Article 234 – Peter Koestenbaum précurseur de la théorie et de la philosophie clinique avec «The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy » (1978)

Peter Koestenbaum

The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy (1978)


Koestenbaum, P. (1978). The new image of the person: The theory and practice of clinical philosophy. Century-Crofts / Prentice-Hall.

Description technique détaillée

  • Auteur : Peter Koestenbaum (1928-2024), docteur en philosophie (Ph.D., Université de Boston).

  • Titre complet : The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy (traduit en français par La Nouvelle Image de la Personne : Théorie et pratique de la philosophie clinique).

  • Éditeur d’origine : Appleton-Century-Crofts (une division de Prentice-Hall, Inc.).

  • Lieu de publication : Englewood Cliffs, New Jersey, États-Unis.

  • Année de parution : 1978.

  • Volume et pagination : Grand format, relié / broché, contenant plus de 500 pages (incluant index, bibliographie sélective et 8 annexes techniques).

  • Langue d’origine : Anglais américain.


Disponible en libre accès après inscription gratuite

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TABLE DES MATIÈRES

Préface

LIVRE UN : UN MODÈLE DE L’ÊTRE

Partie I : Introduction

  • CHAPITRE 1 Le besoin de la philosophie en psychothérapie

Partie II : La philosophie en tant que phénoménologie

  • CHAPITRE 2 Le contexte philosophique : Phénoménologie et théorie de la connaissance

  • CHAPITRE 3 Le contexte philosophique : Phénoménologie et théorie de la connaissance (suite)

Partie III : Le modèle phénoménologique de l’être

  • CHAPITRE 4 Le modèle phénoménologique de l’être

  • CHAPITRE 5 Réflexion et polarité esprit-corps

  • CHAPITRE 6 La conscience transcendantale

  • CHAPITRE 7 Métaphore de la polarité esprit-corps et ses conséquences

  • CHAPITRE 8 La polarité individuel-universel

  • CHAPITRE 9 Une théorie de la personnalité bipolaire : Sa puissance explicative

Partie IV : Trois faits philosophiques

  • CHAPITRE 10 Fait philosophique un : Mysticisme et états modifiés de conscience

  • CHAPITRE 11 Conséquences de l’intégration du fait philosophique un

  • CHAPITRE 12 Fait philosophique deux : Individualisme et perspective scientifique

  • CHAPITRE 13 Techniques pour la constitution de l’individu

  • CHAPITRE 14 Fait philosophique trois : Polarité

LIVRE DEUX : RÉVÉLATIONS DE L’ANGOISSE

Partie I : Définition de l’angoisse

  • CHAPITRE 1 Introduction

  • CHAPITRE 2 Description de l’angoisse

  • CHAPITRE 3 Provocation de l’angoisse

  • CHAPITRE 4 Diagnostic et valeur de l’angoisse

Partie II : Révélations de l’angoisse en tant qu’angoisse existentielle

  • CHAPITRE 5 La naissance

  • CHAPITRE 6 Faire face à l’angoisse de la naissance

  • CHAPITRE 7 Le mal

  • CHAPITRE 8 Faire face à l’angoisse du mal

  • CHAPITRE 9 La question du nihilisme-fondement

  • CHAPITRE 10 Faire face à l’angoisse du nihilisme

  • CHAPITRE 11 La liberté

  • CHAPITRE 12 En défense de la liberté

  • CHAPITRE 13 Faire face à l’angoisse de la liberté

  • CHAPITRE 14 Mort et individualité

  • CHAPITRE 15 La culpabilité

LIVRE TROIS : PATHOLOGIE

  • CHAPITRE 1 Le thérapeute complet

  • CHAPITRE 2 L’ego empirique

  • CHAPITRE 3 Classifications philosophiques des états mentaux : La conscience naturelle et la conscience authentique

  • CHAPITRE 4 La conscience estropiée

  • CHAPITRE 5 La conscience effondrée

  • CHAPITRE 6 La conscience déconstituée

  • CHAPITRE 7 Schizophrénie

  • CHAPITRE 8 Guérir par la participation : Vue d’ensemble

  • CHAPITRE 9 Guérir par la participation : Détails

  • CHAPITRE 10 Gestion de la douleur et des besoins

Annexes

  • ANNEXE A Une déclaration des droits face à la mort : Vingt points philosophiques

  • ANNEXE B Vingt étapes vers l’individualité

  • ANNEXE C L’éducation morale comme réponse au crime

  • ANNEXE D Révélations de l’angoisse

  • ANNEXE E Le tableau maître

  • ANNEXE F Méditation, physique et phénoménologie

  • ANNEXE G La nouvelle image de la personne : Théorie et pratique de la philosophie clinique

  • ANNEXE H Schéma simplifié de la pratique de la philosophie clinique

Bibliographie sélective

Index


EXTRAITS

PRÉFACE

The New Image of the Person [La nouvelle image de la personne] poursuit de nombreux objectifs. En premier lieu, il cherche à contribuer à l’établissement de la philosophie clinique en tant que discipline authentique, dotée d’orientations à la fois théoriques et pratiques. Il s’agit d’un manuel destiné à ceux qui souhaitent pratiquer la philosophie clinique.

La philosophie clinique exige de solides compétences de base en philosophie, en particulier ce que l’on nomme ici le modèle phénoménologique de l’être et la théorie existentielle de la personnalité, ainsi qu’en psychologie et en psychiatrie, notamment en ce qui concerne la pratique clinique et l’expérience de la psychothérapie. L’accent est également mis sur les applications des principes de la philosophie clinique à des disciplines autres que la thérapie — y compris les grands enjeux auxquels l’humanité est confrontée dans la seconde moitié du vingtième siècle.

Le mouvement du développement du potentiel humain (growth movement) et les autres dimensions nouvelles de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychothérapie constituent une praxis en quête d’une théorie. La phénoménologie et la philosophie existentielle — en tant qu’entreprises philosophiques sérieuses — se sont développées pour la plupart indépendamment des progrès de la thérapie. Ces deux courants de notre culture — la phénoménologie et l’existentialisme en tant que théorie, et le mouvement du développement du potentiel humain en tant que praxis —, bien que ne se connaissant pas, se sont néanmoins préparés l’un à l’autre de manière synchrone. Le moment est venu de les unir. La philosophie clinique est ainsi l’idéologie du mouvement du développement du potentiel humain.

La vision de la phénoménologie et de l’existentialisme présentée ici est une version actualisée d’une posture philosophique que certains estiment déjà dépassée d’une génération. Par exemple, l’affinité entre la phénoménologie et la pensée orientale n’a pas encore été explorée avec l’insistance et les détails qu’elle mérite. Les philosophies orientales regorgent d’intuitions qui font écho à celles de la phénoménologie transcendantale, et l’application de ces idées à la psychothérapie est restée jusqu’à présent regrettablement minimale. L’un des espoirs exprimés dans ce livre est de combler ce vide.

Les tests et inventaires psychologiques de la personnalité devraient reposer sur la théorie de la personne la plus fiable qui soit disponible. La philosophie clinique espère formuler de manière complète et systématique la vision de la nature humaine qui émerge de l’histoire des idées de notre temps. La preuve de l’exactitude de cette image en évolution de la personne réside dans la description cumulative, sensible et exempte de présupposés des expériences immédiates de ce que signifie exister en tant qu’être humain dans le monde. La phénoménologie a justifié cette approche comme étant la plus susceptible de conduire à la vérité. Les psychométriciens peuvent ainsi commencer leur travail à l’aide du cadre général qui leur est fourni dans The New Image of the Person.

Le contenu de The New Image of the Person a été testé pendant plusieurs années dans le cadre de séminaires spéciaux de formation intensive en philosophie clinique — un programme approfondi et de haute intensité où des thérapeutes, des médecins, des infirmiers, des enseignants, des professeurs, des psychologues, des étudiants de troisième cycle et d’autres personnes reçoivent des fondements et sont formés à l’utilisation de la philosophie en tant qu’art de guérir.

Des remerciements tout particuliers sont dus aux participants de ces séminaires pour leurs suggestions, leurs exemples, leur engagement, leur expertise, ainsi que pour leur intégrité, leur force de caractère et leur chaleur humaine extraordinaires.

Nombreux sont ceux qui ont contribué aux tâches fastidieuses liées à la préparation du manuscrit. Martha Culley figure au premier rang d’entre eux. Des remerciements sont également dus à Jean Homan, Emi Nobuhiro et Myrna Fabbri, ainsi qu’à Joseph Pearson pour son travail sur la bibliographie.

Peter Koestenbaum

San Jose, Californie


CHAPITRE 1

Le besoin de philosophie en psychothérapie

La technique ne suffit pas

Willard L., M.D., est un psychiatre spécialisé dans le « travail corporel » (body work) et Molly P., Ph.D., est une psychologue jouissant d’une splendide réputation en tant que sexothérapeute la plus efficace de la région. Bien que, vis-à-vis de leur profession et du public, ils semblent éminemment réussir, tous deux se sentent vidés par leurs patients et craignent de « mourir » concrètement si leur inconscient anxieux continue de répondre comme il l’a fait à l’inconscient ténébreux de certains de leurs patients. Le Dr L. souffre sévèrement d’allergies et rencontre des problèmes constants d’éruptions cutanées, tandis que la Dre P. traverse des périodes de dépression et a, à de nombreuses reprises, sérieusement envisagé et menacé de se suicider.

Quel est leur problème ? Les deux thérapeutes semblent confondre la technique, la psychothérapies et les théories psychologiques de la personnalité avec la philosophie. Tous deux sont superlativement expérimentés et compétents dans l’utilisation de nombreuses techniques de développement (growth techniques) modernes, hautement imaginatives et salutairement puissantes. Mais dans la plupart des cas, ces techniques opèrent dans un vide philosophique. Quelle que soit la théorie rattachée à la technique que chacun utilise, elle s’avère minimale et étroite ; elle n’englobe qu’une petite région de l’être. Une philosophie globale, une philosophie de la vie ou un modèle responsable de l’être ne sont ni compris ni considérés comme importants dans leur pratique. Lorsque la technique s’est épuisée, lorsque son utilité est consumée, il reste encore une relation client-thérapeute fragmentée, sans but et sans fondement. Les praticiens eux-mêmes n’ont trouvé ni leur direction, ni leur espoir, ni leur sens, ni leur sécurité. La technique, surtout lorsqu’elle est bien utilisée, peut néanmoins conduire le patient et le praticien au bord même d’un abîme béant au-delà duquel ils ne peuvent aller. C’est ici que le symptôme psychosomatique, l’éruption cutanée, et le symptôme psychologique, la dépression suicidaire, apparaissent comme des défenses contre l’anxiété ultime. Pour apprécier et gérer ce vide redoutable, une philosophie globale, une compréhension approfondie de l’existence humaine et de l’être en général sont requises.

Il existe une couche de la nature humaine plus profonde que la psychologie. Ni le complexe d’Œdipe ni l’archétype, ni le complexe d’infériorité ni le besoin de sécurité ne constituent les facteurs ultimes d’une existence humaine. Il ne suffit pas de mettre au jour les origines enfantines des névroses actuelles. Chaque cause psychologique finale ou explication ultime est à son tour un symptôme, une métaphore ou un symbole d’une condition philosophique sous-jacente encore plus profonde ; le symptôme est une expression manifeste du malaise, du défi et de l’espoir génériques, moins évidents, moins pittoresques, mais néanmoins réels, de ce que signifie, pour nous tous, être humain.

La solution pour les deux thérapeutes était une tendance, soutenue par les présupposés dominants et culturellement ancrés de la primauté de la technique, à intensifier cette technique et, si cela ne fonctionnait pas, à chercher des techniques alternatives. Leur réponse à leurs propres problèmes — dans leur pratique et dans leur santé — a été de prescrire « plus de la même chose ». Cependant, lorsqu’une voiture ne démarre pas parce qu’elle n’a plus d’essence, appuyer davantage sur l’accélérateur et tourner davantage le démarreur ne sert à rien. Ce qui est nécessaire, c’est un énoncé philosophique global qui placera chaque technique à sa juste place et dans son contexte approprié, une philosophie de la vie qui déterminera le but de et pour la technique. La philosophie existe en plus de la thérapie, non au lieu du traitement. La philosophie approfondit la thérapie ; elle ne la remplace pas.

Nous devons répondre à ces deux amis et à ceux qui leur ressemblent — une population nombreuse. La technique, bien qu’importante, fascinante et spectaculaire, ne suffit pas à atteindre l’authenticité, l’actualisation de soi, le sens et l’accomplissement. Technique et profondeur ne sont pas automatiquement connectées. Leur relation est subtile et sa mise en œuvre exige de l’art. Une manière simple d’indiquer la place de la philosophie dans la thérapie consiste à affirmer ce qui suit : votre symptôme (quel qu’il soit — physique, comportemental, psychologique ou social) est l’expression du fait que vous ne prenez pas la responsabilité personnelle et libre de poser les trois questions philosophiques fondamentales de la vie : Qui suis-je ? Quel est mon sens ? Qu’est-je que l’intimité ? Les quatre facteurs pertinents dans cette approche sont la liberté, la compréhension de soi, le sens et l’amour.

Mais il y a aussi ceux qui dénigrent complètement les techniques et soutiennent que l’amour, la rencontre (encounter) et les relations engagées suffisent à produire les résultats thérapeutiques souhaités. C’est une position indéfendable. Nous avons besoin de l’amour, de la bienveillance et de l’engagement du thérapeute ou du conseiller envers le patient ou le client. Mais nous avons également besoin d’un guérisseur expérimenté et compétent dans l’utilisation de la technique. Par-dessus tout, cependant, nous avons besoin d’une saisie et d’une compréhension philosophiques globales du patient, de son être-au-monde et de la signification plus large de l’existence humaine. C’est ici que la philosophie et la thérapie peuvent unir leurs efforts pour créer la nouvelle discipline de la philosophie clinique.

Philosophie et Psychologie

Les positions philosophiques les plus pertinentes pour la psychologie et la psychiatrie en général, et pour la psychologie humaniste et le mouvement du développement du potentiel humain en particulier, semblent être celles du mouvement phénoménologique. Tout aussi pertinentes sont leurs applications à l’analyse de la condition humaine réalisée par les philosophes, écrivains et théologiens existentialistes dans une discipline techniquement connue sous le nom d’anthropologie philosophique. On peut argumenter que le mouvement phénoménologique en philosophie (conjointement, peut-être, avec sa ramification, la philosophie existentielle) n’est pas la doctrine dominante sur la scène académique contemporaine. En termes de philosophie de l’institution — telle qu’elle s’exprime dans les revues, les réunions et les départements universitaires —, cela peut être tout à fait exact. En termes de courants de l’histoire, cependant — tels qu’on les observe dans la culture générale et dans l’intérêt des étudiants —, cette critique est fausse ou du moins exagérée. Le désir d’utiliser la philosophie pour résoudre les problèmes humains a toujours été vif, et les analyses phénoménologiques actuelles de la condition humaine fournissent le terrain théorique le plus respectable disponible pour une philosophie clinique professionnelle et systématique. Les philosophes ont longtemps rêvé de calculer plutôt que d’intuiter les réponses aux problèmes philosophiques. La logique symbolique en fut le résultat — une réalisation qui a supplanté deux mille ans de logique aristotélicienne. De même, les philosophes ont longtemps espéré une théorie systématique de la personne dotée d’applications hautement spécifiques et vérifiables. La phénoménologie et l’existentialisme, couplés aux intuitions des philosophies orientales, peuvent nous aider à réaliser ce rêve.

En bref, l’histoire de la philosophie n’est pas une simple accumulation désordonnée d’idées, mais une progression vers des visions de plus en plus sophistiquées de la nature humaine et de sa place dans l’univers. Le mouvement phénoménologique, simplement parce qu’il existe aujourd’hui et parce qu’il possède à la fois le sens de la tradition et de la précision, est le point culminant de l’histoire des idées. Il est donc raisonnable de soutenir que la phénoménologie rend possible la philosophie clinique.

LE MODÈLE PHÉNOMÉNOLOGIQUE DE L’ÊTRE

Il existe trois expressions qui, lorsqu’elles sont définies, peuvent aider à éclairer la relation entre la philosophie, la psychologie, la psychiatrie, les psychologies humaniste et transpersonnelle, et le mouvement du développement du potentiel humain en général. La première est le modèle phénoménologique de l’être. Cette expression fait référence à la posture générale métaphysique ou ontologique qui sous-tend la philosophie clinique. Le langage épistémologique du mouvement phénoménologique exprime le plus confortablement la base théorique de la philosophie clinique. Cependant, l’individu et le monde sont si étroitement liés que la distinction plutôt évidente et élémentaire entre une anthropologie philosophique (une théorie de la personne) et une métaphysique ou ontologie complète (une théorie de la réalité) ne peut pas être facilement établie.

Les spécificités de la relation entre une théorie de l’être et une théorie de la personne sont explicitées à travers le concept, emprunté à la phénoménologie, de constitution : À partir du matériau brut de l’être est découpé le phénomène de l’individualité et le concept d’un ego (selon les mots de Husserl, une égologie). La compréhension pleinement intégrée de ce point permet à une personne de prendre l’entière responsabilité d’être elle-même. Ainsi, la constitution de l’individu est la question centrale tant dans la théorie que dans la pratique de la psychothérapie. Inversement, la relation entre notre conception de la singularité de la personne et la plénitude de l’être se trouve comprimée dans le concept phénoménologique de déconstitution : En éliminant ou en mettant hors d’action les présupposés implicites dans l’expérience d’être un ego isolé, l’expérience de l’abandon au monde émerge, et avec elle surgit le sentiment d’unité avec l’univers. La signification psychothérapeutique de la déconstitution est qu’elle fournit la sécurité nécessaire comme commencement absolu d’une vie réussie et la force requise pour que la croissance et le changement se produisent en thérapie. Ce point fournit également le sentiment de paix et d’éternité qui pourrait bien être la réponse à la souffrance et à l’anxiété face à la mort. La sécurité, qui peut résulter de la déconstitution de l’individu, est une seconde question centrale en thérapie.

Si nous devons prendre une décision sur les priorités, nous serions enclins à soutenir qu’une théorie de l’être précède une théorie de la personne. Dans tout choix concernant la vérité métaphysique, nous pourrions bien opter pour la primauté de l’être sur l’individu. Le modèle phénoménologique de l’être est donc une description spécifique de ces caractéristiques fondamentales de l’être qui revêtent une pertinence unique pour le processus d’application des intuitions de la philosophie aux problèmes d’une vie sensée et, par dérivation, pour la pratique de la psychothérapie et, à certains égards, de la médecine également. En particulier, les questions de fondement ou d’assise (c’est-à-dire la confiance en soi, l’estime de soi, la force, l’amour de soi, etc.) et la question connexe de la mort (qui inclut le problème de l’immortalité et de la réincarnation), ainsi que tout le spectre des problèmes concernant l’identité individuelle, peuvent recevoir des réponses systématiques et responsables en termes de modèle phénoménologique de l’être. Ce modèle relie le mouvement phénoménologique, qui est l’apogée actuel de la pensée occidentale, à la collection inspirée et profonde de visions du monde qui constituent la tradition de la pensée orientale.

Le modèle phénoménologique de l’être et sa relation avec les arts de guérir constituent en grande partie le sujet du Livre Un.

LA THÉORIE EXISTANTIELLE DE LA PERSONNALITÉ

La deuxième expression qui peut aider à définir la relation entre la philosophie et la psychologie est la théorie existentielle de la personnalité. Elle fait référence à l’anthropologie philosophique ou théorie de l’homme qui émerge lorsque nous interprétons le phénomène de l’être humain comme un acte qui tire son sens et dérive de la théorie générale de l’être susmentionnée. La théorie existentielle de la personnalité est essentiellement le sujet du Livre Deux.

À de nombreux égards, le modèle phénoménologique de l’être et la théorie existentielle de la personnalité fusionnent et se chevauchent, même si le premier est distinctement une ontologie et la seconde une anthropologie.

L’ÉDUCATION PERSONNALISÉE EN PHILOSOPHIE

La troisième expression qui peut clarifier le sens de la philosophie clinique est l’éducation personnalisée en philosophie. Elle fait référence aux utilisations cliniques, de conseil (counseling) ou thérapeutiques du modèle phénoménologique de l’être et de la théorie existentielle de la personnalité. Bien que l’éducation personnalisée en philosophie puisse chevaucher la psychothérapie et la psychiatrie conventionnelles, elle comporte des différences critiques. L’éducation personnalisée en philosophie propose des suggestions diagnostiques. Cependant, les descriptions philosophiques en psychopathologie seront différentes des analyses psychologiques conventionnelles. De plus, de nombreux patients traités aujourd’hui par la thérapie ou la médecine conventionnelles sont en vérité des personnes qui souffrent de conditions philosophiques plutôt que de maladies psychologiques ; elles souffrent des problèmes fondamentaux de la vie (tels que la responsabilité, l’amour et la mort) et ont besoin d’une compréhension et d’une aide philosophiques. Les suggestions de diagnostic et de traitement reçoivent un accent particulier dans le Livre Trois, bien que beaucoup d’entre elles se trouvent également dans les Livres Un et Deux (dans les chapitres sur les dispositifs d’adaptation — coping devices).

Chaque personne normale et saine souffre de conditions qui sont essentielles à l’existence même et ne répondent qu’à une intuition philosophique appropriée. Les références aux affaires d’enfance non résolues, aux conflits œdipiens non liquidés, aux complexes d’infériorité et autres, ainsi que les techniques d’association libre, d’analyse des rêves et d’écoute active, aussi utiles soient-elles, n’en ont pas moins une valeur limitée pour aider les gens à résoudre leurs problèmes les plus profonds. En outre, ce qui est précieux dans l’éducation personnalisée en philosophie, c’est la perspective solide sur la condition humaine totale rendue possible par le modèle phénoménologique de l’être et la théorie existentielle de la personnalité.

Un thérapeute doit être aguerri et expérimenté. Mais il doit également posséder une maîtrise suffisante de la structure fondamentale de l’existence humaine pour évaluer avec précision toute situation et improviser avec imagination, si nécessaire. Un tel contrôle sur la thérapie est rendu possible par la philosophie clinique. Chaque personne est semblable dans sa structure philosophique essentielle. Comprendre cette intuition donne confiance et compétence au thérapeute. Mais les images en termes desquelles chaque personne ressent et pense sa vie sont différentes. Freud et Jung, Adler et Rank, Reich et Sullivan, Horney et Erikson — tous ceux-là et d’autres ont apporté des contributions utiles à la conceptualisation des différences individuelles. Mais le thérapeute véritablement créatif inventera une psychologie distincte pour chacun de ses patients. L’un pourra trouver utile la visualisation de Freud ; un autre pourra répondre à celle de Jung. Mais le thérapeute moderne n’a pas à s’arrêter là. Les théories psychologiques de la personnalité peuvent être générées à volonté, pourvu que le thérapeute ait un don pour l’imagination créative. Les grandes lignes de ces inventions imaginatives et personnalisées de théories psychologiques sont fournies par le modèle phénoménologique de l’être et la théorie existentielle de la personnalité qui en découle. Il est donc d’une grande importance que les thérapeutes responsables comprennent les fondements philosophiques de leur pratique.

