soi comme une nécessité vitale. C’est le moment où le sujet passe de « j’ai des opinions » à « j’examine mes pensées ».


    « Si vous vous reconnaissez dans la majorité de ces points, votre pensée est peut-être devenue une habitude plutôt qu’une activité. Le Cabinet ÉTONNEMENT vous propose de transformer ces « vérités personnelles » en objets de réflexion pour retrouver une véritable souplesse d’esprit. »

    Références bibliographiques

    Pour ce quatrième test, qui porte sur la posture du sujet, l’opinion (doxa) et l’attachement à l’ego, les références doivent se tourner vers la philosophie de la connaissance et la sagesse antique.

    Voici une section bibliographique conçue pour valider scientifiquement et philosophiquement votre démarche de « déconstruction des habitudes de pensée » :


    Références bibliographiques : La pensée face à l’opinion

    L’étude des habitudes de pensée et du rapport à la certitude s’appuie sur une longue tradition philosophique, de la Grèce antique aux sciences cognitives modernes. Voici les œuvres fondamentales pour approfondir cette réflexion :

    Les fondements de l’auto-examen (L’appel à Socrate)

    • Platon, Apologie de Socrate. (Le texte fondateur sur l’importance de reconnaître son ignorance : « Je sais que je ne sais rien »).

    • Platon, Théétète. (Une enquête magistrale sur la différence entre l’opinion vraie, même justifiée, et la connaissance réelle).

    • Hadot, Pierre, Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Études augustiniennes, 1981. (Pour comprendre comment la philosophie est avant tout une transformation de sa manière de voir et de penser).

    Sur l’opinion et la subjectivité (La « Doxa »)

    • Parmenide, Poème. (La distinction originelle entre la Voie de l’Opinion et la Voie de la Vérité).

    • Spinoza, Baruch, Éthique, Livre II. (Sur la manière dont nos idées sont souvent des « conclusions sans prémisses » et comment nous sommes esclaves de nos perceptions inadéquates).

    • Sartre, Jean-Paul, L’Être et le Néant, Paris, Gallimard, 1943. (Particulièrement le chapitre sur la « Mauvaise foi » : comment nous nous mentons à nous-mêmes pour protéger nos certitudes).

    Sur la rigidité mentale et le dogmatisme

    • Montaigne, Michel de, Essais. (L’apologie du doute et de la souplesse d’esprit. Sa célèbre devise « Que sais-je ? » est l’antidote direct à la rigidité de l’opinion).

    • Kant, Emmanuel, Qu’est-ce que les Lumières ? (Sur la sortie de la « minorité » intellectuelle et le courage de penser par soi-même sans l’autorité des préjugés).

    • Cioran, Émil, Précis de décomposition, Paris, Gallimard, 1949. (Une analyse lucide et parfois cruelle de l’attachement fanatique à nos propres idées).

    Philosophie contemporaine et esprit critique

    • Russell, Bertrand, Problèmes de philosophie, 1912. (Sur la valeur de l’incertitude philosophique pour libérer l’esprit du « dogmatisme de ceux qui n’ont jamais voyagé dans les régions du doute libérateur »).

    • Lipman, Matthew, À l’école de la pensée, Bruxelles, De Boeck, 1995. (Le père de la philosophie pour enfants, sur la pratique de la pensée réflexive et critique).


    Ce test s’inscrit dans le cadre de la préparation du projet

    ÉTONNEMENT – Cabinet de consultation « Connais-toi toi-même »

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    Test # 1 – Connais-toi toi-même : À la découverte de vos biais cognitifs

    Test # 2 – Connais-toi toi-même : À la découverte des 10 erreurs de construction de vos idées

    Test # 3 – Connais-toi toi-même : À la découverte de vos obstacles épistémologiques