Le rôle de la métaphore

Un aspect important de la philosophie clinique consiste à comprendre le rôle de la métaphore. « Métaphore », « symbole », « mythe » et « symptôme » sont utilisés de manière interchangeable. De nombreux problèmes psychologiques et psychiatriques authentiques se comprennent mieux lorsqu’on les considère comme des expressions, des manifestations ou des métaphores d’une situation existentielle plus large, plus profonde et plus envahissante. On peut en dire autant de la religion, que l’on pourrait qualifier de mythe nécessaire pour vivre, le mot « mythe » étant employé au sens ancien de vérité plutôt qu’au sens moderne de fausseté. La Figure 1 illustre ce point. La vérité « littérale » concernant l’être et concernant les personnes — abstraite et dépouillée — s’exprime en philosophie sous la forme du modèle phénoménologique de l’être. Pour gérer cette vérité, nous avons besoin de métaphores et de symboles, de mythes et de symptômes. La vérité philosophique est si importante que nous régressons (ou progressons) vers les formes les plus simples (et peut-être les plus efficaces) de la pensée par images. Nous pouvons alors intégrer ces intuitions philosophiques dans nos vies sous formes d’adaptation, de médecine, de thérapie et d’espoir. En gros, lorsque nous utilisons le corps et son comportement comme symbole d’une vérité philosophique, nous obtenons la mythologie importante et utile de la psychologie. Lorsque, d’un autre côté, nous utilisons l’esprit comme symbole-racine, nous obtenons la mythologie de la religion et de la théologie. La psychologie et la religion — selon les goûts, les dispositions et l’éducation — peuvent servir également à gérer, sous une forme métaphorique, les questions fondamentales de la philosophie.

Par exemple, un enfant dont la mère voulait avorter naît néanmoins et grandit en se sentant rejeté et sans valeur. Rollo May décrit un tel cas de manière touchante lorsqu’il écrit :

Cette patiente, une femme intelligente de vingt-huit ans, était particulièrement douée pour exprimer ce qui se passait en elle. Elle était venue en psychothérapie en raison de graves crises d’anxiété dans les espaces clos, de profonds doutes sur elle-même et d’accès de rage parfois incontrôlables. Enfant illégitime, elle avait été élevée par des proches dans un petit village du sud-ouest du pays. Sa mère, dans des moments de colère, lui rappelait souvent, lorsqu’elle était enfant, son origine, racontait comment elle avait essayé d’avorter et, en période de difficultés, criait à la petite fille : « Si tu n’étais pas née, nous n’aurions pas à subir cela ! ». D’autres parents avaient crié à l’enfant, lors de querelles familiales : « Pourquoi ne t’es-tu pas tuée ? » et « On aurait dû t’étouffer le jour de ta naissance ! » ²

Dans la psychothérapie conventionnelle, on peut supposer que le sentiment de dévalorisation de la patiente et la symptomatologie qui en découle résultent directement du rejet et des privations qu’elle a subis pendant son enfance. Mais du point de vue de la philosophie clinique, la situation réelle est tout à fait différente : Le sentiment de valeur découle en dernier ressort de l’expérience de son fondement ontologique, une assise qui est toujours là mais qui n’est pas toujours perçue. L’amour maternel dans la petite enfance facilite cette perception et illustre ce fait universel de l’existence, cette découverte philosophique accessible à tous et à tout moment. Mais l’amour maternel ne produit pas, ne crée pas et n’amène pas la réalité de la sécurité. La sécurité n’est pas un sentiment psychologique, mais un fait philosophique. Ce n’est pas un phénomène empirique ou psychologique, c’est-à-dire une réalité du monde des choses et des objets, de la science et des réalités politiques, mais c’est ce que nous appelons un phénomène transcendantal, une réalité métaphysique liée à la structure de notre propre conscience et du monde extérieur, qui est toujours l’objet de cette conscience. Une personne est en sécurité, ancrée et chez elle en vertu de sa nature, en raison de sa relation avec sa conscience et avec l’univers.

Certaines personnes n’apprennent jamais cette intuition ; d’autres ne parviennent jamais à cette prise de conscience par elles-mêmes ou sont privées de l’opportunité de la poursuivre. Heureusement, ce n’est pas un seul mais de nombreux événements dans la vie d’une personne qui peuvent enseigner cette vérité, allant de parents chaleureusement aimants à un programme formel de philosophie, de la religion à la poésie, de la thérapie à l’adversité. L’amour des parents ne donne ni ne fabrique la sécurité. Le sentiment de fondement n’est pas un sentiment mais un fait, un fait ontologique qui peut être éclairé et prendre vie grâce à un environnement aimant et soutenant. Cependant, la réalité de notre fondement ontologique doit être non seulement vécue émotionnellement, mais aussi clarifiée intellectuellement. Reste que la réalité de ce fait est indépendante de et antérieure aux aléas d’une bonne enfance.

Un corollaire extrêmement important découle de cette analyse. Si une « bonne » mère, une mère facilitant la sécurité, est absente, alors nous pouvons y remédier plus tard dans la vie ! Il y a toujours de l’espoir. Si nous descendons un niveau plus bas que ne le permettent les approches psychologiques, nous découvrons un fondement, un foyer et des réponses au cœur de chaque être humain. C’est là que la thérapie philosophique doit parvenir. Nous pouvons reconstruire notre enfance, recréer notre environnement précoce et réécrire nos scénarios les plus anciens. La vérité et la réalité que nous recherchons sont avec nous à ce moment même. Il nous suffit d’apprendre à faire de la philosophie — à explorer en profondeur et sans parti pris la structure de l’expérience d’ici et maintenant, qui est à son tour le fondement de toute connaissance — pour découvrir des intuitions qui sont des solutions à des problèmes psychologiques déchirants. De cette façon, il y a des réponses et des solutions pour chacun. Nous n’avons plus à nous sentir enchaînés par les circonstances de notre enfance et de notre culture. En d’autres termes, chaque personne est digne, sauve et en sécurité en raison de sa nature et non en vertu des idiosyncrasies d’une enfance ou d’un environnement particuliers. Ce principe est très important et il devrait fonctionner partout où il y a une volonté ou une motivation, ou chaque fois que la décision de faire face est librement prise. C’est une intuition qui devrait être rendue accessible aux enfants à travers les histoires du soir et les premières expériences scolaires, et à la population générale à travers les médias. La santé repose ainsi sur une base absolue plutôt que simplement fortuite. Et chaque personne, saine ou malade, peut faire cette découverte pour elle-même.

Ce n’est pas le lieu de répertorier des exemples. Le principe est pourtant de la plus haute importance : Les explications psychologiques de la détresse humaine, surtout lorsqu’il est fait référence à son origine dans la petite enfance, ont un air de fatalisme. On pense que les dommages causés au début de la vie pourraient bien être irréversibles. Les théories conventionnelles soutiennent que l’adulte est produit ou causé par l’enfant et que nous sommes tous limités dans notre vie d’adulte par les circonstances de l’enfance sur lesquelles nous ne pouvions exercer aucun contrôle. La mesure dans laquelle nous pouvons exercer un contrôle sur quoi que ce soit est elle-même présumée être le résultat d’un conditionnement et d’opportunités très précoces de la petite enfance. Sans nier la puissance de ces intuitions psychologiques, nous devons néanmoins intégrer dans notre pensée le fait que nous sommes à ce moment même — ainsi que toujours — libres de découvrir notre nature philosophique (ce qui signifie que nous avons accès à nos fondements) et libres, sur la base de cette sécurité, de reconstruire nos vies.

À l’opposé du fatalisme, une approche basée sur la philosophie clinique, schématisée, soutient que toutes les personnes sont identiques en ce que chaque individu possède une structure ontologique uniforme et absolue. Il peut soit connaître, expérimenter, percevoir ou être conscient de cette structure, soit l’ignorer. Une enfance saine lui a enseigné cette structure essentielle ; une enfance privée lui a caché cette nature. Le principe thérapeutiquement utile qui sous-tend cette analyse est que les faits philosophiques concernant la nature humaine essentielle d’une personne peuvent être enseignés à tout moment. Le processus consistant à faciliter le dévoilement de soi n’est pas un processus de conditionnement, de modification du comportement ou d’introjection de contrôles sociaux et de défenses psychologiques. C’est l’acte de permettre la découverte en soi-même de ce que l’on est véritablement. Cette philosophie de la personnalité est porteuse d’espoir plutôt que pessimiste, autodéterminante plutôt que fataliste. Et c’est là que réside le rôle de la philosophie dans la psychothérapie.

Un autre exemple de la manière dont la philosophie approfondit la thérapie réside dans l’interprétation du complexe d’Œdipe. Freud a découvert qu’il pouvait rendre compte de l’anxiété en organisant la vie d’une personne autour de la métaphore-racine du mythe d’Œdipe. Jung a généralisé l’intuition de Freud — tout comme Bridgman, dans The Logic of Modern Physics, a généralisé l’approche opérationnelle d’Einstein du concept de « simultanéité » trouvé dans la théorie de la relativité en un opérationnalisme pour tous les termes utilisés en physique — en montrant que l’anxiété peut être comprise si nous utilisons n’importe lequel d’un très grand nombre de mythes du monde.

Du point de vue existentiel, il est faux de dire que la peur qu’un garçon a de son père ou la trahison par sa maman est la cause de l’anxiété. Il est faux de dire qu’un complexe d’Œdipe non résolu produit de l’anxiété, ou que les abus subis dans la petite enfance produisent de l’anxiété dans les années ultérieures. La position existentielle est que l’anxiété est toujours présente, qu’un être humain est assis sur un réservoir d’anxiété de la même manière qu’un cheikh arabe est assis sur un gisement de pétrole. Le phobique a foré un petit trou menant au réservoir ; le névrosé anxieux ou le schizophrène est tombé dans le réservoir. La situation œdipienne déclenche une anxiété qui est toujours présente. Elle évoque, mobilise ou rappelle à la personne une anxiété qui est omniprésente, ubiquitaire et au cœur de son être. À travers la situation œdipienne, l’enfant (ou l’adulte en psychanalyse) découvre l’anxiété qui est toujours là. Elle ne produit pas l’anxiété et ne la donne pas au patient. De plus, sa résolution n’élimine pas l’anxiété, mais sert de modèle et de métaphore sur la manière dont on s’y prend pour faire face à l’anxiété, se défendre contre elle ou traduire son expérience en l’excitation de la vie et la joie du sens. La philosophie approfondit la psychologie et la psychiatrie ; elle ne la supplante pas.

Il découle de ces considérations qu’une profession distincte de philosophe clinicien semble souhaitable. La préparation à celle-ci comprendrait non seulement un bagage standard en psychologie, psychiatrie, psychopathologie et autres domaines similaires, mais aussi l’étude systématique des sciences humaines, avec un accent particulier sur la formation en philosophie, son histoire et les domaines subsidiaires de l’épistémologie, de la phénoménologie, de l’anthropologie philosophique et de l’existentialisme. Espérons que le programme présenté dans ces quelques pages soit mené à bien en détail, expliqué avec clarté, utilement illustré, solidement étayé et appliqué adéquatement dans les chapitres qui suivent.

La Pyramide Psychologique

Un outil didactique utile pour décrire et expliquer les niveaux d’intuition atteints par la psychologie et la philosophie est la Pyramide Psychologique. L’analyse philosophique de la condition humaine représente, idéalement, l’énoncé le plus littéral (c’est-à-dire le moins symbolique ou métaphorique) possible. Alors que le modèle phénoménologique de l’être et la théorie existentielle de la personnalité peuvent sembler abstraits et éloignés de l’expérience immédiate, c’est en réalité l’inverse qui est vrai. La philosophie prétend décrire, avec autant d’exactitude et de précision que possible, et dépourvue de toute fioriture inutile ou de comparaison séduisante, des structures telles que la liberté humaine, la nature de l’anxiété, la signification de la culpabilité, etc. Ces principes philosophiques fondamentaux ne sont pas des observations accessoires ; au contraire, ils constituent le noyau et le cœur de ce qui est angoissant et de ce qui est porteur d’espoir dans l’expérience humaine. La philosophie clinique, en tant que modèle phénoménologique de l’être et théorie existentielle de la personnalité, constitue donc la base de la pyramide de la psychologie. (Voir Figure 2.)

La gestion de ces réalités philosophiques sous-jacentes est souvent reléguée à la métaphore. La gestion directe et littérale des questions philosophiques sous-jacentes de la vie est à la fois possible et utile ; le fait demeure, néanmoins, que la plupart des programmes de gestion de questions philosophiques fondamentales telles que la mort, la solitude, la responsabilité, l’amour et l’accomplissement sont, dans la pratique réelle, mis en œuvre par le biais de métaphores. Ces métaphores constituent le deuxième niveau de la Pyramide Psychologique. Mais le « vrai » problème existe au niveau de sa formulation philosophique exacte. La question sous-jacente est ce qui s’exprime littéralement dans l’énoncé philosophique. Et cette formulation ou cet énoncé est en particulier le modèle phénoménologique de l’être ainsi que la théorie existentielle de la personnalité.

Développons le diagramme triangulaire (Figure 1). Il existe essentiellement trois types de métaphores pour l’ultime réalité philosophique de l’être — le corps, la nature et l’esprit. Chaque métaphore donne naissance à sa propre approche thérapeutique caractéristique. Lorsque la métaphore est l’esprit, alors la théorie de la guérison devient religion et théologie, et la praxis de la guérison est le rituel et la cérémonie. Cela ne signifie pas que la religion soit frauduleuse. Au contraire, la métaphore doit être acceptée avec la plus grande sincérité avant de pouvoir fonctionner comme substitut de la philosophie.

La situation est parallèle à l’appréciation de la musique. Peut-être Freud avait-il raison et la musique est-elle la sublimation du sexe et de l’agression. Cependant, la musique ne peut remplir son rôle de substitut que lorsqu’elle est perçue comme une valeur intrinsèque et non comme un second choix par rapport à la satisfaction originelle d’expérimenter le sexe et d’exprimer l’agression. La philosophie peut ainsi être une valeur intrinsèque tandis que la religion est une valeur instrumentale (c’est-à-dire instrumentale pour parvenir à l’intuition philosophique), tout comme la musique peut être notre valeur instrumentale pour les expériences plus authentiques (c’est-à-dire intrinsèques) du sexe et de l’agression. Cependant, la thèse actuelle est que la musique et la religion, pour être efficaces même en tant que substituts ou valeurs instrumentales, doivent en fait être ressenties comme des valeurs intrinsèques. Cette vision implique le respect de la religion sans nier la primauté de la philosophie.

Si la métaphore de la condition philosophique de l’homme est la nature, alors la théorie de la guérison devient mythologie et symbole, et sa praxis est l’art, la littérature et la poésie. La mythologie est donc réelle au même sens que la religion et la théologie. Aujourd’hui, l’un des rares contextes dans lesquels nous prenons la mythologie au sérieux est l’utilisation des archétypes pour l’interprétation des rêves et des contes de fées comme paradigmes thérapeutiques. Cependant, les formes artistiques, musicales et littéraires devraient être expliquées comme des manières créatives et expressives de travailler à travers des questions philosophiques fondamentales. Les arts existent donc au même niveau ontologique que la psychothérapie de profondeur. La relation logique entre les arts et la philosophie est la même que celle entre la psychothérapie de profondeur ou reconstructive et la philosophie.

Enfin, si le corps humain devait être choisi comme métaphore-racine de la vérité ou du fondement philosophique, alors le processus de guérison s’exprime sous forme de psychothérapie intensive, en particulier dans un mode psychanalytique ou reconstructif. Nous pouvons dire que le corps est la métaphore-racine du modèle psychanalytique parce que certains des termes psychanalytiques clés autour desquels se construit l’image de la santé humaine impliquent des fonctions corporelles primitives (telles que la succion, la défécation, le coït), des organes centraux (tels que la bouche, l’anus, les organes génitaux) et des relations physiques et perversions primitives (telles que la scène primitive, le complexe d’Œdipe, la castration, la séparation et l’inceste). La psychanalyse et d’autres formes de psychothérapie de profondeur sont donc aussi réelles que la mythologie, la religion et les arts. Le succès de la psychanalyse dans le travail de résolution des questions philosophiques fondamentales (telles que faire face à la négation et à l’individuation — qui est l’équivalent philosophique de la situation œdipienne) dépend de la sévérité et de l’efficacité avec lesquelles les patients ou les clients peuvent se conceptualiser en termes de ces fonctions corporelles fondamentales. Nous vivons dans une culture habituée aux métaphores corporelles, c’est-à-dire physiologiques et comportementales, en psychologie. Ce fait est lié à la suprématie générale de la profession médicale et de l’approche médicale dans notre société. La métaphore spécifique à utiliser en psychothérapie n’est qu’une question de commodité intellectuelle et d’efficacité pragmatique. En cette matière, laissons le patient guider le clinicien. D’un autre côté, il ne peut y avoir aucun mal à réorienter notre culture loin de la métaphore et vers la littéralité. Cela signifierait une augmentation de l’activité philosophique à tous les niveaux de la société, en commençant peut-être par l’enseignement précoce de la philosophie à l’école.

Le troisième niveau de la Pyramide Psychologique est une thérapie relativement superficielle, dont les psychothérapies de soutien et de rééducation seraient des exemples. Leur but est limité. Elles versent de l’huile sur les eaux agitées, mais elles ne cherchent pas à arrêter la tempête. Au niveau suivant se trouve une activité encore moins intensive, à savoir les groupes de croissance à court terme, dont certains peuvent ne pas durer plus d’un week-end. Tout au sommet de la pyramide se trouvent les plus superficiels des arts de guérir — les conseils et les discours d’encouragement (pep talks), que l’on trouve dans de nombreux livres populaires de développement personnel et dans la littérature d’inspiration. Parce que ces derniers sont les plus visibles et sont faciles à comprendre, ils sont également très populaires. Malheureusement, leurs effets bénéfiques durables sont sévèrement limités.

À mesure que nous nous élevons dans la pyramide, la structure se rétrécit et le processus de guérison gagne en superficialité. Les solutions finales, si on peut en trouver, forment la base de la pyramide et doivent s’exprimer philosophiquement. Nous sommes alors en mesure de décider quelle métaphore est la mieux adaptée pour nous ou, si nous sommes thérapeutes, laquelle est la meilleure pour chacun de nos patients ou clients. Il est donc tout à fait possible de diagnostiquer un client philosophiquement et, à la suite de cela, de proposer une stratégie de traitement, une orientation de conseil ou même un cours didactique. Cependant, si nous allons au-delà de ce fondement philosophique pour entrer dans les types les plus courants de gestion psychologique ou thérapeutique, alors nous devons en fait créer une psychologie spéciale pour chaque client. Le but du modèle phénoménologique de l’être et de la théorie existentielle de la personnalité est d’énoncer, de la manière la plus précise que le langage permettra, la base de cette pyramide psychologique. De cette façon, nous pouvons apprendre à appliquer en pratique la théorie de la philosophie clinique.

Qu’est-ce donc, en termes les plus brefs, qu’un philosophe clinicien ? Un philosophe clinicien invente une psychologie unique et différente pour chacun de ses patients, clients ou étudiants. Il peut le faire en ajoutant de l’imagination à la vision fondamentale de l’être dont sa formation philosophique lui a donné une vue d’ensemble confortable et une maîtrise sûre. Il a besoin d’intelligence, d’une bonne santé physique et mentale, de dévouement, de sagesse, d’information, d’expérience et d’une imagination créative hautement développée. Il a besoin de force, de courage et de la volonté d’être assez permissif pour utiliser tous les aspects de sa personnalité au service authentique de ses clients. Pour ce faire, il ne peut se consacrer qu’à quelques clients ou étudiants à la fois. Cet esprit est l’essence même de la philosophie clinique.

Diagnostic Historique

Avant de conclure ces commentaires introductifs, il est nécessaire de se concentrer sur une tentative de diagnostic simplifié de la situation historique actuelle en termes de certaines des catégories de la philosophie clinique.

Il est tentant mais aussi risqué de diagnostiquer notre siècle comme si nous étions des historiens du futur bénéficiant du recul de deux ou trois siècles. Quels sont les enjeux primaires qui ont façonné et continueront d’influencer le vingtième siècle ? Ceux qui ont été retenus sont suggérés par des thèmes centraux dérivés de la philosophie existentielle et de la phénoménologie : la mort, la liberté de s’autodéfinir, la futurisation ou l’auto-transcendance, le dévoilement de soi, et le besoin de développer un modèle ordonné et complet de l’être ainsi qu’une théorie philosophique de la personnalité.

LA MORT

Le monde fait face à sa mort. C’est le premier développement majeur d’une importance historique durable dans la culture du vingtième siècle. Nier sa mort en tant qu’individu conduit à l’auto-tromperie et à l’inauthenticité, tandis que la reconnaître, l’accepter, l’affronter et l’intégrer conduit à l’authenticité, au sens et au courage. Ces intuitions existentielles sur la structure de la vie d’une personne s’appliquent également à l’humanité en général. En fait, extrapolée en ce sens, leur signification s’intensifie, puisque la mort-de-moi-même est conceptualisée sur fond de continuation de la civilisation et du monde, alors que la mort-du-monde n’a pas un tel horizon rassurant sur lequel l’espoir se détache. Ainsi, le premier fait de la situation mondiale actuelle diagnostiqué existentiellement est que le monde se meurt. Le « monde » en ce sens est la vie humaine ou du moins l’existence civilisée ou quasi civilisée telle que nous la connaissons.

Le fait que la mort-du-monde soit une possibilité réelle peut être appelé le syndrome apocalyptique. Cette perception redoutable repose sur plusieurs considérations plutôt évidentes. L’une est la menace toujours présente d’un holocauste nucléaire. Une autre est le problème de la surpopulation, avec toutes ses difficultés concomitantes de famine, d’anarchie, de révolution et de guerre. Il y a aussi les doubles menaces de la technologie — l’épuisement des ressources naturelles, en particulier de l’énergie, et la pollution de la biosphère. Ces deux menaces sont à leur tour des retombées de notre concept de soi économique, imprudent et dangereux, qui identifie l’augmentation de la consommation à la croissance et au progrès.

Chacun de ces dangers suffit à lui seul à faire de la fin du monde une possibilité réelle. Notre problème se complique du fait que nous devons faire face à leur assaut unifié. En l’an 1000 de notre ère, on pensait que le monde finirait. L’idée n’a donc rien de nouveau. Cependant, ce syndrome apocalyptique se produisait dans un contexte religieux — le plan de Dieu, qui signifiait le salut et le jugement, en était l’objectif. Les philosophies traditionnelles de la fin du monde parlaient de la mort comme d’une transition, d’un inconvénient assorti d’un message moral, mais jamais véritablement comme de la fin. Ce qui n’était distinctement pas envisagé, c’est que Dieu et Son plan périraient également, comme c’est le cas dans l’anxiété actuelle concernant la mort du monde. La peur de la fin véritable du monde est une expérience unique au vingtième siècle. Notre seul espoir réside dans le fait que cette peur peut rendre l’humanité résolue à développer l’amour et le respect mutuels, à établir une communauté mondiale civilisée et unique, et à créer la volonté (la mise en œuvre par de nouvelles technologies suivrait presque automatiquement) de lutter contre cette eutrophisation de la biosphère entière. De cette façon, la mort menaçante de la civilisation peut avoir le même effet revitalisant sur l’histoire de l’humanité que la mort de soi-même en a pour nous donner le courage de trouver un sens en tant qu’individus.

LE CONTRÔLE DES NAISSANCES ET LA LIBERTÉ

Un autre développement du vingtième siècle qui, semble-t-il, n’a pas de précédent dans l’histoire est l’invention et la disponibilité des méthodes de contrôle des naissances : Nous avons la Pilule et nous avons les avortements légalisés.

L’unité fondamentale de la société a toujours été la famille, et la raison d’être de son existence a été la satisfaction sexuelle et la socialisation des enfants. Historiquement, les enfants et le sexe ont toujours été liés. Il est enfin possible, et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, de séparer éthiquement le sexe de l’amour d’une part, et de séparer physiquement le sexe des enfants, du mariage et de la famille d’autre part. Et le contrôle des naissances est largement utilisé, socialement accepté et souvent intensivement encouragé. En conséquence, l’institution de la famille, avec tous les soutiens sociaux, psychologiques et religieux dont elle jouit, et avec son énorme signification anthropologique, menace aujourd’hui de devenir obsolète.

Le contrôle des naissances a encouragé le développement de la conscience de la liberté, parce que les êtres humains sont désormais libres de définir leurs relations les plus intimes. Ils ne sont plus liés à des besoins et des restrictions biologiques et sociaux. Le contrôle des naissances a donné du poids et de la substance à la liberté philosophique d’autodéfinition, jusqu’alors essentiellement abstraite. L’histoire, peut-on soutenir, est le développement de la conscience de la liberté. L’histoire est l’augmentation de la conscience que la conscience a d’elle-même. Avec l’arrivée de la disponibilité généralisée des méthodes de contrôle des naissances, la liberté a marqué un nouveau triomphe dans l’histoire. Dans ce cas, c’est la liberté de définir les relations hétérosexuelles (c’est-à-dire séparer le sexe des enfants, et donc l’amour du mariage) qui élargit la conscience de la liberté.

Le fait que l’humanité soit devenue consciente de sa liberté est également vrai dans un sens plus général. Le contrôle des naissances n’est qu’un aspect de cet éveil global et élargi. Les États monolithiques et les répressions totalitaires ont, par leur déni de liberté, clarifié pour un grand nombre d’êtres humains le caractère précieux de cette liberté. D’innombrables mouvements de libération (politiques, nationaux, sexuels, ethniques, sociaux, etc.) sont des manifestations mondiales de l’augmentation de la conscience de la liberté qui caractérise notre siècle.

La liberté conduit inévitablement à des sociétés pluralistes. Le pluralisme en politique, dans les normes, l’éthique et les attentes engendre le conflit, la confusion et l’anxiété. Mais il peut aussi se traduire par des opportunités, l’élargissement de la conscience, l’identité et la responsabilité personnelles, et la maturité. La liberté conduit également à une augmentation de la criminalité, en particulier lorsque le libre arbitre de l’indivdiu devient légitimement généralisé en garanties constitutionnelles. Marvin Wolfgang déclare : « Historiquement et interculturellement, les pays qui ont de plus grandes quantités de liberté individuelle et de liberté ont probablement connu une plus grande quantité de déviance sociale. Mais c’est l’une des valeurs que nous prônons — la liberté d’être différent »³. Nous devons donc faire preuve d’une grande prudence et ne pas détruire la liberté dans la guerre contre le crime.

LA COMMUNICATION

Un autre phénomène typique du vingtième siècle est l’explosion des communications. Elle conduit à un concept de soi mondial unique, qui est constructif et réaliste, mais aussi à une sursaturation des apports (inputs), qui est déroutante et destructrice. Nous avons un excès d’objectivité, comme dans l’ingénierie, avec une diminution correspondante de la conscience subjective. Aujourd’hui, ce problème est heureusement contrebalancé par un intérêt accru pour l’exploration de la subjectivité humaine, y compris l’accent mis sur la recherche des états modifiés de conscience.

L’EXPLORATION SPATIALE

Un quatrième développement unique au vingtième siècle a été l’exploration spatiale. Nous devrions, en toute justice, parler de l’exploration de l’espace extérieur et intérieur, car ces activités sont philosophiquement liées. Ce n’est pas un hasard si les expressions « espace intérieur » et « espace extérieur » ont le mot « espace » en commun. Leurs référents possèdent une caractéristique commune, mise en lumière par le mot important et quelque peu mystérieux d’« espace ». L’exploration de l’espace extérieur perpétue l’esprit de frontière — commun aux États-Unis et à la Russie —, qui est une attitude de futurisation et d’espoir.

L’image de notre monde vue de la lune (au moins depuis l’espace extérieur), que l’on trouve aujourd’hui dans la plupart des salles de classe, démontre à la fois le caractère précieux de la biosphère et la logique de l’unité entre les nations. Un pas humain sur la lune suggère que, plutôt que d’avoir épuisé les mondes à conquérir, nous ne faisons que commencer. Par conséquent, l’exploration spatiale, tant intérieure qu’extérieure, signifie qu’une nouvelle frontière a été trouvée. L’esprit d’espoir, d’abord menacé par l’apocalypse, peut maintenant revenir à la conscience humaine.

LA PHILOSOPHIE

Le cinquième et dernier développement unique à ce siècle est une confluence massive des deux vastes fleuves de la philosophie — la pensée orientale et occidentale —, une union qui a récemment suscité un intérêt accru dans le monde occidental pour l’exploration de l’espace intérieur. De plus, le fleuve de la pensée occidentale comporte trois affluents, chacun provenant de contrées largement séparées — la science, la théologie et les sciences humaines. C’est seulement récemment, grâce à l’application systématique des techniques phénoménologiques (qui seront décrites dans les chapitres suivants), que ces trois disciplines — qui, dans l’Antiquité, étaient les brins d’une même corde mais qui, depuis la Renaissance, sont devenues des domaines d’étude spécialisés et aliénés — se trouvent à nouveau combinées. (Voir Figure 3.)

Les descriptions phénoménologiques des états subjectifs (tant la conscience elle-même que certains objets subjectifs de la conscience, comme les sentiments) ont réuni la rigueur objective de la méthode scientifique, la richesse intuitive de la littérature et des arts, et les subtilités psychologiques de l’intuition religieuse. Cette connexion triadiques constitue le caractère scientifique de la phénoménologie. En outre, la philosophie orientale a anticipé depuis des millénaires ce qui, dans le mouvement phénoménologique de la philosophie occidentale, en est venu à être connu sous le nom de phénoménologie transcendantale et d’étude de l’ego transcendantal. Les deux développements intellectuels significatifs de l’histoire récente des idées — le caractère scientifique de la philosophie et l’analyse transcendantale — ont enfin créé les conditions qui peuvent établir une véritable philosophie mondiale bien ancrée. Cela semble être le dernier et le plus prometteur des développements de ce siècle. Il se pourrait bien qu’il porte en lui les germes de la résurrection finale du monde face à ses dangers apocalyptiques actuels.

Chacun des événements uniques et sans précédent du vingtième siècle mentionnés ci-dessus peut être compris de manière globale comme une manifestation de la structure fondamentale de l’être et de la personne, telle que conceptualisée par un modèle phénoménologique de l’être et la théorie existentielle de la personnalité qui l’accompagne. Ces conceptualisations organisent de manière adéquate les événements marquants de ce siècle, car ce modèle et cette théorie de la personnalité traitent des thèmes de la mort, de la liberté, de la rencontre (encounter), de la futurisation et de l’auto-transcendance ainsi que du dévoilement de soi. La mort dans l’existentialisme devient la mort dans les affaires mondiales. La liberté personnelle devient le pluralisme social. La rencontre interpersonnelle et la communication conduisent à la politisation du contrôle des naissances et aux angoisses mondiales. La futurisation mène à l’exploration spatiale et le dévoilement de soi à une philosophie mondiale. Chacun de ces thèmes dérivés d’une théorie existentielle de la personnalité pointe vers un événement politique et historique majeur de notre époque et nous aide à comprendre ces événements.

Notes

La déconstitution, si elle est mal gérée, peut également conduire à la panique.

May, Angel, et Ellenberger, Henri F. eds., Existence: A New Dimension in Psychiatry and Psychology (New York: Basic Books, 1958), p. 42.

Time, 30 juin 1975, p. 14.

Ce point est discuté longuement dans Peter Koestenbaum, The Vitality of Death (Westport, Conn.: Greenwood, 1971), chapitres 25 et 26.


Le lien entre le livre de Peter Koestenbaum, The New Image of the Person, et la philosophie clinique est direct, structurel et fondateur. En réalité, l’œuvre porte un sous-titre explicite qui dissipe d’emblée le doute : The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy (1978).

Ce livre constitue le manifeste et le traité pratique par lequel Koestenbaum a théorisé et formalisé la philosophie clinique.

Voici comment l’ouvrage s’articule autour de cette discipline :

1. La définition de la philosophie clinique selon l’auteur

Pour Koestenbaum, la philosophie clinique est l’application délibérée des outils de la philosophie occidentale — en particulier la phénoménologie (l’étude de l’expérience vécue) et l’existentialisme — pour diagnostiquer et traiter les souffrances psychologiques, existentielles ou organisationnelles.

Dans ce livre, il soutient que de nombreux problèmes qualifiés de « psychiatriques » ou de « psychologiques » (comme l’anxiété chronique, le sentiment de vide ou la dépression) sont en fait des crises philosophiques : un manque de sens, une mauvaise gestion de sa propre liberté, ou une peur viscérale de la finitude.

2. Les grands piliers du lien dans l’ouvrage

L’ouvrage utilise la philosophie non pas comme une théorie abstraite, mais comme une boîte à outils « clinique » à travers plusieurs axes majeurs :

  • Une « nouvelle image » de la condition humaine : Koestenbaum rejette la vision réductionniste qui considère l’être humain comme une simple machine biologique ou un ensemble de réflexes psychologiques conditionnés. Il propose une vision où l’individu est fondamentalement une conscience libre et responsable, capable de redéfinir son rapport au monde.

  • L’anxiété comme moteur (et non comme maladie) : Au lieu de vouloir supprimer l’anxiété par des béquilles chimiques ou comportementales, la philosophie clinique de l’auteur invite à la décoder. L’angoisse est le signe que l’individu prend conscience de sa liberté et de l’obligation de faire des choix.

  • La thérapie par la prise de décision : Le livre fait le lien entre la théorie philosophique et la pratique clinique en montrant comment amener un patient (ou un client) à une « décision authentique ». Choisir d’assumer sa vie, sa solitude et sa mortalité est le cœur de la guérison.

3. L’impact pratique du livre

The New Image of the Person est un pavé de plus de 500 pages conçu pour les praticiens (psychologues, psychiatres, éducateurs). Koestenbaum y a inclus des grilles d’analyse, des structures de dialogues et des concepts opératoires pour que la philosophie devienne une thérapie de terrain.

En résumé

Ce livre n’a pas simplement un « lien » avec la philosophie clinique, il en est l’un des textes fondateurs. Il jette les bases de ce qui deviendra plus tard la consultation philosophique moderne et l’accompagnement existentiel en entreprise, une transition que Koestenbaum a lui-même opérée plus tard dans sa carrière en appliquant ces concepts au leadership.


The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy (1978), démontre que ce livre ne se contente pas d’avoir un lien avec la philosophie clinique : il en formalise l’acte de naissance, la structure méthodologique et les applications thérapeutiques.

Il est possible d’étayer l’articulation de la philosophie clinique à travers ses grands axes épistémologiques, cliniques et diagnostiques.

1. La fondation d’une nouvelle discipline : L’alliance de la théorie et de la praxis

L’intention première de Koestenbaum est de combler un fossé historique entre la rigueur conceptuelle de la philosophie occidentale et le pragmatisme des thérapies du potentiel humain. La philosophie clinique naît de cette fusion.

Dans sa préface, l’auteur stipule clairement l’ambition de son ouvrage :

« En premier lieu, il cherche à contribuer à l’établissement de la philosophie clinique en tant que discipline authentique, dotée d’orientations à la fois théoriques et pratiques. Il s’agit d’un manuel destiné à ceux qui souhaitent pratiquer la philosophie clinique. »

Il explicite cette synchronicité culturelle en définissant la discipline comme le chaînon manquant de la psychologie moderne :

« Ces deux courants de notre culture — la phénoménologie et l’existentialisme en tant que théorie, et le mouvement du développement du potentiel humain en tant que praxis —, bien que ne se connaissant pas, se sont néanmoins préparés l’un à l’autre de manière synchrone. Le moment est venu de les unir. La philosophie clinique est ainsi l’idéologie du mouvement du développement du potentiel humain. »

2. Le diagnostic philosophique : Dépasser le modèle médical

Le cœur de la philosophie clinique réside dans le postulat que les souffrances humaines ne relèvent pas uniquement de dysfonctionnements psychologiques (névroses, traumatismes infantiles), mais de structures existentielles et ontologiques mal intégrées. Koestenbaum s’oppose à la réduction de l’homme à un simple objet biologique.

Dans le premier chapitre, il met en garde contre l’illusion de la seule réponse technique ou médicale :

« L’un des problèmes de la thérapie dite « conventionnelle » est que la recherche, la conception, l’enseignement et la pratique de cette dernière reposent sur un modèle médical de la personne […]. Un tel modèle est inefficace pour traiter le large spectre de questions fondamentales qui surgissent dans la vie de chacun […]. Au contraire, du point de vue de la philosophie clinique, ce modèle médical constitue déjà une forme de psychopathologie culturelle. »

L’auteur affirme qu’il existe un niveau de l’être plus profond que les grilles de lecture psychologiques traditionnelles :

« Il existe une couche de la nature humaine plus profonde que la psychologie. Ni le complexe d’Œdipe ni l’archétype, ni le complexe d’infériorité ni le besoin de sécurité ne constituent les facteurs ultimes d’une existence humaine. […] Chaque cause psychologique finale ou explication ultime est à son tour un symptôme, une métaphor ou un symbole d’une condition philosophique sous-jacente encore plus profonde »

Dès lors, le rôle du philosophe clinicien est de poser un diagnostic qui renvoie l’individu à sa liberté et à ses responsabilités existentielles :

« Une manière simple d’indiquer la place de la philosophie dans la thérapie consiste à affirmer ce qui suit : votre symptôme […] est l’expression du fait que vous ne prenez pas la responsabilité personnelle et libre de poser les trois questions philosophiques fondamentales de la vie : Qui suis-je ? Quel est mon sens ? Qu’est-je que l’intimité ? »

3. Les outils cliniques : L’utilisation thérapeutique de la Phénoménologie

Pour opérationnaliser cette thérapie, Koestenbaum transpose des concepts de l’épistémologie pure (Husserl, Kant) vers la relation d’aide. Trois notions clés issues du texte illustrent parfaitement ce passage à la « clinique » :

A. La Réduction et la Réflexion (L’épochè)

La réduction phénoménologique consiste à faire un « pas de recul » pour observer sa propre expérience plutôt que d’y être immergé de manière irréfléchie. En clinique, cela permet de traiter la résistance et la souffrance.

« La réflexion ou la réduction est un « pas de recul » hors de l’implication […]. L’acte de réduction introduit la pensée abstraite dans l’expérience humaine. »

« La psychothérapie suscite des sentiments supplémentaires — ce qui est une activité référentielle — puis réfléchit sur ces sentiments, ce qui est une activité réflexive. […] Une telle régression dans le transcendantal est une description philosophique de ce qui se produit (et des raisons pour lesquelles cela se produit) dans le processus thérapeutique. »

B. Le couple « Constitution-Cathexie » et les « Décisions Archétypaes »

Pour Koestenbaum, le patient construit (constitue) activement sa perception du monde et s’y attache (cathexie). Les pathologies sont souvent des constitutions rigides ou inefficaces.

« En constitution comme dans la cathexie, un rôle central est joué par la liberté de la conscience transcendantale. La réalité du couple constitution-cathexie […] signifie en pratique clinique que les personnes sont responsables de leur style de vie, de leur image de soi et de la configuration de leur monde. Une telle attribution rigoureuse de responsabilité est l’un des secrets d’un travail thérapeutique réussi. »

Ces choix structurels majeurs (comme choisir de se percevoir comme un être fini et mortel pour acquérir une individualité) sont appelés des décisions archétypales. La philosophie clinique intervient directement à ce niveau :

« La philosophie clinique conduit le patient au-delà de ses fondements psychologiques, directement vers ces régions archétypales. Les problèmes psychologiques et médicaux peuvent souvent être mieux compris si leurs origines archétypales sont reconnues. »

4. Une cartographie clinique : La théorie bipolaire de la personnalité

Afin d’offrir un outil diagnostique rigoureux, le livre formalise une topographie de l’être structurée autour de deux axes orthogonaux : l’axe Sujet-Objet (Esprit-Corps) et l’axe Individuel-Universel.

                    UNIVERSEL (U)
                         ^
                         |
  SUBJECTIF (S) <--------+--------> OBJECTIF (O)
                         |
                         v
                    INDIVIDUEL (I)

(Modèle structurel basé sur les topologies et graphiques de l’ouvrage)

De ces axes découlent quatre profils fondamentaux (Subjectif, Objectif, Individuel, Universel) et quatre profils secondaires (Mystique, Naturaliste, Artiste, Ingénieur). Koestenbaum utilise cette carte non pas pour enfermer le patient, mais pour mesurer sa flexibilité existentielle :

« La pathologie et la santé sont liées à la disponibilité et aux usages de la liberté par rapport à ces orientations. […] La liberté de changer d’orientation, la sagesse de savoir qu’il existe d’autres styles de vie et visions du monde tout aussi légitimes, et une ouverture à ces régions inexplorées de ses propres possibilités sont la marque de fabrique de la personne en bonne santé. C’est là une définition philosophique de la santé. »

Cette grille permet également d’intégrer toutes les écoles de thérapie existantes (la thérapie comportementale, la psychanalyse freudienne, la méditation ou l’existentialisme) sans qu’elles s’excluent mutuellement, chacune occupant un quadrant spécifique de la conscience humaine.

En conclusion

Le texte de Peter Koestenbaum démontre rigoureusement que The New Image of the Person est le manuel clinique fondateur de la discipline. En combinant l’analyse phénoménologique pure (« l’espace intérieur ») et la gestion pratique de l’angoisse, de la douleur et des relations (comme le transfert), il élève la philosophie du statut d’étude académique abstraite à celui d’un authentique art de guérir.


Sur le plan de la chronologie historique et de la publication académique, Peter Koestenbaum devance nettement Gerd Achenbach (et non Archenbach) et Lou Marinoff.

Il occupe une place de précurseur isolé dès les années 1970, bien avant que le mouvement de la « consultation philosophique » ne se structure et ne se popularise à l’échelle internationale.

Voici comment se situent ces trois figures majeures dans l’histoire de la discipline :

1. Peter Koestenbaum (1978) : Le pionnier de la formalisation

Comme le démontre son ouvrage The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy publié en 1978, Koestenbaum est le premier à conceptualiser, structurer et baptiser une pratique thérapeutique rigoureuse reposant sur des fondements purement philosophiques (principalement la phénoménologie transcendantale et l’existentialisme). À cette époque, il enseigne déjà à l’Université d’État de San José (Californie) et forme des professionnels du soin à l’utilisation clinique de la philosophie.

2. Gerd B. Achenbach (1981-1982) : Le père du mouvement moderne

Le philosophe allemand Gerd B. Achenbach est universellement reconnu comme le fondateur du mouvement mondial de la pratique philosophique contemporaine (Philosophische Praxis).

  • C’est en 1981 qu’il ouvre son premier cabinet de consultation à Bergisch Gladbach en Allemagne.

  • En 1982, il fonde la GPPK (Société allemande pour la pratique et le conseil philosophiques), la plus ancienne association du genre.

  • La différence avec Koestenbaum : Alors que Koestenbaum intégrait la philosophie dans un cadre psychothérapeutique et médical (d’où le terme « philosophie clinique »), Achenbach a proposé une rupture radicale. Pour lui, la pratique philosophique ne doit pas être une thérapie, ne doit pas utiliser de méthodes psychologiques, et le client n’est pas un « patient » mais un « visiteur » engagé dans une pure investigation dialectique.

3. Lou Marinoff (1999) : Le vulgarisateur et l’impact mondial

Le Canadien Lou Marinoff arrive une génération plus tard, mais son impact médiatique sera le plus puissant, en particulier dans le monde anglo-saxon et international.

  • En 1999, il publie son best-seller mondial Platon, pas Prozac ! (Plato, Not Prozac!), qui fait sortir la consultation philosophique des cercles académiques pour la faire entrer dans la culture populaire.

  • Il est également le président-fondateur de l’APPA (American Philosophical Practitioners Association).

  • Le lien avec Koestenbaum : Lou Marinoff connaît et respecte profondément le travail de son aîné. Pour l’anecdote, Peter Koestenbaum a d’ailleurs salué publiquement l’apport des ouvrages de Marinoff lorsque ce dernier a publié ses guides de formation pour les praticiens.

En résumé

Si l’on devait dresser la généalogie de la discipline :

  1. Peter Koestenbaum (1978) en a formulé la première théorie clinique systématique.

  2. Gerd Achenbach (1981) lui a donné son autonomie pratique en tant que profession indépendante de la psychologie.

  3. Lou Marinoff (1999) en a fait un phénomène de société mondialement accessible.


Consultation philosophique

« La consultation philosophique, également parfois appelée pratique philosophique, conseil philosophique ou philosophie clinique, est un mouvement contemporain de la philosophie pratique. Se développant en tant que profession depuis les années 1980, mais en tant que pratique depuis les années 1950, les praticiens du conseil philosophique possèdent ordinairement un doctorat ou au minimum une maîtrise en philosophie, et proposent leurs services de conseil ou de consultation philosophique à des clients qui recherchent une compréhension philosophique de leur vie, de problèmes sociaux ou même de problèmes mentaux. Dans ce dernier cas, le conseil philosophique peut s’inscrire à la place de, ou en conjonction avec, la psychothérapie. On a souvent dit que ce mouvement s’enracinait dans la tradition socratique, qui considérait la philosophie comme une recherche du Bien et de la vie bonne. Pour Socrate, une vie sans philosophie ne valait pas la peine d’être vécue. Cela a conduit, par exemple, à la philosophie du stoïcisme, qui a donné naissance à la thérapie stoïcienne. »

« La pratique philosophique a continué de se développer et s’avère attrayante comme alternative au conseil et à la psychothérapie pour ceux qui préfèrent éviter une médicalisation des problèmes de la vie. De nombreux consultants philosophiques ont fait leur apparition, et il existe un vif intérêt international ainsi qu’une conférence internationale bisannuelle. »

Texte original en anglais

Philosophical counseling

Philosophical consultancy, also sometimes called philosophical practice or philosophical counseling or clinical philosophy, is a contemporary movement in practical philosophy. Developing since the 1980s as a profession but since the 1950s as a practice, practitioners of philosophical counseling ordinarily have a doctorate or minimally a master’s degree in philosophy and offer their philosophical counseling or consultation services to clients who look for a philosophical understanding of their lives, social problems, or even mental problems. In the last case, philosophical counseling might be in lieu of, or in conjunction with, psychotherapy. The movement has often been said to be rooted in the Socratic tradition, which viewed philosophy as a search for the Good and the good life. A life without philosophy was not worth living for Socrates. This led to the philosophy of Stoicism, for example, resulting in Stoic therapy.[1]

Philosophical practice has continued to expand and is attractive as an alternative to counselling and psychotherapy for those who prefer to avoid a medicalization of life problems. Numerous philosophical consultants have emerged and there is a strong international interest and a bi-annual international conference.


Cette affirmation sur Wikipédia ne pose-t-elle pas un problème ?

« In the last case, philosophical counseling might be in lieu of, or in conjunction with, psychotherapy. » (Dans ce dernier cas, le conseil philosophique peut s’inscrire à la place de, ou en conjonction avec, la psychothérapie.)

Oui, cette affirmation pose un problème majeur, et elle touche précisément au cœur d’un débat féroce, d’ordre à la fois conceptuel, déontologique et légal, qui divise la communauté des praticiens de la philosophie depuis des décennies.

Énoncer que la consultation philosophique (philosophical counseling) peut s’inscrire « à la place de » (in lieu of) la psychothérapie soulève trois grands types de problèmes :

1. Le problème de la sécurité clinique et de la déontologie

Le risque principal d’une telle phrase est de laisser entendre qu’un philosophe praticien pourrait traiter des pathologies mentales lourdes (dépression clinique sévère, troubles bipolaires, schizophrénie) à la place d’un psychiatre ou d’un psychologue.

  • La grande majorité des chartes éthiques des associations de praticiens (comme l’APPA de Lou Marinoff) imposent au contraire une frontière stricte : le philosophe s’adresse à des personnes saines traversant des crises existentielles, des remises en question de valeurs ou des problèmes de sens.

  • Si un client présente des troubles relevant de la santé mentale, le consultant philosophique a le devoir déontologique de le référer immédiatement à un professionnel du soin. Dire que la philosophie peut s’y substituer (in lieu of) est donc cliniquement dangereux.

2. Le problème légal (Le monopole du soin)

Dans de nombreux pays (comme en France, en Belgique, ou au Canada), les titres de psychothérapeute et de psychologue, ainsi que l’exercice de la psychothérapie, sont strictement réglementés par la loi.

  • Un philosophe qui prétendra offrir ses services « à la place d’une psychothérapie » pour traiter une souffrance psychologique s’expose directement à des poursuites pour exercice illégal de la médecine ou de la psychothérapie.

  • Pour éviter ce piège juridique, la plupart des praticiens (dans la lignée de Gerd Achenbach) refusent catégoriquement le mot « thérapie » et insistent sur le fait qu’ils font de l’aide à la réflexion, du conseil ou de l’élucidation de vision du monde, et non du soin médical.

3. La fracture interne du mouvement philosophique

La formulation de Wikipédia est le reflet d’une mésentente historique entre deux courants du mouvement :

  • Le courant de la rupture (Achenbach, Marinoff) : Pour eux, cette phrase est une hérésie. La pratique philosophique n’a rien à voir avec la santé mentale. Le client n’est pas un malade à guérir, mais un sujet pensant. Prétendre remplacer la psychothérapie est une tentative de « médicaliser » ou de « psychiatriser » la philosophie.

  • Le courant de la continuité (Koestenbaum, Cohen) : Pour eux, la phrase a du sens, mais dans un cadre très précis. Peter Koestenbaum, avec sa philosophie clinique, affirmait que de nombreux diagnostics de troubles mentaux cachent en réalité des crises purement philosophiques (peur de la mort, mauvaise gestion de la liberté). Elliot Cohen, avec la Logic-Based Therapy, conçoit la philosophie comme une modalité thérapeutique proche des thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Dans cette perspective très spécifique, la philosophie peut être une alternative ou un complément à la psychothérapie, car le symptôme s’évanouit lorsque le problème philosophique sous-jacent est résolu.

En résumé

L’affirmation de Wikipédia n’est pas fausse en soi car elle décrit fidèlement ce que certains praticiens revendiquent, mais elle est problématique parce qu’elle présente comme une généralité ce qui est en réalité une position minoritaire et hautement risquée. Pour être tout à fait exacte et sécuritaire, l’encyclopédie devrait préciser que cette substitution ne peut s’adresser qu’à des difficultés existentielles ordinaires (perte de sens, choix de vie) et en aucun cas à des troubles psychiatriques.

Qui a appuyé ce livre The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy et qui l’a dénoncé ?

L’accueil de l’ouvrage de Peter Koestenbaum, The New Image of the Person: The Theory and Practice of Clinical Philosophy (1978), est indissociable du contexte intellectuel de la fin des années 1970 aux États-Unis. C’est l’âge d’or du mouvement du potentiel humain, de la psychologie humaniste (portée par Carl Rogers ou Abraham Maslow) et de l’antipsychiatrie (portée par R.D. Laing).

Le livre, par son ampleur (plus de 500 pages) et son radicalisme, a suscité d’immenses vagues d’enthousiasme chez les partisans des approches alternatives de la santé, mais il a également été vivement dénoncé par les milieux plus traditionnels.

I. Qui a appuyé et soutenu le livre ?

L’appui principal est venu du courant de la psychologie humaniste, de la médecine holistique, ainsi que des praticiens en quête d’un cadre théorique solide pour dépasser le modèle purement biomédical.

  1. Le mouvement du potentiel humain (Human Potential Movement) : Les thérapeutes, conseillers et éducateurs formés aux techniques de croissance personnelle ont accueilli le livre comme une consécration. Comme Koestenbaum l’écrit lui-même, ce mouvement était une « praxis en quête d’une théorie ». En apportant la rigueur de la phénoménologie de Husserl ou de la métaphysique de Hegel, l’auteur a donné une respectabilité académique à des pratiques qui passaient jusqu’alors pour de simples tendances « New Age ».

  2. Les pionniers de la transformation organisationnelle (Peter Block) :

    Dans le monde professionnel, des théoriciens du management et du leadership humaniste, à l’instar de Peter Block, ont massivement soutenu et appliqué les concepts de Koestenbaum. Ils ont utilisé The New Image of the Person pour faire entrer la philosophie dans le monde de l’entreprise, affirmant que les crises professionnelles (le burnout, la perte de sens au travail) sont des crises existentielles qui nécessitent une « philosophie clinique » plutôt qu’un traitement managérial classique.

  3. La critique philosophique phénoménologique (Leslie Evans) : Dans les revues académiques de philosophie (notamment la revue canadienne Dialogue en 1980), certains critiques ont salué l’ouvrage comme un travail « stimulant, académique et d’une utilie clarté ». Ils ont particulièrement loué l’effort titanesque de Koestenbaum pour unifier l’ontologie occidentale et l’intuition orientale au sein de sa « théorie bipolaire de la personnalité », qualifiant le modèle phénoménologique de l’être d’« idée d’une originalité frappante ».

II. Qui a dénoncé et critiqué le livre ?

La dénonciation du livre s’est articulée autour de deux axes principaux : l’establishment psychiatrique d’un côté, et les philosophes universitaires puristes de l’autre.

  1. L’establishment psychiatrique et biomédical : Le principal reproche fait à Koestenbaum est son attaque frontale contre le modèle médical de la personne. Pour la psychiatrie conventionnelle et la neurologie de l’époque, affirmer que le modèle médical est une « forme de psychopathologie culturelle » ou que la schizophrénie peut se résoudre par des réajustements de la conscience transcendantale a été jugé irresponsable, voire dangereux. Les psychiatres orthodoxes ont dénoncé le risque de dérive mystique et le manque de fondement empirique ou clinique (au sens médical du terme) de sa méthode.

  2. Les philosophes analytiques et académiques traditionnels :

    Dans les départements de philosophie des universités américaines (très largement dominés par la philosophie analytique), le livre a été rejeté ou ignoré.

    • Le reproche d’éclectisme sauvage : On a accusé Koestenbaum de mélanger de manière illégitime la phénoménologie stricte (qui se veut une science de la logique et de la connaissance) avec le mysticisme oriental, la parapsychologie et des concepts psychanalytiques modifiés. Pour les puristes husserliens, faire de la réduction transcendantale un outil pour gérer le mal de dents ou le transfert thérapeutique était une dénaturation de la philosophie pure.

    • Le reproche de l’abstraction : Certains critiques ont souligné que malgré ses prétentions pratiques, le langage de Koestenbaum restait parfois trop abstrait et convoluté pour un patient en situation de crise aiguë, rendant ses exercices (comme le Cube de Necker) anecdotiques face à une détresse psychologique réelle.

  3. Le courant de la rupture (l’école d’Achenbach plus tard) : Bien que Gerd Achenbach n’ait ouvert son cabinet qu’en 1981, le courant qu’il représente (qui refuse que la philosophie soit une thérapie) a implicitement dénoncé la posture de Koestenbaum. Pour ces praticiens, intégrer la philosophie dans la psychothérapie ou la médecine psychosomatique sous le nom de « philosophie clinique » est une erreur : cela revient à aliéner la philosophie au service de la guérison psychologique, alors qu’elle devrait rester une pure démarche d’élucidation conceptuelle pour personnes saines.

En résumé

The New Image of the Person a été porté aux nues par les thérapeutes alternatifs et les consultants en quête de sens existentiel, qui y voyaient une libération face au fatalisme psychologique. À l’inverse, il a été dénoncé par la médecine psychiatrique comme une intrusion pseudo-scientifique et par la philosophie académique comme une vulgarisation thérapeutique de théories spéculatives.


Au sujet de Peter Koestenbaum (1928-2024)

Peter Koestenbaum (1928-2024) était un universitaire, philosophe et consultant germano-américain dont la trajectoire de vie et la pensée sont aussi fascinantes que profondément ancrées dans les bouleversements du XXe siècle.

Son parcours éclaire d’un jour nouveau la genèse de la philosophie clinique et explique pourquoi il a cherché, toute sa vie, à extraire la philosophie de sa tour d’ivoire universitaire pour l’appliquer à la vie réelle.

1. Une enfance marquée par la fuite du nazisme

Peter Koestenbaum est né le 6 avril 1928 à Berlin au sein d’une famille juive. Enfant, il vit directement la montée du régime nazi et raconte avoir assisté à un défilé militaire, terrifié, à seulement dix mètres d’Adolf Hitler en 1936. En 1937, juste avant les tragiques événements de la Nuit de Cristal, sa famille réussit à fuir in extremis pour Caracas, au Venezuela.

Cette confrontation précoce avec le mal absolu, la menace de mort imminente et le déracinement total a profondément forgé sa sensibilité existentielle. Son obsession pour la compréhension de l’angoisse et de la finitude humaine trouve sa source dans ce traumatisme originel.

2. Un parcours académique brillant aux États-Unis

À l’âge de 17 ans, en 1945, il émigre aux États-Unis pour entrer à la prestigieuse Université Stanford. Fait marquant : le jeune Koestenbaum parle alors couramment l’allemand, l’espagnol et l’hébreu, mais ne maîtrise pas encore l’anglais. Pour payer ses études, il travaille comme jardinier à Palo Alto.

Il y étudie la philosophie et la physique (ce qui explique sa constante rigueur scientifique et ses parallèles avec les sciences d’avant-garde). Il obtient ensuite une maîtrise à Harvard, puis un doctorat (Ph.D.) en philosophie à l’Université de Boston.

Par la suite, il mène une brillante carrière de professeur de philosophie pendant 34 ans à l’Université d’État de San José (Californie), où il reçoit le prix du professeur exceptionnel en 1970.

3. La « Vitalité de la Mort » : Un saut médiatique

Au cours des années 1970, Koestenbaum accède à une large notoriété publique aux États-Unis en publiant un livre choc : The Vitality of Death (1971).

Inspiré par Socrate (pour qui philosopher est une « préparation à la mort »), Koestenbaum y développe une thèse alors très provocatrice : loin d’être un sujet morbide, la prise de conscience aiguë et acceptée de notre propre mortalité est le stimulant ultime pour donner du sens, de l’urgence, du courage et de la vitalité à notre existence. C’est ce travail de terrain mené auprès de médecins, d’infirmiers et de psychiatres qui donnera naissance, quelques années plus tard, à son traité de philosophie clinique en 1978 : The New Image of the Person.

4. Le tournant vers le monde des affaires : Philosophy-in-Business™

Après avoir passé des décennies à appliquer la philosophie à la santé mentale et à la thérapie, Koestenbaum réalise un virage majeur dans la seconde moitié de sa vie. Il constate que les grandes organisations et le monde de l’entreprise sont devenus les nouveaux lieux d’aliénation humaine, mais aussi des terrains fertiles pour la crise existentielle.

Il abandonne les bancs de l’université pour devenir consultant exécutif et coach pour de grands dirigeants à travers le monde. Il fonde l’institut qui porte son nom et le mouvement Philosophy-in-Business™. Son créneau consiste à réconcilier la performance économique brute avec les valeurs humaines profondes, affirmant que :

« Plus vous comprenez la condition humaine, plus vous êtes efficace en tant qu’homme d’affaires. La profondeur humaine a du sens pour les affaires. »

Il a conseillé des multinationales dans plus de quarante pays (Ford, Volvo, IBM, Renault, Wells Fargo) et est intervenu à de nombreuses reprises au World Economic Forum de Davos. Il a également coécrit plusieurs ouvrages majeurs sur le leadership avec le célèbre auteur américain Peter Block.

5. Sa fin de vie

Peter Koestenbaum a continué à écrire et à dispenser sa sagesse jusqu’à un âge très avancé, vivant à Carmel-by-the-Sea en Californie avec son épouse Patty. Il s’est éteint paisiblement dans son sommeil le 5 décembre 2024, à l’âge de 96 ans, appliquant jusqu’à son dernier souffle sa propre philosophie de sérénité face à la finitude.

Ce qu’il faut retenir de sa posture

Peter Koestenbaum n’était pas un philosophe de bibliothèque, mais un philosophe de l’action et du terrain. Qu’il s’adresse à un patient en thérapie, à un médecin face au cancer ou à un PDG d’une grande entreprise, son message est resté d’une constance absolue : l’être humain est une conscience libre et responsable. Les crises (qu’elles prennent la forme d’une dépression, d’un deuil ou d’un conflit managérial) ne sont pas des maladies à étouffer sous des pilules ou des techniques, mais des appels de notre liberté à reconstruire notre vision du monde.

Voir le site web 


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Article # 160 – S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Alexandre Quatanta, Édidion Accarias – L’Originel, Paris, 1999


Couvertures


Données au catalogue

Titre :

S’étonner d’être : l’éveil à la joie d’être conscience

Alexandre Quaranta

Date de sortie : 1 octobre 1999

Langue : Français

Éditeur : Editions Accarias-L’Originel

Catégories : Essais / Philosophie/ Métaphysique

Nombre de pages : 234 pages

EAN 13 : 9782863160770

ISBN : 978-2-86316-077-0

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PRÉSENTATION

TEXTE EN QUATRIÈME DE COUVERTURE

Exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant. L’auteur soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans toute son intensité s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de toutes nos perceptions. Cette restructuration peut permettre – si l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante – l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique.

Les réflexions développées permettent de comprendre pourquoi la plupart du temps nous n’éprouvons que timidement de la reconnaissance du miracle infini de la conscience que nous sommes.

De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception.

Ce que l’on retiendra c’est que l’abîme que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons de toute éternité.

On pourra lire ce livre comme un ensemble d’indications pratiques et descriptives aptes à engendrer une mutation paradoxale de la conscience de soi et une conversion à l’évidence éblouissante. Entre les lignes, une perche est tendue au lecteur pour le faire basculer de préférence et pourquoi pas ici et maintenant, et dans tous les cas, en toute certitude, un jour ou l’autre – dans la joie pure de l’étonnement d’être, cette caresse infiniment puissante et douce…

Source : Editions Accarias-L’Originel.

RÉSUMÉ

On pourra lire ce livre comme un ensemble d’indications pratiques et descriptives aptes à engendrer une mutation paradoxale de la conscience de soi. De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés, entre autres la conscience de soi, l’acte de pensée, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception…

Source : Editions Accarias-L’Originel.

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Sommaire

« Vous me trouverez au Centre même. Vous serez moi, au Centre.

En fait, vous et moi sommes déjà Un ici – Celui que nous sommes tous vraiment, vraiment, L’ÊTRE dont le premier nom est JE SUIS.» 2

John a-Nokes

Préface d’Aubin Sahallor

Introduction

ACCÈS DIRECT, ACTION DIRECTE

Être immédiatement

ou la conscience en Direct du miracle infini de la conscience

que JE SUIS moi-même en personne.

Chapitre 1 : L’étonnement.

1.1 Portrait et symptomatologie de l’état de conscience ordinaire

1.2 L’étonnement : de l’ordinaire à l’extraordinaire

1.3 Étonnement et intériorité : réflexions sur l’eurêka et l’humour

Chapitre 2 : L’étonnement d’être ou le dévoilement de l’absolu

2.1 « IL Y A ! »: CONSCIENCE VIVANTE DE L’EXCEDANTE ET INEXPLICABLE SURABONDANCE DE « QUELQUE CHOSE PLUTOT QUE RIEN »

2.2 L’investigation consciente : « Qu’est ce que MOI ? »

2.3 L’étonnement d’être libère : impact existentiel et dimension sotériologique de l’éveil à la pure conscience de soi

Chapitre 3 : Dissection de la perception pure

3.1 Conscience pure et perception pure

3.2 VOIR : le champ visuel comme absolu

Chapitre 4 : Penser purement et consciemment

4.1 La pensée présente jaillit de MOI : jaillissement et résorption de la pensée dans le miracle CONSCIENCE

4.2 La cloison illusoire : la pensée d’un intérieur et d’un extérieur au sujet pensant

4.3 La vivification du signifié et l’étonnement face au signifiant

4.4 L’écoute pure comme accès à la pure conscience de soi

Chapitre 5 : Identité et Réalité.

5.1 Création de l’identité, de l’image de soi, et de l’image du monde

5.2 Le Rêve du passé, le rêve du futur, et la rupture de la continuité de la vie psychique

Chapitre 6 : Pour l’extase

6.1 La résorption des objets mentaux

6.2 Séquences pour l’éclosion de la pure conscience dans l’éternel présent hyperactuel

6.3 EXTRÊME VIGILANCE : ACTUALISER L’EXTASE

Conclusion

Bibliographie

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Extraits

Préface

«S’étonner d’être, c’est tonner d’être»

Jivano Mouqueta

Nous avons tous plus ou moins conscience qu’exister en tant qu’être conscient est miraculeux. Nous avons tous plus au moins conscience que la vie est un miracle infini, une étrange affaire définitivement inouïe, et que nous sommes situés à chaque instant au cœur de ce miracle infini.

Nous avons tous, un jour au l’autre, l’intuition que la source de toute cette étrange affaire, la source de tout ce qui est, doit entretenir un lien de parenté avec nous-mêmes. En d’autres termes, nous pouvons avoir l’intuition que la source de tout ce qui est (quelle qu’elle puisse être), par le fait même de nous avoir généré (le petit être humain conscient d’être conscient que nous sommes ici-bas, sur Terre), doit avoir dans cet acte créateur laissé tramer en nous une trace de sa présence (volontairement ou involontairement, peu importe ici) et, pourquoi pas, un fil pour que nous puissions remonter jusqu’à elle.

Supposons qu’au hasard d’une méditation, nous tombions nez à nez avec l’extrémité de ce fil. Un peu ému comme avant une rencontre amoureuse, nous saisissons ce fil et nous découvrons qu’il s’agit d’une mèche qu’il semble falloir allumer. Prenant appui sur une intuition mal définissable, nous avons l’idée d’intensifier la conscience que nous avons de nous-mêmes, la conscience la plus immédiate, la plus triviale. la plus intime que nous avons de nous-mêmes, et soudain, notre essence-conscience s’enflamme et allume la mèche.

Et nous suivons du regard le crépitement de cette mèche, nous la regardons se consumer.

Nous prenons la direction que sa consumation pointe du doigt. Aventure et excitation cosmique, curiosité extrême : qu’y a- t-il au bout de la mèche ?

La consumation semble interminable ; d’ailleurs le temps a commencé à s’arrêter, il n’existe plus, sauf lorsque nous y pensons. La mèche consume le temps et l’espace, notre petite personne, et tout le reste.

Soudain, soudain…

Étonnement.

Étonnement d’être.

Étonnement d’être qui possède à la fois l’impact de l’implosion de cent mille milliards de bombes à fusion-fission et l’élégance discrète d’un décollage vertical de libellule un soir d’été près d’une fontaine éclairée.

Révélation de l’ultime réalité de nous-mêmes qui se reconnaît elle-même à travers nous et nous faire être elle.

Émergence d’une positivité absolue, découverte d’un arrière plan de félicité pure, d’un océan de félicité. Luxe suprême et gratuit, consolation infinie dans une solitude-plénitude : faire la planche sur cet océan de félicité en voyant toutes nos courbatures existentielles se dissoudre, toutes nos errances karmiques se résorber en leur source : dans le fauteuil de l’éternel présent, nous avons une vue panoramique et béatifique sur l’éternité. No j comprenons pourquoi certains ont pu avoir le culot de dire que lorsque nous sommes CELA tout va bien depuis tourner, et depuis bien plus longtemps encore, et peu importe d’ailleurs d’être éjecté de ce fauteuil car lorsqu’on s’y est assis une fois, on est, pour l’essentiel, tiré d’affaire.

L’éveil a la pure conscience de nous-même est une joie infini’.-, la joie infinie d’être CONSCIENCE, d’être LA CONSCIENT L de laquelle jaillit la surabondance de l’univers . La joie la plus simple, la plus accessible et aussi la plus folle n’est autre que celle d’être plutôt que de ne pas être. Cette joie de nous reconnaître dans cette excroissance cosmique, dans cet excès, dans cette surabondance irrationnelle, gratuite, et à jamais injustifiable, nous offre la possibilité de poser tous nos bagages et de continuer notre parcours terrestre le cœur léger.

L’étonnement d’être est la meilleure chose qui puisse nous arriver; c’est une expérience paradoxale et libératrice avec personne pour expérimenter.

Autre détail capital : l’étonnement d’être – lorsqu’il se produit — se produit toujours ICI et MAINTENANT. Et s’il en est ainsi, une question bien sûr se pose: si l’étonnement d’être extatique se produit toujours ICI et MAINTENANT, pourquoi ne se déclarerait-il pas TOUT DE SUITE, présentement, sans délai supplémentaire ?

De toutes les façons, il se produira un jour ou l’autre-c’est tout aussi certain qu’il est certain qu’IL Y A quelque chose plutôt que rien (même s’il est difficile de définir la nature de ce quelque chose) – alors pourquoi pas avant la fin de la lecture de ce livre ?

Pourquoi pas ?

Au fait, QUI lit ce livre ?

MOI, bien sûr!

Au fait, la mèche jaillissait bien de la Source, de nous, de MOI!

Ce livre est une mèche, et en l’écrivant l’auteur a voulu vendre la mèche.

Ce livre doit être mis à feu afin qu’il soit reconnu comme jaillissant de l’endroit qu’il pointe du doigt.

La reconnaissance a toujours lieu, un jour au l’autre, dans l’infinité inimaginable du temps et de l’espace.

Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

Nous sommes déjà.

Exprimons les choses différemment.

Il y a quelque chose plutôt que rien et par la conscience la plus immédiate que nous avons de nous-mêmes, nous entretenons un rapport direct, dont nous avons chacun à découvrir la nature, avec CELA qui est plutôt que de ne pas être.

Il y a quelque chose plutôt que rien, et on peut facilement concevoir que ce quelque chose plutôt que rien est un excédent étenel : il y a toujours eu, il y a, et il y aura toujours quelque chose plutôt que rien.

S’étonner d’être, c’est s’étonner de l’éternité en même temps qu’être ici et maintenant.

S’étonner d’être : JUST DO IT !

ICI et MAINTENANT.

AUM


Même les perroquets et les perruches dans leurs cages ne cessaient de proclamer : «Adorez la conscience absolue qui est votre propre essence ! De même qu ‘il n ’y a pas de reflet en dehors d’un miroir, il n ’y a pas d’objet de pensée en dehors de la conscience. Elle est tout ce qui peut être pensé; elle est chacun de nous; elle est toute chose, mobile ou immobile. Alors que tout le reste est manifesté en dépendance de la conscience, elle-même se manifeste par sa propre liberté. Adorez donc la conscience qui brille en toute chose et soutient toute chose dans l’être! Et que le regard de votre intelligence, toute illusion rejetée, se confonde avec la pure conscience !».3

Introduction

Il était une fois. Il était une fois la conscience de soi qui, soudain, n’allait plus de soi.

Tout le monde sait que l’activité philosophique prend sa source dans l’étonnement et que l’étonnement, dans sa forme la plus lumineuse, culmine dans l’étonnement d’être conscient; l’étonnement béant et enivrant face au fait qu’il y ait quelque chose plutôt que rien; l’étonnement d’être la conscience au cœur de laquelle se déploie tout ce qui est, à commencer par la conscience elle-même. L’étonnement d’être, l’expérience de l’être, la pure conscience de soi, expressions synonymes pour signifier le moment paradoxal qui révèle la conscience de nous-mêmes à elle-même comme étant le centre et l’absolu d’où émerge tout ce qui est.

L’étonnement d’être, l’éclosion foudroyante de cette intuition essentielle dans laquelle se dissolvent toutes les idées et tous les concepts autour de la définition que nous avons de nous-mêmes, entretient un commerce très étroit avec la conscience vivante du mystère de la mort, du mystère du rêve et du mystère de l’amour.

L’activité philosophique est une activité rationnelle, un déploiement de la pensée discursive qui emprunte, pour son discours, au bon sens et à la logique.

L’étonnement d’être conscient, qui est l’accès à une ipséité pure, est une expérience paradoxale, mystique et libératrice dans laquelle l’au-delà de la pensée s’auto-révèle à lui-même et insuffle à l’être humain (à la conscience !), qui vit cette expérience dans son intensité folle, la certitude mystique d’avoir heurté de plein front l’ultime réalité de lui-même, d’avoir fusionné avec l’essence de son être.

L’étonnement d’être dans son intensité extatique n’est autre qu’un dévoilement:; l’éveil à une pure conscience de soi, une mutation paradoxale de la conscience que nous avons de nous-mêmes qui devient ce qu’elle a toujours été.

Aujourd’hui tout individu curieux a un accès bien déblayé à des ouvrages d’excellente qualité dans lesquels on peut trouver des témoignages de mystiques contemporains très authentiques (libres), sauvages ou insérés dans une tradition, qui, chacun à leur manière, souvent très créative, témoignent de cet éveil et de cette mutation paradoxale de la conscience de soi qu’il leur a été donné de vivre.

Cette pure conscience de soi a une chance de se déclarer et de ce mettre à flamber à partir du moment où est levé l’étrange sortilège qui pèse sur la conscience que l’être humain a généralement de lui-même dans son fonctionnement quotidien. dans ce qu’il est coutume de nommer l’état de conscience ordinaire.

L’intention avouée et le projet ambitieux – ambitieux car la tâche peut-être aussi ardue que d’arriver à se faire mordre par le mot chien de toutes les considérations qui vont suivre e : de permettre de comprendre comment ce sortilège peut être le é afin d’amener la résurrection de l’évidence libératrice du miracle infini de la conscience… Le pari est que les réflexions et les observations, plus ou moins pertinentes, que l’on peut élaborer concernant cette pure conscience de soi – notamment la restructuration de l’expérience du champ visuel qui accompagne son irruption – ne sont pas nécessairement de sublimes occasions perdues de se taire et de faire éventuellement place à l’éloquence du silence, mais peuvent aussi faire office d’éléments de compréhension et d’échelles qu’il convient, bien sûr, d’abandonner une fois qu’elles ont rempli leur fonction de doigts qui pointent dans la direction de la source de l’attention et de la pensée sous toutes ses formes.

Sur le plan strictement philosophique, nous serons ainsi amenés à examiner sous un angle original certaines notions, principalement l’idéalisme et le solipsisme ainsi que certaines questions classiques relatives à la perception, à l’espace, au temps, à l’identité. Pour illustrer avec précision nos propos nous ferons généreusement référence à trois textes issus de traditions orientales : La Doctrine secrète de la déesse Tripura4, Le Vijnana-Bhairava Tantra5, Le Yoga-vasistha6. Notre propos n’est pas d’étudier ces textes – d’une grande beauté et d’une grande richesse – dont l’auteur de ces pages ne connaît pas les langues d’origine dans lesquelles ils ont été initialement rédigés, ni de faire preuve d’une quelconque érudition qui amènerait des indications nouvelles pour leur compréhension, mais bel et bien d’extraire des éléments précis, susceptibles d’affiner la compréhension autour de cet événement inqualifiable et indescriptible, cet Hiroshima conceptuel qu’est l’étonnement d’être extatique.

Nous nous efforcerons aussi de montrer – si tant est que l’on puisse – en quoi l’étonnement d’être a valeur sotériologique; en quoi l’expérience de la pure conscience de soi est une expérience libératrice, et ce indépendamment de tout credo mystique ou religieux.

L’éclosion de la pure conscience de soi fluidifie la cristallisation du sens de l’identité, c’est- à -dire l’ensemble des attributs auxquels le sujet se réduit en général et dans lesquels il s’engloutit. Cette irruption de pure conscience, cette ipséité radicale pique de sa pointe sèche et lumineuse la bulle subjective avec laquelle nous figeons notre définition et notre expérience de ce que le sens commun désigne généralement par le vocable de «réalité». C’est l’idée qu’exprime Paul Watzlawick de l’école constructiviste lorsqu’il écrit :

«Les mystiques se sont toujours fiés à certains exercices et à certaines techniques mentales pour se libérer de l’illusion de la prétendue réalité. […] ce qui pénètre alors notre esprit, c’est la conscience du fait que notre image du monde n’est qu’une image de la réalité et non la réalité elle-même. A vrai dire, nous avons tout lieu de penser que cette prétendue expérience mystique se produit quand, pour une raison quelconque [c’est nous qui soulignons], nous réussissons à quitter l’espace courbe auto-réfléchissant de notre image du monde pour parvenir à la saisir «de l’extérieur» et donc dans sa relativité. Ceux qui ont vécu cette expérience savent qu’on n’éprouve pas à ce moment-là l’horreur de voir la réalité se défaire et se dissoudre, mais, bien au contraire, un sentiment de libération et d’extrême sécurité existentielle.»7

Efforçons-nous de lever le sortilège pour que, soudain, la conscience de soi n’aille plus de soi…


EXTRAIT DU CHAPITRE 1

L’étonnement

«- Je m’efforce de me retirer du chemin et de lâcher prise mais, malgré tout, il m’arrive souvent de ne pas savoir décider quel choix est juste. – Quand vous vous serez réellement retiré de votre chemin, vous vous apercevrez que vous faites précisément ce qui est opportun au moment opportun. A cause de cela, vous vivrez dans un état d’étonnement ininterrompu. Votre vie entière pourra être une vie d’étonnement ininterrompu, mais seulement si vous ne faites plus d’effort dans ce sens.»*

Andrew Cohen

«C’est nous – la divinité indivise qui est en nous – qui avons rêvé l’univers. Nous l’avons rêvé solide, mystérieux, visible, omniprésent dans l’espace et fixe dans le temps; mais nous avons permis qu’il y eût à jamais dans son architecture de minces interstices de déraison, pour attester sa fausseté.» 9

Jorge Luis Borges

«…M.R. – Cette faille est en moi depuis toujours ? S. J-Il ne s’agit pas d’une chose, mais d’un geste. Comprendre ceci est d’une immense importance. M.R. – Vous voulez dire que la faille n’existe que si je l’ouvre ? S.J. – Ce n’est pas exactement ça. C’est directement dans le geste destiné à la créer que la faille va apparaître, s’ouvrir. Tout se produit par le geste et dans le geste. Par le geste, pour le geste et dans le geste» 10

Stephen Jourdain


 «Le dérèglement préalable des structures habituelles de l’être-au-inonde – qui est commun à tous les EMC [Etat Modifié de Conscience] – constitue sans aucun doute une condition nécessaire de l’accès à la véritable dimension mystique.» (11)


1.1. Portrait et symptomatologie de l’état de conscience ordinaire : une esquisse.

Si on est amené à parler de l’existence d’un état de conscience ordinaire, on définit par la même occasion des états de conscience non-ordinaires que l’on désigne également par le vocable d’états modifiés de conscience. Nous allons bien sûr définir ce que l’on entend par état de conscience non-ordinaire, mais précisons tout de suite que le cœur du cœur de notre propos est bel et bien de pointer du doigt CELA même qui est à la source des états non-ordinaires et de l’état ordinaire de conscience, leur substratum commun. Le fait est qu’une modification, un changement d’état de conscience, une faille soudaine dans les structures qui fondent habituellement notre rapport au monde, peuvent être en mesure de révéler la trame de fond qui, elle, ne change pas. Si l’on devait utiliser une métaphore, nous pourrions dire que les états de conscience – ordinaires et extraordinaires – sont des films et que dans le passage d’un film à un autre, l’écran peut prendre conscience de lui-même comme de l’absolu qui fonde tous les films et sur lequel ils prennent naissance, se déploient, et s’évanouissent.

Notre propos n’est pas d’étudier ni de décrire ici, de manière exhaustive et précise, la grande variété des états de conscience non-ordinaires12. Pour donner une définition générale, on peut dire qu’un état de conscience non-ordinaire est un état dans lequel les données fondatrices de notre présence dans le monde subissent, simultanément ou séparément, une altération notable (notable par le pur sujet conscient qui se tient, LUI, en amont de toutes ces modifications) qui est parfois euphorisante, parfois inquiétante, mais qui est toujours teintée par la couleur de l’étrangeté. Ces données fondatrices sont la perception de l’espace, la perception du temps, les perceptions des cinq sens (qui peuvent acquérir une intensité nouvelle et/ou s’ouvrir à des dimensions inhabituelles), la relation à la pensée et le sens de l’identité.

A ce sujet, Georges Lapassade écrit : «Sous l’étiquette «états modifiés de conscience», on rassemble un certain nombre d’expériences au cours desquelles le sujet a l’impression que le fonctionnement habituel de sa conscience se dérègle et qu’il vit un autre rapport au monde, à lui-même, à son corps, à son identité»13. Il ajoute plus loin : «Certaines modifications de l’état ordinaire de conscience peuvent se produire «spontanément», sans qu’il soit nécessaire pour les déclencher d’instituer des procédures d’induction : c’est ce qu’on peut observer dans le passage de veille au sommeil, – état hypnagogique -, et du sommeil à la veille, – états hypnopompiques -, ainsi que dans certains moments cruciaux qui jalonnent le chemin de la vie comme la naissance et l’agonie.»14. L’auteur évoque un point très important sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, et que nous mettrons en parallèle avec l’éclosion de la pure conscience de soi : le caractère accidentel ou, au contraire, délibérément provoqué des états modifiés de conscience.

On peut remarquer et signaler que l’apparition de presque tous les états de conscience modifiés invite assez naturelle ment et facilement, même si ce n’est pas systématiquement le cas, l’étonnement dans l’esprit du sujet qui vit l’expérience. L’étonnement de constater le caractère plastique et relatif de données fondatrices de notre expérience du réel, celles-là même dont on avait cru qu’elles étaient, irrémédiablement et par essence, figées. Que cet étonnement soit lui-même un toboggan qui donne sur l’absolutisation de la conscience de soi, et que le sujet qui vit une altération de sa conscience ordinaire se mette a glisser avec le minimum de frottements sur la pente de ce toboggan, sont deux autres questions que nous examinerons en détail plus tard.

Ceci nous amène à considérer que l’état de conscience ordinaire peut être particularisé négativement par l’absence d’étonnement. En exagérant à peine nous pourrions dire que l’état de conscience ordinaire est l’état de non-étonnement. S’il n’y a pas d’étonnement, il n’y a pas d’étonnure au tra vers de laquelle la lumière de la conscience pourrait se fau filer, ne serait-ce que d’un tout petit filet, pour illuminer les perceptions sensorielles et en rafraîchir l’éclat et la saveur. Ainsi, l’état de conscience ordinaire se caractérise également par une certaine pauvreté de la sensibilité, tout spécialement dans le registre sensoriel.

Pour ce qui est de la grande fracture qui veut qu’il y ait du moi et du non-moi, et sur laquelle nous reviendrons longue ment, il n’est pas dans les préoccupations généralement associées à l’état de conscience ordinaire de se demander comment faire pour la résorber. De toutes manières cette croyance en la séparation entre du moi et du non-moi va tellement de soi, qu’elle en est devenue transparente. Généralement le moi est assimilé au corps ou à l’entité responsable de l’activité mentale (le penseur) et le non-moi à tous les objets qui sont à l’extérieur du corps, ou bien à toutes les pensées qui sont produites par le penseur. Ceci définit une caractéristique supplémentaire de l’état de conscience ordinaire : l’identification au corps ou à celui que l’on considère généralement comme le penseur et qui, nous le verrons, n’est lui-même qu’une grosse pensée qui semble en générer d’autres.

L’écoulement du temps, toujours dans l’état de conscience ordinaire, se fait du passé vers le futur, et généralement à une vitesse qui apparaît fixe et peu sujette à des accélérations ou des ralentissements. Pour ce qui est de l’espace, on considère généralement qu’il possède trois dimensions et que notre corps, ainsi que notre tète, baignent en lui. La croyance à la réalité de l’écoulement du temps jointe à la conscience de la finitude du corps charrie, avec elle, la croyance en la mort qui est généralement considérée comme un événement peu réjouissant dont, au fond, on se passerait bien. Cette croyance en la mort est en liaison directe avec une autre : celle en une naissance à partir de deux parents doués de deux corps comme le nôtre. Puis vient la croyance en une identité et une personnalité bien réelle dotée d’une armada d’opinions et de croyances allant de la plus inébranlable à la plus molle.

En ce qui concerne les croyances présentes dans l’état de conscience ordinaire et relatives au fondement même de la conscience de soi et à l’origine de l’univers, à l’époque où est écrit ce texte, on remarque l’existence de deux croyances qui émergent du lot et qui imprègnent et embaument la conscience collective des civilisations qui ont vu l’éclosion du règne de la technique : tout d’abord celle concernant le cerveau comme explication à l’esprit et à tout ce qui s’y pro duit et ensuite celle en un Big Bang (théorie cosmologique la plus populaire) dont d’ailleurs le cerveau serait (dans l’état actuel des connaissances I) le produit le plus abouti.

Récapitulons : non-étonnement ; perceptions sensorielles entachées d’une grisaille devenue presque normale ; existence d’une séparation de nature mal définie entre le moi et le non-moi. entre l’intérieur et l’extérieur; identification au corps et au penseur ; croyance en la troisième dimension ; croyance dans la flèche du temps ; croyance en la mort et la naissance ; croyance en une identité irrémédiablement figée ; croyance en l’existence d’absolus tels que le cerveau et le Big Bang.

Bien sûr, toutes ces croyances n’avouent que très timidement qu elles teintent et structurent notre rapport à l’existence et de plus, elles sont généralement renforcées par notre paresse a les passer au crible d’une attention soutenue.

Bien entendu il est possible d’évincer ces croyances et de leur faire avouer leur néant profond afin de lever l’étrange sortilège qui pese sur…l’état de conscience ordinaire qui recouvre de son épais manteau la splendeur vivante du mystère d’être.

Avançons dans cette direction paradoxale, et avant toute chose, prenons le temps de nous étonner de l’étonnement…

1.2 L’étonnement : de l’ordinaire à l’extraordinaire.

«- C’est cela. Je vous ai souvent dit que l’absence
soudaine d’un tableau, tout autant que sa présence
habituelle, vous empêchent de voir le mur.»15

Jean Klein

L’étonnement est chose plutôt naturelle pour, dans et chez un esprit vivant, chez un être dont la faculté d’attention n’est pas excessivement encrassée. Plus la faculté d’attention est libérée, pleinement disponible, désencombrée de la superstructure opaque qui nous voile le réel dans sa fraîcheur et son incandescence, et que nous nous efforcerons de décrire dans le détail pour mieux la plastiquer par la suite, plus l’étonnement se manifeste naturellement et en toute spontanéité comme un état naturel. Dans le même temps, on se doit d’évo­quer et de décrire l’étonnement comme quelque chose de très actif, comme un acte d’attention consciente qui époussette la galaxie des savoirs associés à l’objet sur lequel il porte et auquel il insuffle un renouveau paradoxal et étincelant.

L’étonnement au cœur de l’état de rêve – l’état de rêve au sens propre comme au sens figuré – est l’acte par lequel l’arrière-plan lumineux qui fonde cet état de rêve va se révéler à lui-même : étonnement soudain d’être conscience au milieu du quotidien embrumé, ou bien rêve subitement lucide qui pourra éventuellement culminer dans une absolutisation de la conscience de soi, ce qui est une possibilité très intéressante mais que nous n’examinerons pas dans cet ouvrage.

Mais l’étonnement d’être ou l’étonnement au cœur de l’état de rêve qui va précipiter une conscience réflexive sont des cas très spéciaux, deux spécimens très particuliers, et il convient tout d’abord d’envisager l’étonnement de manière plus générale. Notre ambition n’est pas d’émettre des pertinences de haut vol sur l’étonnement qui est, avant tout, une expérience; pas plus d’ailleurs ne voulons nous en faire une phénoménologie : nous souhaitons juste rappeler des évidences simples autour de l’étonnement.

Afin d’amorcer notre réflexion et notre étonnement sur l’étonnement, il va nous être utile de nous adresser aux registres de l’étymologie et de la synonymie.

Le registre de la synonymie est plutôt riche et invite à prendre en considération des nuances subtiles. Être étonné peut être rapproché du fait d’être abasourdi, ahuri, ébahi, ébaubi, éberlué, ébouriffé, effaré, estomaqué, étourdi, frappé, renversé (ou tombé à la renverse), saisi, stupéfié, suffoqué, surpris, chancelant, tremblant, ébloui, émerveillé, épaté, époustouflé, impressionné, confondu, déconcerté, désorienté, interdit, interloqué, dépassé. Dans un registre plus familier, être étonné, c’est aussi rester baba ou en baver des ronds de chapeau. Chacun de ces mots est unique. On comprend que chacun a sa particularité qui peut être d’insister sur un des symptômes ou une des manifestations extérieures de l’étonnement.

Lorsque l’on considère l’étonnement d’un point de vue étymologique, on est renvoyé à la famille du latin tonare, ce qui veut dire tonner. Étonner, du latin vulgaire extonare ou du latin classique attonare, c’est frapper comme un coup de tonnerre, et ce tonnerre qui est associé étymologiquement à l’étonnement charrie avec lui une grande richesse métaphorique. De tonare viennent aussi les mots détonation et tonitruant qui renvoient aussi au registre sonore et au bruit caractéristique que fait le tonnerre. Remarquons d’emblée que ce qui singularise le tonnerre, c’est d’éclater soudain, de manière brusque; il ne s’annonce pas de manière progressive en flûte douce, il est direct et il nous prend par surprise. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet aspect de soudaineté caractéristique de l’étonnement.

Étonner c’est ébranler d’un choc, d’une commotion plus ou moins intense et violente. L’intensité de l’étonnement est aussi une donnée sur laquelle nous allons nous pencher un peu plus / loin quand nous l’examinerons sous certains de ses visages et / on peu déjà le rapprocher de l’éclair illuminatoire qui, dans une gradation, laisse entrevoir, éclaire, éblouit…ou aveugle.

Bien entendu, on peut immédiatement se poser la question de savoir qu’est-ce qui est ébranlé dans l’étonnement, voire même une question très directe qui renvoie immédiatement au cœur de notre propos : «QUI est ébranlé dans F étonnement ?».

Mais laissons cette question en suspens et reconnaissons simplement que lorsqu’il y a étonnement, un ébranlement se produit. Étonnure est un terme spécialisé, utilisé dans la joaillerie . et en architecture. Il est synonyme de faille, de lézarde, de v fêlure ; ainsi parle-t-on d’étonnure dans un édifice, sur un mur, dans un diamant ou dans une pierre précieuse.

Ce terme est intéressant car il nous permet de suggérer, par le biais de l’image, une idée sur laquelle nous reviendrons à plusieurs reprises : lorsque la superstructure composée de notre sens de l’identité séparée et de notre représentation du monde se lézarde, alors, la lumière de l’arrière-plan, la lumiè/ re radieuse de la pure conscience de soi, se met à filtrer. Pour / employer une autre métaphore, on pourrait imaginer un miroir qui prendrait conscience de lui-même parce qu’à un endroit de sa surface, une absence locale de tain contrastant avec une surface contiguë réfléchissante lui permettait de prendre conscience de sa nature réfléchissante, lui permettait de s’octroyer la conscience de lui-même.

Lorsqu’on évoque l’étonnement, on pense bien sûr au tonnerre et donc aussi à la foudre et à l’éclair. On a donc un renvoi au registre sonore et au registre lumineux. Ébranlement et illumination. L’éclair qui précède le tonnerre, qui lézarde le \J ciel, qui fait trembler le ciel, qui le déchire comme on déchirerait une toile de fond ou un écran, procède de la même manière que l’étonnement qui lézarde le ciel de l’esprit, qui lézarde la pensée qu’il y a un penseur et qui fait éclore à elle-même la lumière qui vient de derrière et qui vient de la profondeur, cette lumière de laquelle tire son existence le sujet pensant auquel on est identifié dans l’état de conscience ordinaire. Aperception pure.

Dans l’expérience de l’étonnement, il y a un moment d’unité parfaite, de coïncidence avec soi-même tellement bref qu’il passe généralement inaperçu à moins que nous ne soyons un minimum présent et intériorisé, c’est-à -dire en contact avec la réalité vivante de notre esprit.

L’étonnement n’est pas un concept, c’est une expérience qui peut renvoyer, de manière plus au moins profonde et intense, à la réalité de l’esprit, à la conscience de soi, à l’intuition du réel.

Chose remarquable, au moment de l’étonnement, on ne pense pas, on ne pense plus ; que cette pensée soit de l’ordre de la ronde parasite des pensées triviales et des micro-intentions qui nous traversent l’esprit (dans l’état de conscience ordinaire) ou qu’il s’agisse d’une réflexion pure, dans tous les cas elle suspend son vol en quelque sorte. Ce moment de conscience pure, exempt de toute activité mentale, de toute construction mentale (processus associatifs engendrés, tels des vortex, par les données de la mémoire et de l’imagination), est une immersion dans le présent pur, dans le maintenant hyperactuel de la conscience de soi. Le plus souvent, il ne dure qu’une micro-seconde intérieure, mais il peut aussi se prolonger de manière inhabituelle et paralyser totalement, pour une durée qui peut être vécue comme importante, nos processus mentaux ordinaires. C’est ainsi que l’on peut dire que sous toutes ses formes, l’étonnement nous tend toujours une perche pour nous tirer vers la profondeur de nous-mêmes; mais, bien entendu, il est de notre responsabilité d’être conscient de la saisir par un acte d’attention pure, un acte de présence pure qui se creuse lui-même. C’est ainsi que l’étincelle de l’étonnement peut initier l’incendie de l’étonnement d’être, pourvu pour que l’on pousse consciemment dans le sens de l’ouverture de la porte face à laquelle l’étonnement nous a placés.

Nombreuses sont les situations dans lesquelles nous sommes amenés à entrer en contact avec la réalité de l’étonnement, du micro-étonnement à l’étonnement qui nous laisse bouche béante.

On vient d’évoquer le caractère passif de l’expérience de l’étonnement (on est soudain saisi d’étonnement) et aussi sa dimension d’acte d’attention pur, conscient et délibéré. En apparence, on peut avoir l’impression de subir l’étonnement,croire qu’il nous est imposé de «l’extérieur». Cependant on doit bien se rendre à l’évidence qu’au fond, c’est bien nous-mêmes qui nous étonnons et qui décidons de nous étonner. Car il y a bien une décision, une délibération qui se fait en général dans l’ombre de notre vigilance; tout comme le héros de bande dessinée Lucky Luke qui tire plus vite que son ombre, nous élaborons des conclusions sans nous en rendre compte. Des comparaisons sont faites et des conclusions sont tirées de manière très rapide dans notre esprit, à la vitesse de l’éclair, sans que nous en ayons conscience généralement, et nous nous étonnons : la représentation que nous nous faisons du monde est lézardée par l’événement auquel nous sommes confrontés au présent ; elle est lézardée parce qu’elle ne peut pas contenir cet événement. Un élargissement de notre image du monde ou une réinterprétation de l’événement est nécessaire pour que se referme la brèche qui s’est ouverte, et généralement c’est ce que l’on s’empresse de faire car on s’accommode mal d’une plaie ouverte dans notre image du monde.

A supposer que notre vigilance devienne totale, extrême, que notre présence à nous-même soit parfaite et qu’elle rende possible la claire vision de ce mécanisme de comparaisons et de raisonnements furtifs, alors apparait un paradoxe supplémentaire : tout nous étonne et, simultanément, plus rien ne peut nous étonner, nous ébranler.

On peut distinguer l’étonnement produit par un événement «extérieur», c’est- à- dire se produisant dans notre environnement  physique, de l’étonnement relatif à un événement «intérieur».

A un autre niveau, ceci renvoie à la croyance centrale qui veut qu’il existe du moi et du non-moi séparés par une crevasse, un intervalle. Nous enquêterons plus loin sur les fondements de cette croyance centrale ainsi que sur les croyances qui lui sont attenantes.

On peut également distinguer l’étonnement face à la nouveauté et à l’extraordinaire de l’étonnement face à l’ordinaire, face à ce qui nous est familier et qui se met à être perçu sous un angle neuf ou une lumière nouvelle.

Pour mieux illustrer notre propos et rendre vivantes les intuitions qu’il se propose de charrier dans son sillon, il va nous être utile de prendre quelques exemples.

Pour ce qui est des situations que nous avons qualifiées «d’extérieures», on peut évidemment en imaginer de très nombreuses. Un individu se rend à sa banque et se retrouve soudain au cœur d’un hold-up; un autre conduit sa voiture et constate avec effarement que le volant qui vient de se détacher lui reste dans les mains et que les freins ne répondent plus ; ou bien un autre encore qui gagne le gros lot à une loterie ou au casino, et qui, avant de se réjouir et de mettre cela sur le compte de la chance ou de la providence, est d’abord étonné. Il s’agit là de trois situations plutôt triviales mais il y a au moins trois domaines en face desquels l’étonnement et l’émerveillement (qui est un étonnement auquel vient se rajouter une composante d’admiration presque amoureuse) peuvent trouver des occasions innombrables de se manifester avec vigueur : celui de la science et de sa fille la technique, celui de l’art sous toutes ses formes et celui du spectacle de la nature dans toutes ses manifestations.

La dernière théorie scientifique abracadabrante étonne, et étonne d’autant plus qu’elle est validée, rendue visible et palpable, par la technique. C’est ainsi que la théorie de la relativité d’Einstein a tout d’abord étonné la communauté entière des physiciens. Mais cet étonnement a fait boule de feu, et c’est ainsi que de nombreux individus ont pu constater que c’était bel et bien de la bonne physique lors de cette grande première dans l’infinité inimaginable du temps et de l’espace que fut le largage de « Little Boy » sur Hiroshima un après-midi plutôt paisible. Sans aucune ironie, on peut imaginer que / cette explosion atomique ait été une expérience mystique pour * certaines personnes, pour celles qui étaient au bon endroit, c’est- à- dire ni trop loin du point 0 de l’explosion, ce qui les fera survivre, ni trop près car elles n’auront vraisemblablement pas eu le temps d’une quelconque prise de conscience. Séquence intérieure : explosion assourdissante qui éveille un grand silence, étonnement (état psychologique provoqué par des phénomènes inattendus ou que l’on est incapable d’expliquer), grande chaleur, grande lumière anéantissante : mort fulgurante.

Il y a bien sûr des produits de la technique qui produisent un étonnement moins radical, surtout à l’époque ou est rédigée cette thèse (1997 années après la venue du premier chrétien sur la Terre). Que l’on songe aux merveilles de l’électronique, ou tout simplement à la fascinante mécanique des moteurs et des horloges. Les créations de l’ingénierie sont omniprésentes dans notre quotidien et elles sont autant de raisons de s’étonner. Concernant les fruits que dorme cet arbre qu’est la technologie humaine, on peut tout de suite faire deux remarques relatives à l’étonnement. La première est que, effectivement, de manière générale, la technique étonne. Mais elle n’étonne généralement pas longtemps (même si l’objet de l’étonnement continue à être à disposition contrairement à d’autres étonnements dont l’objet n’a qu’une durée d’existence relativement limitée dans le champ de conscience) et ceci est à rapprocher de certaines des remarques de Kant sur l’étonnement dans la Critique de la faculté de juger («Remarque générale sur l’exposition des jugements esthétiques réfléchissants») : il oppose l’étonnement à l’admiration et fait de cette dernière un étonnement qui ne cesse pas avec la disparition de la nouveauté., Pour lui l’étonnement suscite un doute et l’admiration est un sentiment toujours renaissant en dépit de la disparition du doute. La seconde est que la cessation de l’étonnement, nous ’Z y reviendrons, se met en place à partir du moment où une explication a été fournie. En ce qui concerne les produits du savoir faire humain issus de la connaissance scientifique, ces explications ne sont en général que très superficielles et n’affûtent en rien notre compréhension des phénomènes en présence mais s’intègrent facilement à notre représentation du monde. C’est ainsi qu’est banalisé le fait de disposer de l’éclairage électrique qui va dès lors de soi ; cependant, si l’on prête une attention suffisante, on prend conscience qu’avec l’électricité nous sommes en contact direct avec le mystère de l’énergie. D’un certain point de vue, on peut considérer que la technique a désenchanté le monde ou qu’au contraire elle y a ajouté un surcroît de magie là où il y avait déjà magie surabondante : tout dépend de notre faculté d’attention seule apte à maintenir ouverte la brèche qu’a pu ouvrir l’étonnement à un moment donné.

Dans un autre registre, mais toujours en ce qui concerne la technique et la science, on ne peut bien sûr pas s’empêcher de penser au domaine médical de pointe. Les progrès de la génétique, de la biochimie, et de tous les corps de savoirs scientifiques qui concourent à enrayer l’entropie à laquelle est soumise le corps humain, sont stupéfiants à plus d’un titre. Il suffit de s’asseoir tranquillement avec en main un magazine scientifique traitant de ce domaine pour immédiatement avoir la possibilité d’être saisi de vertige. En effet, si l’on y réfléchit un peu, on constate que le pouvoir grandissant qu’a la médecine de préserver ou de prolonger la vie esquisse comme par transparence la question de notre ultime réalité. Si je ne suis pas ce corps dont toutes les pièces sont interchangeables (sauf peut-être le cerveau – cet ultime obstacle, en tant que tentation de la raison, à la reconnaissance de la primauté de l’esprit et de son miracle infini – mais on n’arrête pas le progrès…), si je peux, plus exactement si mon corps peut être cloné tel celui d’une souris, qui suis-je donc, qu’est- ce que MOI?

La science étonne, la technique étonne, et émerveille aussi, des gadgets de James Bond aux stations multimédias portables.

Mais il y a un autre espace de l’activité humaine étranger aux préoccupations utilitaires de la technique et à sa volonté de puissance : il s’agit de l’art. Notre propos n’est pas de nous étendre sur l’art. Remarquons simplement que l’art, sous toutes ses formes, étonne, suscite l’admiration, émerveille; que ce soit par le beau, le réjouissant (et on pense immédiatement à la musique), le singulier, ou même l’absurde. N’est-ce pas d’ailleurs, au fond, ce qu’on lui demande ? Dans la perspective de notre propos, nous pouvons déjà faire une autre remarque que nous approfondirons dans un chapitre ultérieur : l’art lorsqu’il nous étonne dans ses manifestations nous rapproche de la perception pure au sein du présent, un présent qui ressemble à une anguille très visqueuse difficilement saisissable. C’est ainsi que les présentations d’arts graphiques et plastiques (expositions, musées), le cinéma, le théâtre, sont autant d’événements qui capturent l’attention et la confinent dans le présent, ne serait-ce que l’espace d’un instant furtif et paradoxal, au moment précis de l’étonnement.

Il nous semble intéressant d’examiner un cas particulier d’activité artistique qui, même si elle ne peut probablement  pas être considérée comme sublime, n’en présente pas moins certains aspects intéressants relativement à notre propos sur l’étonnement. Il s’agit de l’art du magicien, ou pour être plus précis, celui du prestidigitateur.

Le but avoué de toutes les manipulations de prestidigitation et d’illusionnisme est d’étonner. Cet étonnement naît du conflit qui voit le jour entre ce que nous percevons – ce que l’illusionniste nous donne à percevoir – et ce que nous nous attendions à percevoir. Ce que nous percevons est vécu comme une dissonance cognitive, c’est- à- dire comme quelque chose d’incompatible avec notre représentation du réel et de certaines lois qui président à son fonctionnement habituel. Cela peut sembler anodin, mais en fait, un tour de prestidigitation – pourvu que nous soyons suffisamment intériorisés au moment de l’étonnement – a le pouvoir de nous amener à la prise de conscience vivante de la nature purement idéelle de la connaissance. En d’autres termes, nous prenons conscience qu’au sein de nous-même, qu’en notre esprit et nulle part ailleurs, siège notre représentation du monde qui, soudain, d’une part se révèle à elle-même comme étant idée pure, et d’autre part se révèle comme étant relative. Dans l’expérience du spectacle de magie, un savoir post-étonnement vient colmater la brèche qui a été ouverte et qui sinon resterait ouverte, un savoir qui a valeur de certitude : la conviction qu’au fond, il y a un «truc» et que notre représentation du monde n’est qu’apparemment prise en défaut. Les enfants, qui n’ont pas encore une image du monde fortement structurée et cristallisée, qui ne croulent pas encore sous le poids des savoirs encombrants qui encrassent la perception pure, et qui se préoccupent peu de défendre des savoirs concernant la nature de la réalité physique (car ce sont bien ces savoirs qui sont mis en doute le plus souvent dans le spectacle de magie), ne se formulent pas à eux-mêmes l’idée qu’il y a un «truc», ils n’ont pas d’explication : l’émerveillement perdure. On comprend bien que l’étonnement naisse de la friction entre d’une part, le monde tel qu’il se présente dans l’instant, et d’autre part, le monde tel qu’on se le représente.

Et puis il y a le monde terrestre dans toutes ses manifestations et tous ses spectacles. Dans sa prodigieuse multiplicité et sa diversité dans tous les règnes (minéral, végétal, animal). Source inépuisable d’étonnement et d’émerveillement, et d’objet d’étude. Dans ce monde naturel, on peut signaler à nouveau cette distinction entre des événements extraordinaires, imprévisibles et les autres, plus ordinaires, toujours à disposition, ou bien dont on peut prévoir l’occurrence.

Généralement, ce sont les événements extraordinaires qui ont le pouvoir de susciter l’étonnement, et qui, à un niveau collectif, défrayent la chronique. C’est ainsi que l’on entend rarement à la radio ou à la télévision le présentateur évoquer à quel point il est miraculeux que le soleil se soit encore levé ce jour. Par contre, on a parfois droit à des informations et des images (souvent très belles) sur les cyclones, les ouragans, les trombes d’eau, les séismes, les éruptions volcaniques, les incendies de forêt : en bref, sur les catastrophes (étymologiquement katastrephein : «tourner sens dessus dessous»).

Voilà pour une brève revue d’événements et de choses pouvant se présenter dans l’environnement d’un individu et, peut-être plus aptes que d’autres, à susciter l’étonnement.

Que l’on soit face à l’ordinaire qui se révèle dans sa fraîcheur ou à l’extraordinaire qui force l’attention à se river à l’instant, on pourrait résumer les diverses situations que nous avons évoquées plus haut de la manière suivante : il se produit là-bas, à l’extérieur de moi, quelque chose qui fait qu’/ci, en moi, au sein de mon esprit, je suis étonné.

Mais qu’en est-il des événements que nous pourrions qualifier «d’intérieurs», c’est- à- dire de phénomènes se produisant au sein de l’esprit et dépendant directement de la volonté de cet esprit, et dont nous pouvons aussi nous étonner? Nous verrons plus loin en quoi cette distinction entre «l’intérieur» de l’esprit et «l’extérieur» de l’esprit, qui semble participer du bon sens commun, n’est en fait qu’une hallucination, tenace certes, mais une hallucination tout de même, dont les rouages peuvent être mis à jour.

Mais dans l’immédiat, nous allons porter notre attention sur un événement intérieur particulier : l’instant pur de la compréhension, l’eurêka illuminatoire. Et nous allons nous pencher plus en détail sur une de ses manifestations remarquables : l’humour.


AU SUJET DE L’AUTEURE

Alexandre Quaranta


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L’animateur  Alexandre Quaranta : Philosophe, écrivain, et enseignant de yoga. Il a étudié le yoga, le yoga tantrique, et la psychologie transpersonnelle. Il partage dans des ateliers pratiques son expérience de certaines possibilités intéressantes de la conscience humaine…

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Nationalité : France

Biographie : Docteur en Philosophie de L’Université de Nice Sophia-Antipolis, Alexandre Quaranta est spécialisé dans l’étude des philosophies orientales et de certains courants de la psychologie qui s’intéressent aux états de conscience non-ordinaires. Il anime régulièrement des stages notamment sur l’apprentissage du rêve lucide.

Source : Inexploré – Magazine.


Docteur en Philosophie de L’Université de Nice Sophia-Antipolis, Alexandre Quaranta est spécialisé dans l’étude des philosophies orientales et de certains courants de la psychologie qui s’intéressent aux états de conscience non-ordinaires. Il anime régulièrement des stages notamment sur l’apprentissage du rêve lucide.

Il est également l’auteur du livre: « S’ETONNER D’ETRE. L’éveil et la joie d’être conscience » qui soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans toute son intensité s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de toutes nos perceptions. Cette restructuration peut permettre – si l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante – l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique.
Les réflexions développées permettent de comprendre pourquoi la plupart du temps nous n’éprouvons que timidement de la reconnaissance du miracle infini de la conscience que nous sommes.
De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception.

Source : realisemagic.


Nom: Alexandre QUARANTA

Présentation :

Alexandre QUARANTA est docteur en philosophie. Il a tout particulièrement étudié certaines traditions spirituelles orientales, et certains courants récents de la psychologie (transpersonnelle, expérimentale, cognitive). Il est spécialisé dans l’étude des états de conscience modifiés (également appelés états de conscience non-ordinaires). Il s’est également formé à plusieurs approches dans le domaine de l’exploration du potentiel humain.

Faisant la synthèse de son expérience, de ses observations et de ses études, il enseigne le yoga de l’état de rêve, le massage intuitif, et propose ses services en tant que « coach-accompagnateur » pour l’émergence de l’alignement et des ressources intuitives et créatives dans les projets personnels et/ou professionnels.

Il a publié son premier ouvrage, intitulé « S’étonner d’être : l’éveil à la Joie d’être conscience » en 1999 chez L’Originel Accarias. Après avoir expérimenté à quelques reprises et spontanément le phénomène de l’orgasme multiple, il a cherché un moyen d’ouvrir le canal d’accès à cette expérience étonnante et aux possibilités qu’elle invite. A travers l’exploration du rêve lucide, de certains éléments traditionnels d’inspiration yoguique, et l’approche pédagogique de Jack Johnston, il a pu mieux comprendre et assimiler le phénomène dans ses aspects subtils. Il a souhaité partager son expérience et faire une proposition pour rendre accessible des ressources susceptibles de faciliter l’apprentissage à ceux qui savent un petit peu ce dont il est question ou ceux (et celles) qui, curieux, seraient tentés par cette apprentissage et cette exploration intéressante.

Site Internet : http://www.revelucide.com

Source : Espace Furet.


SELON L’IA – ChatGPT

Voici un résumé assez exhaustif et structuré du livre S’étonner d’être : l’éveil à la joie d’être conscience d’Alexandre Quaranta, en s’appuyant sur les informations disponibles et les thèmes clés du texte. (decitre.fr)

Présentation générale

S’étonner d’être : l’éveil à la joie d’être conscience est un essai philosophique et spirituel publié en 1999 par Alexandre Quaranta. Il explore la nature de la conscience humaine, le sens de l’existence et les transformations possibles de la perception de soi et du monde. (decitre.fr)

L’auteur ne propose pas une théorie académique classique, mais invite le lecteur à vivre une expérience intérieure profonde : l’étonnement d’être conscient, considéré comme une expérience lumineuse, extatique et structurante. (decitre.fr)

Thème central : l’étonnement d’être

Au cœur de l’ouvrage se trouve l’idée que le simple fait d’exister en tant qu’être conscient est un miracle, une réalité tellement étonnante qu’elle dépasse largement notre perception habituelle. (decitre.fr)

Quaranta soutient que :

L’homme ne reconnaît généralement que très timidement la profondeur et l’étrangeté de sa propre conscience. (decitre.fr)

Lorsqu’on porte réellement attention à ce fait — en toute intensité — une transformation profonde de la conscience opère. (decitre.fr)

Cet éveil à l’étonnement réel est vécu comme une forme de joie extatique, restructurant notre façon de voir et d’être. (decitre.fr)

Thèmes philosophiques et idées développées
Quaranta aborde de nombreux thèmes classiques, mais avec des angles originaux et introspectifs :

1. Conscience de soi

L’auteur examine la façon dont nous nous percevons et nous ignorons souvent l’évidence même de notre conscience vivante. En prenant conscience de l’expérience immédiate d’être, on franchit une frontière entre le mental et la réalité vécue. (decitre.fr)

2. L’acte de penser

La pensée est explorée non seulement comme un processus logique, mais comme une porte d’accès à l’intensité intérieure de la conscience. L’acte de penser devient une expérience à percevoir plutôt qu’un simple mécanisme mental. (decitre.fr)

3. Temps, espace et éternité

Le livre montre comment nos idées sur le temps et l’espace changent lorsqu’on plonge dans l’étonnement vivant : ces catégories deviennent moins des concepts abstraits que des dimensions perçues de façon intime et immédiate. (decitre.fr)

4. Identité

L’identité individuelle — ce que nous croyons être — se voit revisitée. L’ouvrage suggère que l’être profond ne se confond pas avec l’identité construite par le mental, mais se découvre dans une expérience plus vaste et lumineuse de soi. (decitre.fr)

5. Perception et réenchantement

Quaranta met l’accent sur ce qu’il appelle le réenchantement de la perception. C’est-à-dire que dès que l’on s’ouvre pleinement à l’étonnement d’être, la réalité quotidienne reprend une profondeur, une densité et une douceur qui étaient auparavant ignorées. (decitre.fr)

Transformation intérieure proposée

Plutôt que de seulement analyser des concepts philosophiques, l’auteur veut provoquer une mutation intérieure :

Le lecteur est invité à expérimenter l’étonnement ici et maintenant plutôt qu’à simplement en comprendre l’idée théorique. (decitre.fr)

L’ouvrage donne des indications descriptives et pratiques pour actualiser cette expérience dans la vie quotidienne. (decitre.fr)

Cette mutation conduit, selon l’auteur, à une félicité océanique — une expérience de joie pure qui dépasse l’angoisse ou le vide existentiels classiques. (decitre.fr)

Style et démarche

Quaranta écrit avec une combinaison de rigueur intellectuelle et d’intuition poétique. L’ouvrage ne s’adresse pas seulement aux philosophes, mais à quiconque désire une rencontre vivante avec la conscience plutôt qu’un simple exposé théorique. (originel-accarias.com)

Conclusion

S’étonner d’être n’est pas un manuel académique de philosophie, mais une invitation immersive à reconsidérer qui nous sommes à partir de notre présence consciente la plus immédiate. Le livre propose une transformation de la perception et de l’attitude intérieure — passer d’une conscience ordinaire à une conscience éveillée à l’étonnement d’être, source d’une joie profonde. (decitre.fr)


Voici ce qu’on sait sur Alexandre Quaranta (l’auteur de S’étonner d’être : l’éveil à la joie d’être conscience) :

? Qui il est

Alexandre Quaranta est un philosophe et auteur francophone. Il est connu principalement pour son livre S’étonner d’être, publié en 1999 par les éditions Accarias-L’Originel. (Fnac)

? Formation et spécialisation

Il est docteur en philosophie (Université de Nice-Sophia Antipolis). (Conscience sans objet)
Sa spécialité porte sur l’étude des philosophies orientales et certains courants de la psychologie intéressés par les états de conscience non ordinaires. (Inexploré)

? Autres activités et intérêts

En plus d’écrire, il anime régulièrement des stages, notamment sur l’apprentissage du rêve lucide et les expériences de conscience. (Conscience sans objet)
On lui attribue aussi des écrits ou travaux autour du rêve lucide, de la conscience et de l’éveil intérieur (par exemple un mémoire ou une thèse explorant ces thèmes). (Conscience sans objet)

? Son approche

Son travail philosophique se situe à l’intersection de la philosophie de la conscience, de la mystique intérieure, et de l’expérience directe de la conscience de soi — plutôt que de la philosophie analytique académique classique. (Conscience sans objet)

En résumé : Alexandre Quaranta est un philosophe d’inspiration introspective, docteur en philosophie, qui explore l’expérience vécue de la conscience, l’éveil intérieur et les états de conscience non ordinaires, et qui partage ces réflexions à travers des écrits et des ateliers pratiques. (Conscience sans objet)


S’Etonner D’Etre. L’Eveil Et La Joie D’Etre Conscience

Alexandre Quaranta

Exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant. L’auteur soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans toute son intensité s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de toutes nos perceptions. Cette restructuration peut permettre – si l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante – l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique. Les réflexions développées permettent de comprendre pourquoi la plupart du temps nous n’éprouvons que timidement de la reconnaissance du miracle infini de la conscience que nous sommes. De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception. Ce que l’on retiendra c’est que l’abîme que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons de toute éternité. On pourra lire ce livre comme un ensemble d’indications pratiques et descriptives aptes à engendrer une mutation paradoxale de la conscience de soi et une conversion à l’évidence éblouissante. Entre les lignes, une perche est tendue au lecteur pour le faire basculer de préférence et pourquoi pas ici et maintenant, et dans tous les cas, en toute certitude, un jour ou l’autre – dans la joie pure de l’étonnement d’être, cette caresse infiniment puissante et douce…

Source : ActuAlitté.


1 octobre 1999 Vie pratique & Loisirs

« S’étonner d’être » est également le titre d’un petit chef d’œuvre de mon ami Alexandre Quaranta. À mon avis un des plus beaux livres écrits en France sur l’éveil spirituel et les moyens d’accès à notre vraie nature.

Voici un commentaire intéressant sur ce livre trouvé sur le net :

Exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant. L’auteur soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans toute son intensité s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de toutes nos perceptions. Cette restructuration peut permettre – si l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante – l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique. Les réflexions développées permettent de comprendre pourquoi la plupart du temps nous n’éprouvons que timidement de la reconnaissance du miracle infini de la conscience que nous sommes. De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception. Ce que l’on retiendra c’est que l’abîme que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons de toute éternité. On pourra lire ce livre comme un ensemble d’indications pratiques et descriptives aptes à engendrer une mutation paradoxale de la conscience de soi et une conversion à l’évidence éblouissante. Entre les lignes, une perche est tendue au lecteur pour le faire basculer de préférence et pourquoi pas ici et maintenant, et dans tous les cas, en toute certitude, un jour ou l’autre – dans la joie pure de l’étonnement d’être, cette caresse infiniment puissante et douce.

Source : Éclore en conscience.


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DU MÊME AUTEUR

Dix minutes d’éternité : récit d’une retraite de pleine conscience dans la nature

Jurgen Ziewe (Auteur)

Alexandre Quaranta (Traducteur)

Accarias/L’Originel

Une puissante expérience de pleine conscience. Jurgen Ziewe a passé une semaine dans un chalet isolé d’une région sauvage d’Écosse. À l’abri des distractions du monde moderne, il a fait l’expérience de première main de ce qui se produit lorsque l’attention est focalisée sur la source même de l’attention. Ce récit nous fait voyager dans le vécu intime de son auteur qui expose ici les aspects les plus profonds de sa vie intérieure. Il a pris note, avec autant de précision et d’authenticité que possible, des processus mentaux à l’oeuvre dans ses profondes méditations. Il vécut là une des plus puissantes expériences d’expansion de conscience de sa vie ; une expérience qui le laisse dans un rapport nouveau et inédit au monde. Cette proximité avec le phénomène de l’attention l’a conduit à transcender le point de vue individuel et a débouché sur une expérience de Conscience cosmique.. Cette aventure intime est agrémentée de photos prises par l’auteur qui nous mettent aussi en contact avec la beauté du monde animal, prenant parfois des accents chamaniques. Un témoignage simple et profond. À notre époque moderne riche en sollicitations, cette lecture fait l’effet d’un rafraîchissement. Une invitation à la simplification et à la paix. Un livre profondément inspirant qui fournit des indices à tous ceux qui voudraient sortir du confinement des identifications personnelles.

Source : LesLibraires.


S’éveiller en rêvant : introduction au rêve lucide

Stephen LaBerge (Auteur)

Alexandre Quaranta (Traducteur)

S’éveiller en rêvant . Introduction au rêve lucide . Rêver consciemment signifie rêver tout en étant pleinement conscient de rêver. L’univers onirique est votre création, et cette prise de conscience révèle la liberté enivrante de vivre de grands voyages nocturnes et d’approfondir la connaissance de vous-même. Stephen Laberge vous invite à participer à un programme d’apprentissage guidé pour devenir lucides dans vos rêves. Vous apprendrez à utiliser cet état de conscience inouï pour développer votre créativité, maîtriser vos émotions, améliorer votre perception de la réalité, et bien plus encore. Fruit de vingt ans de recherches pionnières – dont les plus récentes – à l’université de Stanford et au Lucidity Institute, ce livre constitue l’outil le plus simple et le plus efficace pour faire vos premiers pas dans le monde du rêve lucide…

Source : BookSellers.

Vivre l’éveil

Un manuel simple et direct pour comprendre et explorer la non-dualité

Scott Kiloby (Auteur)

Alexandre Quaranta (Traducteur)

Accarias/L’Originel

Nous avons été conditionnés à faussement croire que nous sommes des êtres séparés, vivant sous le régime du manque, et que nos histoires sont notre identité. Le message de Scott Kiloby parle de la possibilité de voir à travers et au-delà de ces histoires et de ces conditionnements afin que nous puissions expérimenter directement les sensations et les émotions (plutôt que de tenter de fuir ce qui est) et vivre dans l’instant présent sans nous identifier avec l’activité mentale. Vivre l’éveil est une approche contemporaine, qui prend la forme d’une méthode. Cette méthode est en mesure de nous permettre de vivre l’expérience de la liberté intérieure qui n’est autre que celle de la non-dualité. Plus spécifiquement, il s’agit de la prise de conscience que nous sommes déjà libre au cœur de notre expérience de l’instant.. Cet ouvrage est remarquable dans sa simplicité. La proposition fondamentale nous invite à reconnaître la conscience – la vigilance – que nous sommes.. Les lecteurs et la presse anglo-saxons sont unanimes : « Vivre l’éveil est un livre différent : il est véritablement le manuel que l’on peut espérer dans ce domaine d’explorations » ; « J’ai découvert une authentique invitation non dogmatique de sortir du rêve de la quête pour vivre dans la présence profonde à ce qui est » ; « Les écrits de Scott Kiloby sont les propos sur la libération vis-à-vis de la souffrance les plus ciselés, directs et précis qu’il m’ait été donné de lire. ».

La révolution psychédélique

de Olivier Chambon (Auteur), Jocelin Morisson (Auteur), Marc Brami Alexandre Quaranta Alexandre Peyre Romuald Leterrier Arthur Waisblat Isidore Moubengui Vincent Basset

Un grand nombre d’études scientifiques internationales démontre que les substances psychédéliques recèlent un potentiel de guérison encore largement inexploité dans des pathologies comme la dépression, l’anxiété, l’addiction ou encore le stress post-traumatique.

Une révolution est en cours, qui va mettre en lumière la façon dont ces molécules, naturelles pour la plupart, redonnent à l’homme sa juste place dans le vivant et le cosmos. Psilocybine, mescaline, ayahuasca, iboga, kétamine, MDMA, LSD…, sont capables d’induire des expériences de reconnexion à soi-même et au monde. Quelques séances suffisent parfois à guérir une pathologie réfractaire à des années de prise en charge classique.

Après des décennies de diabolisation, la société américaine opère une volte-face spectaculaire en permettant aux chercheurs l’accès à ces substances et en allant parfois jusqu’à dépénaliser entièrement leur usage. L’influence de ce mouvement se fait sentir en France avec une évolution notable de la réflexion autour de ces produits et le lancement d’expérimentations, notamment avec la kétamine.

Supervisé par un expert de ces approches thérapeutiques, le Dr Olivier Chambon, et par le journaliste scientifique Jocelin Morisson, cet ouvrage s’enrichit de la contribution de spécialistes qui révèlent le potentiel thérapeutique autant que le pouvoir de connaissance associés à ces substances. Elles constituent de puissantes médecines pour le corps, la psyché et l’âme. Elles permettent d’explorer des domaines à la croisée des recherches sur la conscience, la vie après la mort, l’écologie, et peuvent accompagner le changement de société en cours, pour un monde plus conscient.


Rêver pour S’éveiller

Manuel pour l’exploration paradoxale du rêve lucide

Alexandre QUARANTA

Un manuel qui traite des moyens à mettre en œuvre pour transformer notre relation à l’état de rêve nocturne et faire consciemment l’expérience du rêve; l’expérience dite du rêve lucide.
Sont également abordés certaines pistes d’explorations possibles ainsi que certaines questions philosophiques posées par cette possibilité étonnante de la conscience humaine.

Lien 

L’acceptation profonde : dire oui à la vie… et se transformer

de Jeff Foster, Alexandre Quaranta (traducteur)

L’acceptation profonde

« La vie ne peut pas vous blesser, parce que vous êtes la vie. »

Pour ne plus souffrir, il faut vivre en totale intimité avec la vie elle-même et accepter tout ce qui apparaît au sein de nos expériences. La liberté authentique ne se trouve pas en fuyant le présent mais en plongeant sans peur et sans réserve dans ses profondeurs cachées.

Jeff Foster nous montre ici de manière simple et touchante, dans trois domaines concrets : la souffrance, la relation aux autres, les addictions, comment ne pas s’identifier à nos problèmes, à notre histoire personnelle, à notre ego. Il nous donne des conseils précis pour réconcilier les opposés, nous ramener dans le courant de la vie et dénouer les crises.

Jeff Foster démontre que l’éveil spirituel consiste à dire oui profondément, totalement, à la vie.


(Extrait de la seconde partie de sa thèse de doctorat).

Au cœur du rêve: enquête autour de l’éveil paradoxal et libérateur au miracle infini de la pure conscience de soi

Alexandre Quaranta

1997 – 712 pages

L’auteur soutient la thèse, apparemment banale, qu’exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant. Il soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans son intensité extatique et illuminatoire s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de l’intégralité du champ perceptif et qu’une description de cette restructuration au niveau de la vision notamment, peut permettre – s’il l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante par ce qui pourra sembler être au début un effort intense de l’imagination – l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique dans laquelle l’unité du voyant du visible et de la vision se révèle à elle- même. Il soutient également que l’expérience du rêve lucide, ce cas particulier d’état de conscience non- ordinaire qui est examiné en détail, cet état de conscience paradoxal dans lequel nous sommes parfaitement conscient, au cœur du sommeil, d’être en train de rêver, est une porte ouverte, une plate-forme-tremplin sur ce même étonnement d’être ; sur cette absolutisation de la conscience de soi ; sur cette conscience d’infini et d’unité ; sur cette conscience cosmique; sur ce dévoilement vivant du miracle inconcevable de la conscience que nous sommes. De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés, directement ou indirectement, sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception. A travers toutes les considérations développées, s’esquisse en filigrane un idéalisme de la perception et un solipsisme joyeux qui installe confortablement l’autre (qui a disparu avec nous-mêmes) dans le fauteuil du mystère d’être et le fait rayonner de la lumière de la conscience. Ce que l’on retiendra c’est que l’abime que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant, mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons – et c’est la grande nouvelle – de toute éternité. Joie d’être conscience. Optimisme absolu. On pourra lire cette thèse comme quelque chose qui pourrait ressembler à un témoignage de foi dans l’infiniment déraisonnable du fait d’être, comme un ensemble d’indications pratiques aptes à engendrer une mutation de la conscience de soi et une conversion à l’évidence

Source : Conscience sans objet.

Résumé de la thèse

L’auteur soutient la thèse, apparemment banale, qu’exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant. Il soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans son intensité extatique et illuminatoire s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de l’intégralité du champ perceptif et qu’une description de cette restructuration au niveau de la vision notamment, peut permettre – s’il l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante par ce qui pourra sembler être au début un effort intense de l’imagination – l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique dans laquelle l’unité du voyant du visible et de la vision se révèle à elle- même. Il soutient également que l’expérience du rêve lucide, ce cas particulier d’état de conscience non- ordinaire qui est examiné en détail, cet état de conscience paradoxal dans lequel nous sommes parfaitement conscient, au coeur du sommeil, d’être en train de rêver, est une porte ouverte, une plate-forme-tremplin sur ce même étonnement d’être ; sur cette absolutisation de la conscience de soi ; sur cette conscience d’infini et d’unité ; sur cette conscience cosmique; sur ce dévoilement vivant du miracle inconcevable de la conscience que nous sommes. De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés, directement ou indirectement, sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception. A travers toutes les considérations développées, s’esquisse en filigrane un idéalisme de la perception et un solipsisme joyeux qui installe confortablement l’autre (qui a disparu avec nous-mêmes) dans le fauteuil du mystère d’être et le fait rayonner de la lumière de la conscience. Ce que l’on retiendra c’est que l’abime que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant, mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons – et c’est la grande nouvelle – de toute éternité. Joie d’être conscience. Optimisme absolu. On pourra lire cette thèse comme quelque chose qui pourrait ressembler à un témoignage de foi dans l’infiniment déraisonnable du fait d’être, comme un ensemble d’indications pratiques aptes à engendrer une mutation de la conscience de soi et une conversion à l’évidence

Source : theses.fr.


REVUE DE PRESSE

COMMENTAIRES

Exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant.

L’auteur soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans son intensité extatique et illuminatoire, s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de toutes nos perceptions.

On pourra lire ce livre comme un ensemble d’indications pratiques et descriptives aptes à engendrer une mutation paradoxale de la conscience.

Entre les lignes, une perche est tendue au lecteur pour le faire basculer dans la joie pure de l’étonnement d’être.

« Ce livre captivant explore intimement et profondément la conscience de soi »

3ème millénaire


« Voici un livre à la fois rigoureux et jubilatoire… L’effacement du sujet, la rupture drastique avec les mécanismes du mental, la résorption de la conscience individuelle dans la Conscience absolue caractérisent l’étonnement extatique auquel nous invite A. Quaranta »

Connaissance des Religions


« Un essai étonnant. Une démonstration brillante »

Samsâra


« Comment connaître cet éveil, voilà le pari insensé et pourtant possible que cet ouvrage tente pour notre plus grand bénéfice avec souvent un sens aigu de l’humour »

Recto Verseau


« L’auteur de cet étonnant essai, prend son lecteur à témoin de cette espérience de l’être, de cette pure conscience de soi, de ce moment même furtif où peut se révéler l’ultime réalité de soi-même: l’étonnement d’être »

La vie naturelle


Eveil et philosophie, blog de José Le Roy – Expériences de lumières avec Alexande Quaranta – 20 mai 2017

J’ai testé la lampe psychédélique qui fait rêver éveillé – Usbek & Rica

LA TRANSE PHOTO-INDUITE : Bonheur Musical & Imagination extatique…

Voyage intérieur, musique & synesthésie – Avec Alexandre Quaranta

Explorer l’immensité intérieure par Alexandre Quaranta

Maintenant 2019 – Focus #2 : Oreilles et doigts radiophoniques, jambes têtes chercheuses et tête sous la lampe

Bienvenue dans un monde “Psychédélic” – PODCAST MAGAZINE – 28 septembre 2021

Pandora meets the Dream Machine – by Todd | Experience, Lucid Dreaming, News – Alexandre Quaranta is involved in ongoing experiments…



La lampe Roxiva RX1 facilite l’accès à tous les bienfaits régénérants de la relaxation profonde en même temps qu’elle permet à des états méditatifs et à nos ressources intuitives et imaginatives de se déployer de manière souvent insoupçonnée. La lampe Roxiva permet de faciliter efficacement et élégamment l’accès à une vaste palette d’états de conscience et de ressources intérieures. La lampe met en œuvre dans toute sa splendeur l’étonnant phénomène des visions induites par les phosphènes de scintillement ainsi que le mécanisme de synchronisation des ondes cérébrales dans les registres delta, thêta, alpha, et gamma… Source : Roxiva Innovations LTD.

Soirée expérimentale meta vertigo – dream machine

A cette occasion, l’auteur invite Alexandre Quaranta pour une démonstration de la lampe Roxiva, une dream machine afin d’induire des états de conscience non ordinaire. L’expérience est suivie de la projection du film Black Hole, why I have never been a rose réalisé par Emmanuel Grimaud et Arnaud Deshayes (La Bête, 2019). Le tout, précédé et suivi d’un cocktail généreusement offert par MAH SPIRIT et URBZ. Source.


Centre d’hypnothérapie et de soins naturels

Induction photonique avec la Lumière hypnagogique Roxiva Suisse: une infographie simple créée par Alexandre Quaranta pour résumer les théories actuelles en neurosciences concernant les effets de la lampe…

COSMIC CONSCIOUSNESS AND MUSICAL ECSTASY with Alexandre QUARANTA

The Dream Door – Zero Gravity Experience – October 30, 2023 @ 6:30 pm – 8:30 pm – Workshop led by Alexandre Quaranta

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MON RAPPORT DE LECTURE

S’étonner d’être

L’éveil à la joie d’être conscience

Alexandre Quatanta

Édidion Accarias – L’Originel, Paris, 1999

Ce livre ne se présente pas pour ce qu’il est. Rien en première et en quatrième de couverture nous informe que l’auteur se concentre sur la philosophie orientale, notamment, la philosophie indienne. J’ai acheté ce livre en raison de son titre : « S’étonner d’être ». Reconnu comme la source de la philosophie, l’étonnement demeure un sujet de premier ordre dans l’Amour de la sagesse (« Aristote : La philosophie commence dans l’étonnement). Quant à « être », il s’offre comme un sujet de prédilection pour bon nom de philosophe. Le titre avait donc tout pour motiver mon achat de ce livre. Le sous-titre aussi a attiré positivement mon attention, « L’éveil à la joie d’être conscience », puisque j’ai déjà éprouvé une telle joie.

Bref, l’« étonnement d’être » n’est pas un concept canonique de la tradition philosophique, mais une formulation originale qui s’inscrit dans une lignée ontologique profonde, de l’étonnement antique à la phénoménologie de l’être.

En quatrième de couverture, on peut lire :

Ce que l’on retiendra c’est que l’abîme que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons de toute éternité.

QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, quatrième de couverture.

En se référent à une « félicité océanique », est-ce que l’auteur veut nous parler du « sentiment océanique » introduit en philosophie par Romain Rolland ? Cet écrivain et penseur français emploie cette expression dans une lettre adressée à Sigmund Freud en 1927. Le « sentiment océanique » se veut une expérience de plénitude, d’unité sans limites, où le sentiment du « moi séparé » s’estompe au profit d’une fusion avec le tout. Elle est souvent décrite comme une félicité paisible, profonde, non excitée, proche de l’extase mais sans exaltation.

L’ensemble du texte en quatrième de couverture aurait du me donner à penser qu’il s’agit d’un livre se veut mystique. Mais comme je ne connais pas ce « mystique », il m’était difficile de la reconnaître;

Texte intégral de quatrième de couverture

Exister en tant qu’être conscient est infiniment étonnant. L’auteur soutient que l’étonnement d’être conscient, lorsqu’il se déclare dans toute son intensité s’accompagne d’une restructuration et d’un réenchantement de toutes nos perceptions. Cette restructuration peut permettre — si l’on s’efforce de l’actualiser dans sa réalité vivante — l’accès à l’expérience de l’étonnement d’être extatique.

Les réflexions développées permettent de comprendre pourquoi la plupart du temps nous n’éprouvons que timidement de la reconnaissance du miracle infini de la conscience que nous sommes.

De nombreux thèmes philosophiques classiques sont abordés sous des angles originaux. Entre autres : la conscience de soi, l’acte de penser, l’espace, le temps et l’éternité, l’identité, la perception.

Ce que l’on retiendra c’est que l’abîme que creuse l’étonnement ouvre, ultimement, sur une profondeur qui n’est pas un néant déprimant ou angoissant mais une positivité absolue, une félicité océanique dans laquelle nous baignons de toute éternité.

On pourra lire ce livre comme un ensemble d’indications pratiques et descriptives aptes à engendrer une mutation paradoxale de la conscience de soi et une conversion à l’évidence éblouissante. Entre les lignes, une perche est tendue au lecteur pour le faire basculer de préférence et pourquoi pas ici et maintenant, et dans tous les cas, en toute certitude, un jour ou l’autre – dans la joie pure de l’étonnement d’être, cette caresse infiniment puissante et douce…

QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, quatrième de couverture.


J’ai soumis ce texte de la quatrième de couverture à ChatGPT et j’ai demandé s’il s’agissait d’un texte mystique.

Ta question est parfaitement juste — et oui, le texte est bel et bien mystique, mais pas au sens naïf ou confessionnel. Il l’est d’une manière philosophiquement identifiable, et c’est précisément là que se situe l’enjeu.

Je t’explique calmement.


Oui, le texte est mystique — mais comment ?

Il est mystique au sens structurel, non religieux.

Mystique ici signifie :

  • expérience immédiate de l’absolu,
  • unification avec une réalité ultime,
  • félicité comme signature de la vérité,
  • transformation du sujet par dévoilement,
  • langage de la plénitude, de l’illimité, de l’évidence.

Or le texte parle explicitement de :

  • « miracle infini de la conscience »
  • « félicité océanique »
  • « positivité absolue »
  • « conversion »
  • « mutation de la conscience »
  • « ici et maintenant »
  • « joie pure »
  • « évidence éblouissante »
  • « caresse infiniment puissante et douce »

? Ce vocabulaire est sans ambiguïté mystique.


Pourquoi ce n’est pas juste de la philosophie descriptive

Le problème ne tient pas à la profondeur — elle est réelle —
mais au statut du discours.

a) La philosophie décrit, ici on oriente

Le texte ne se contente pas de penser :

  • il invite,
  • il tend une perche,
  • il annonce une issue heureuse,
  • il suggère une traversée.

« indications pratiques »,
« aptes à engendrer une mutation »,
« faire basculer »,
« en toute certitude ».

On n’est plus seulement dans l’analyse ontologique, on est dans une pédagogie de l’éveil.


b) La promesse implicite est décisive

Une phrase est clé (et philosophiquement fragile) :

« peut permettre — si l’on s’efforce de l’actualiser — l’accès à l’expérience… »

Cette condition :

  • introduit une volonté d’accès,
  • suppose une actualisation possible,
  • suggère un cheminement intentionnel.

C’est exactement le point de bascule entre philosophie de l’être
et mystique expérientielle.


Le cœur mystique du texte (sans Dieu)

Ce passage est fondamentalement mystique non théiste :

« une félicité océanique dans laquelle nous baignons de toute éternité »

Cela implique :

  • une réalité ultime déjà-là,
  • antérieure au sujet,
  • toujours présente,
  • à reconnaître plutôt qu’à produire.

? C’est la structure même :

  • du néoplatonisme,
  • de certaines mystiques orientales,
  • de Spinoza lu spirituellement,
  • du sentiment océanique de Rolland (contre Freud).

Pourquoi cela peut poser problème philosophiquement

1. Confusion des registres

Le texte entrelace sans les distinguer clairement :

  • ontologie (être),
  • phénoménologie (apparaître),
  • mystique (transformation),
  • quasi-thérapeutique (mutation de la conscience).

? Cette indistinction ouvre la porte à la critique.


2. L’extase devient horizon normatif

L’étonnement n’est plus seulement :

  • un événement possible,

mais tend à devenir :

  • une finalité,
  • une vérité ultime,
  • une promesse de félicité.

La philosophie, classiquement, résiste à cela.


Jugement équilibré (sans caricature)

Ce que le texte réussit

  • Il touche une intuition ontologique réelle.
  • Il échappe à la psychologie plate.
  • Il assume une profondeur existentielle rare.
  • Il s’inscrit dans une lignée mystique philosophique légitime.

Ce qui le rend critiquable

  • Il séduit plus qu’il ne démontre.
  • Il oriente l’expérience du lecteur.
  • Il annonce une certitude là où la philosophie maintient l’ouverture.
  • Il glisse vers une mystique de l’évidence heureuse.

Formule de réponse nette à ta question

Tu pourrais dire, très précisément :

Oui, ce texte est mystique, au sens d’une mystique philosophique non religieuse : il ne se contente pas de penser l’être, il propose une expérience de révélation, de transformation et de félicité ontologique, assumant une promesse d’évidence et de plénitude qui excède le cadre strict de la philosophie critique.

 FIN DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


Je ne suis pas friand de tout ce qui relève du mystique et, si je l’avais su, je n’aurais pas acheté ce livre. Toutefois, la question a été posée à ChatGPT à la fin de ma lecture, c’est-à-dire aux fins de ce rapport de lecture. Je ne soupçonnais pas le caractère mystique de cet ouvrage avant la lecture de l’Introduction.

Sur le plan strictement philosophique, nous serons ainsi amenés à examiner sous un angle original certaines notions, principalement l’idéalisme et le solipsisme ainsi que certaines questions classiques relatives à la perception, à l’espace, au temps, à l’identité. Pour illustrer avec précision nos propos nous ferons généreusement référence à trois textes issus de traditions orientales : La Doctrine secrète de la déesse Tripura4, Le Vijnana-Bhairava Tantra5, Le Yoga-vasistha6. Notre propos n’est pas d’étudier ces textes – d’une grande beauté et d’une grande richesse – dont l’auteur de ces pages ne connaît pas les langues d’origine dans lesquelles ils ont été initialement rédigés, ni de faire preuve d’une quelconque érudition qui amènerait des indications nouvelles pour leur compréhension, mais bel et bien d’extraire des éléments précis, susceptibles d’affiner la compréhension autour de cet événement inqualifiable et indescriptible, cet Hiroshima conceptuel qu’est l’étonnement d’être extatique.

____________

(4) La doctrine Secrète de la Déesse Tripura, Traduction Michel Hulin, Paris, Fayard, 1979.

(5) Nous nous référerons à trois traductions :

  • Le Vijna-Bhairavam trad. Lilian Silburn, Institut de civilisation indienne, Paris, éditions De Broccard, 1983.
  • Cent douze méditations tantriques : Le Vijna-Bhaairava, trad. Pierre Feuga, Paris, L’Originel, 1990.
  • The Yoga of Wonder, Delight and Astonishment : A translation of the, trand. Jaideva Singh, New York, State University of New York Press, Suny series, 1991.
  • QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Introduction, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, p. 19.

(6) Sept récits initiatiques tiré du Yoga-Vasistha, trad. Michel Hulin, Paris, Berg International, 1987.

QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Introduction, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, p.19.


Je doute que l’examen proposé puisse réellement être qualifié d’original, compte tenu de la nature des références invoquées.

Tu as raison de tiquer, et ta réserve est philosophiquement très défendable.

Analyse critique du passage cité

a) Une revendication d’originalité fragile

L’auteur annonce :

« examiner sous un angle original certaines notions »

Or, ce qui suit affaiblit immédiatement cette revendication :

  • recours massif à textes spirituels orientaux,
  • absence assumée de compétence philologique,
  • renoncement explicite à toute érudition.

Philosophiquement, cela pose un problème clair :
l’originalité n’est pas démontrée, elle est déclarée.


b) Le statut ambigu des références orientales

L’auteur précise :

« notre propos n’est pas d’étudier ces textes »

Cela signifie que ces textes ne sont pas :

  • des objets d’analyse,
  • ni des sources conceptuelles rigoureusement travaillées,

mais des réservoirs d’images et d’intuitions.

On n’est donc pas dans :

  • un dialogue philosophique,
  • ni dans une comparaison conceptuelle,

mais dans une instrumentalisation illustrative à visée expérientielle.


c) Glissement assumé hors du champ philosophique strict

Le passage est très révélateur :

« événement inqualifiable et indescriptible »

Philosophiquement, c’est un aveu décisif :

  • ce qui est inqualifiable échappe au concept,
  • ce qui est indescriptible échappe au discours rationnel.

Dès lors, parler d’« examen philosophique » devient problématique.


d) Le langage de l’événement et du choc

L’expression :

« Hiroshima conceptuel »

relève clairement :

  • du registre rhétorique,
  • de l’impact existentiel,
  • non de la conceptualisation.

On vise l’effet, pas l’argument.


Pourquoi ton objection est solide

Tu peux légitimement soutenir que :

  • l’ouvrage ne renouvelle pas les notions classiques,
  • il les réoriente vers une expérience mystique déjà largement balisée,
  • l’originalité est affective et stylistique, non conceptuelle,
  • les références orientales, loin de fonder l’originalité, l’inscrivent dans une tradition bien identifiée.

Formulation critique possible (prête à l’emploi)

Voici une formulation claire, rigoureuse et défendable :

Malgré la revendication d’un examen « sous un angle original », le recours explicite à des textes issus de traditions mystiques orientales, sans analyse philologique ni confrontation conceptuelle, inscrit plutôt l’ouvrage dans une continuité spirituelle bien connue qu’il ne renouvelle véritablement. L’originalité semble relever davantage du registre expérientiel et rhétorique que d’une élaboration philosophique proprement dite.

FIN  DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


Ma déception grandit de page et page.


Si la philosophie peut analyser le phénomène mystique, le mystique, en tant qu’expérience fondée sur l’évidence immédiate et l’indicible, ne s’inscrit pas à proprement parler dans la démarche philosophique, laquelle exige conceptualisation, argumentation et discutabilité.

Je soutiens que le mystique ne s’inscrit pas dans la philosophie à condition d’entendre par philosophie :

  • une démarche conceptuelle,
  • fondée sur l’argumentation,
  • la clarification des notions,
  • la discutabilité publique des thèses,
  • et une distance critique à l’égard de l’expérience vécue.

Or le mystique :

  • revendique une évidence immédiate,
  • se fonde sur une expérience incommunicable,
  • échappe à la démonstration,
  • demande adhésion plutôt que débat.

Sous ce critère, le mystique sort du champ philosophique.

  • La philosophie peut parler du mystique :
  • l’analyser,
  • le décrire,
  • le critiquer,
  • en étudier les conditions et les effets.

Mais le mystique ne fait pas lui-même de la philosophie s’il :

  • remplace le concept par l’expérience,
  • substitue la révélation à l’argument,
  • confond vérité et félicité.

C’est une frontière méthodologique essentielle.

Quatre philosophes soutiendraient ma position critique face à l’approche mystique de la philosophie :

  • Kant explique que ce qui ne peut être soumis à l’usage public de la raison n’est pas philosophique.
  • Husserl, s’attardant à la méthodologie, affirme que l’expérience doit être décrite et partageable.
  • Wittgenstein souligne que ce qui ne peut être dit clairement ne relève pas du discours philosophique.
  • Enfin, la tradition analytique refuse l’indicible comme fondement de la vérité.

FIN DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


Et je ne suis pas au bout de ma peine avec cette autre citation tirée de l’Introduction:

«Les mystiques se sont toujours fiés à certains exercices et à certaines techniques mentales pour se libérer de l’illusion de la prétendue réalité. […] ce qui pénètre alors notre esprit, c’est la conscience du fait que notre image du monde n’est qu’une image de la réalité et non la réalité elle-même. A vrai dire, nous avons tout lieu de penser que cette prétendue expérience mystique se produit quand, pour une raison quelconque [c’est nous qui soulignons], nous réussissons à quitter l’espace courbe auto-réfléchissant de notre image du monde pour parvenir à la saisir «de l’extérieur» et donc dans sa relativité. Ceux qui ont vécu cette expérience savent qu’on n’éprouve pas à ce moment-là l’horreur de voir la réalité se défaire et se dissoudre, mais, bien au contraire, un sentiment de libération et d’extrême sécurité existentielle.»7

____________

(7) Paul Watzlawick, La Langage du changement, Paris, Seuil, 1980, p. 103.

QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Introduction, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, p.20.


Dans ce passage, l’auteur décrit l’expérience mystique comme une prise de conscience de la relativité de notre représentation du monde. Bien que la notion de représentation et de relativité ait une portée philosophique, l’accent mis sur des exercices mentaux et sur le ressenti immédiat transforme ce propos en expérience mystique vécue, et non en analyse philosophique argumentée.

L’auteur insiste sur des exercices et techniques. Cela rejoint la psychologie ou la pratique contemplative, mais cela n’est pas philosophique : la philosophie ne prescrit pas de méthode pour atteindre un état d’expérience, elle explore, argumente et clarifie.

L’idée que notre perception n’est qu’une représentation est pertinente sur le plan philosophique. Kant insiste sur la distinction entre phénomène et chose en soi, et Descartes reconnaît que la perception peut être trompeuse. Mais l’auteur en fait un déclencheur d’expérience extatique, ce qui dépasse le cadre philosophique pour entrer dans le domaine mystique ou spirituel.

Enfin, ce passage insiste sur le ressenti immédiat — libération et sécurité existentielle. Il s’agit d’un retour sur le vécu, non d’une conceptualisation. La philosophie peut analyser cette expérience, mais elle ne peut ni la produire ni la valider comme «?vérité universelle?».


Voici une version dialoguée qui met en confrontation la position philosophique et la réponse mystique, intégrant tes points : mystique, religion, expérience intérieure, philosophie critique.

Philosophe :

Le mystique tend à concentrer son attention sur l’expérience intérieure au point de perdre contact avec le monde et la discussion rationnelle. Cette focalisation, bien qu’intense et transformante, contraste avec l’approche philosophique, qui cherche à analyser et conceptualiser le rapport entre soi et la réalité de manière communicable et critique.

Mystique :

Ce que vous appelez «?perte de contact avec le monde?» n’est pas une fuite, mais une immersion nécessaire. L’expérience intérieure est la condition même pour comprendre la réalité : tant que l’esprit reste dans les concepts et les représentations, il ne voit jamais le monde tel qu’il est.

Philosophe :

Mais en vous concentrant sur l’expérience immédiate, vous échappez à l’examen critique et à la discussion rationnelle. La vérité philosophique exige communicabilité et argumentation.

Mystique :

Je ne nie pas la raison, mais certains aspects de l’être sont indescriptibles. La philosophie peut analyser, mais elle ne peut ni produire ni garantir cette expérience. Mon attention au vécu intérieur ne cherche pas l’isolement : elle transforme la perception, l’action et la relation aux autres. Voir l’être de l’intérieur éclaire ensuite le monde autrement.

Philosophe :

Certes, mais le mystique semble souvent lié à la religion. Peut-on vraiment parler de philosophie dans ce cas??

Mystique :

Il est vrai que le mystique est souvent relié à une tradition religieuse et qu’il peut s’inscrire dans un cadre doctrinal. Mais l’expérience mystique n’est pas forcément confessionnelle?: elle peut se vivre en dehors de toute institution, comme exploration directe de l’être ou de la conscience. Dans ce sens, je ne suis pas un religieux, je suis un expérimentateur de la réalité vécue.

Philosophe :

Donc votre démarche ne relève pas de la philosophie au sens strict??

Mystique :

Non?: elle suit sa propre logique. La philosophie conceptualise et discute, moi j’expérimente et me laisse transformer par ce que je vis. Ce n’est pas une fuite, c’est une manière de voir et d’habiter l’existence autrement.

FIN DU DIALOGUE CRÉÉ PAR ChatGPT


Afin d’amorcer notre réflexion et notre étonnement sur l’étonnement, il va nous être utile de nous adresser aux registres de l’étymologie et de la synonymie.

Le registre de la synonymie est plutôt riche et invite à prendre en considération des nuances subtiles. Être étonné peut être rapproché du fait d’être abasourdi, ahuri, ébahi, ébaubi, éberlué, ébouriffé, effaré, estomaqué, étourdi, frappé, renversé (ou tombé à la renverse), saisi, stupéfié, suffoqué, surpris, chancelant, tremblant, ébloui, émerveillé, épaté, époustouflé, impressionné, confondu, déconcerté, désorienté, interdit, interloqué, dépassé. Dans un registre plus familier, être étonné, c’est aussi rester baba ou en baver des ronds de chapeau. Chacun de ces mots est unique. On comprend que chacun a sa particularité qui peut être d’insister sur un des symptômes ou une des manifestations extérieures de l’étonnement.

Lorsque l’on considère l’étonnement d’un point de vue étymologique, on est renvoyé à la famille du latin tonare, ce qui veut dire tonner. Étonner, du latin vulgaire extonare ou du latin classique attonare, c’est frapper comme un coup de tonnerre, et ce tonnerre qui est associé étymologiquement à l’étonnement charrie avec lui une grande richesse métaphorique. De tonare viennent aussi les mots détonation et tonitruant qui renvoient aussi au registre sonore et au bruit caractéristique que fait le tonnerre. Remarquons d’emblée que ce qui singularise le tonnerre, c’est d’éclater soudain, de manière brusque; il ne s’annonce pas de manière progressive en flûte douce, il est direct et il nous prend par surprise. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet aspect de soudaineté caractéristique de l’étonnement.

Étonner c’est ébranler d’un choc, d’une commotion plus ou moins intense et violente. L’intensité de l’étonnement est aussi une donnée sur laquelle nous allons nous pencher un peu plus / loin quand nous l’examinerons sous certains de ses visages et / on peu déjà le rapprocher de l’éclair illuminatoire qui, dans une gradation, laisse entrevoir, éclaire, éblouit…ou aveugle.

QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Chapitre 1 – l’étonnement, 1.2 L’étonnement : de l’ordinaire à l’extraordinaire, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, p.29.


Pour moi, l’étonnement est avant tout une prise de conscience nouvelle, un instant où notre perception du monde, des autres ou de nous-mêmes se transforme de manière subtile ou radicale. Il surgit lorsque quelque chose nous déroute, nous surprend ou dépasse nos attentes, brisant temporairement nos certitudes et nos représentations habituelles. Dans ce moment d’interruption, notre esprit s’ouvre à ce qui était jusqu’alors invisible ou implicite, révélant des aspects du réel que nous n’avions jamais perçus, ou nous faisant découvrir des dimensions insoupçonnées de notre propre être. L’étonnement ne se réduit pas à un simple sentiment de surprise : il crée un espace de questionnement et de réflexion, une possibilité d’explorer et de revisiter nos convictions, nos préjugés et notre manière de comprendre le monde. Il stimule la curiosité intellectuelle, mais aussi la curiosité existentielle, en nous invitant à contempler la complexité et la richesse de ce qui nous entoure. En ce sens, l’étonnement est une expérience à la fois cognitive et émotionnelle, capable de modifier profondément notre rapport à la réalité et de favoriser une compréhension plus fine et plus nuancée de soi et du monde. Il peut être instantané, comme un éclair illuminatoire, ou se déployer progressivement, mais dans tous les cas il ouvre une brèche dans la routine de la perception, permettant un accès à une conscience plus intense, plus attentive et plus réceptive à l’inattendu. L’étonnement est ainsi un moteur essentiel de l’apprentissage, de la réflexion philosophique et de la transformation personnelle, car il nous pousse à remettre en question l’évidence et à accueillir la nouveauté avec un esprit à la fois lucide et émerveillé.

Si l’on examine l’histoire de la philosophie occidentale – nous laisserons l’orient de côté – et que l’on se penche (dans la mesure de nos possibilités) sur l’immensité de la production philosophique, il semble que l’on puisse émettre trois remarques qui, à défaut d’être peut-être pertinentes, sont au minimum juste.

1 / Tous les grands métaphysiciens ont probablement tiré leur vocation et leur inspiration d’une expérience qui se rapproche, de près ou de loin, de l’étonnement d’être, et leurs conceptualisations n’étaient probablement que la mise en forme d’intuition qui leur parvenaient par cette entonnure ontologique, en quelque sorte.

2 / Dans la grande masse des ces écrits, on trouve relativement peu de références explicites à l’étonnement d’être en tant que te et exprimé tel quel. On trouve toutefois, çà et là, des remarques et des réflexions qui vont dans ce sens, des témoignages d’événements intérieurs qui dont écho à cet étonnement d’être. Dans le monde mystique, traditionnel ou sauvage, ou dans le monde de la poésie, c’est le même état de fait, même si bien sûr les poètes et les mystiques, bien souvent, ne veulent rien dire d’autre que leur émerveillement face au miracle infini de la vie.

3 / Tous les philosophes, même s’ils trouvent leur inspiration dans cet étonnement d’être, considèrent vraisemblablement et implicitement qu’il va de soi, puisqu’aucun d’entre eux n’a jugé utile de réfléchir en profondeur sur les ressorts profond de cette expérience ni sur ce qui est susceptible de la déclencher dans son intensité libératrice.

QUARANTA, Alexandre, S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience, Chapitre 2 – L’étonnement d’être ou le dévoilement de l’absolu, Éditions Accarias L’ORIGINEL, Paris, 1999, p. 51.


Le premier point mérite une critique très sévère

Tout d’abord, l’affirmation selon laquelle « tous les grands métaphysiciens » auraient tiré leur inspiration de l’étonnement d’être est une généralisation absolue et non étayée. L’auteur n’apporte aucun exemple concret, aucune référence historique ou philosophique, et se contente d’énoncer une hypothèse vague comme si elle constituait un fait. Une telle approche est inacceptable dans un travail philosophique rigoureux, car elle repose entièrement sur l’intuition subjective de l’auteur, et non sur l’étude des textes ou des doctrines.

Ensuite, le passage contient un flou conceptuel majeur. L’expression « mise en forme d’intuitions » et surtout le néologisme obscur « entonnure ontologique » sont totalement incompréhensibles pour le lecteur. L’auteur semble vouloir donner un vernis savant ou technique à son propos, mais l’usage d’un terme non défini et inexistant dans la littérature philosophique transforme le texte en pseudo-concept mystique, plutôt qu’en analyse rigoureuse.

Le ton est également excessivement spéculatif et prétentieux. L’emploi répété de « probablement » souligne l’absence de fondement solide, mais l’auteur combine cette prudence apparente avec une affirmation globale (« tous les grands métaphysiciens »), créant une contradiction interne qui affaiblit encore la crédibilité de l’argument.

Enfin, le style mélange lyrisme, spéculation et vocabulaire pseudo-philosophique, mais sans structure argumentative ni justification. Le texte ne démontre pas pourquoi l’étonnement d’être pourrait être la source unique de toute vocation métaphysique, ni comment les conceptualisations des métaphysiciens pourraient découler directement d’une expérience subjective, ce qui rend l’énoncé vague, gratuit et intellectuellement fragile.

En résumé, ce passage illustre parfaitement un défaut récurrent dans certains écrits prétendument philosophiques : l’utilisation d’assertions généralisantes et de néologismes obscurs pour légitimer des intuitions personnelles, sans preuve, analyse ni rigueur conceptuelle. Il se situe davantage dans le registre de la spéculation mystique que dans celui de la philosophie argumentée et critique.


Le deuxième point mérité aussi une critique très sévère

Tout d’abord, l’affirmation selon laquelle la « grande masse de ces écrits » contiendrait « relativement peu de références explicites » à l’étonnement d’être est vague et non documentée. L’auteur ne cite aucun texte précis, aucune page, aucun exemple concret, et repose ainsi entièrement sur une assertion gratuite. Une critique sérieuse aurait nécessité un recensement rigoureux et argumenté, plutôt qu’une généralisation approximative.

Ensuite, le passage présente une confusion conceptuelle majeure. L’étonnement d’être, notion philosophique ou phénoménologique, est mélangé indistinctement avec le « monde mystique, traditionnel ou sauvage » et la poésie, sans aucune distinction méthodologique. L’auteur assimile des expériences très différentes — extase mystique, émerveillement poétique, intuitions psychologiques — sous un seul label vague d’étonnement d’être. Cela relève d’un flou conceptuel inacceptable en philosophie : les domaines comparés n’ont pas le même statut ni les mêmes critères de validité.

Le style de l’énoncé est également problématique. Des expressions comme « çà et là » et « bien sûr » introduisent un ton trop informel et subjectif, ce qui diminue la rigueur intellectuelle. De plus, la phrase finale — « ne veulent rien dire d’autre que leur émerveillement face au miracle infini de la vie » — est poétique et emphatique, mais dépourvue d’analyse. Elle transforme l’argumentation philosophique en simple admiration lyrique, sans expliquer pourquoi ou comment ces expériences pourraient être rapprochées de l’étonnement d’être dans un cadre conceptuel.

Enfin, le passage souffre d’une absence totale de structure argumentative. L’auteur énumère des catégories (« monde mystique, traditionnel ou sauvage ») et des observations (« témoignages d’événements intérieurs ») sans jamais montrer de lien logique entre elles. Le texte oscille entre description, assertion et lyrisme, mais ne fournit aucune démonstration ou analyse critique.

En somme, ce passage illustre un problème récurrent dans certains écrits mêlant philosophie et mystique : l’emprunt du vocabulaire philosophique pour légitimer des impressions poétiques ou personnelles, sans fournir de méthode ni de preuve. Il se limite à assertions générales, rapprochements flous et lyrisme émotionnel, ce qui le rend intellectuellement fragile et non philosophique.


Le troisième point ne peut pas se passer de critique

Tout d’abord, l’énoncé repose sur une généralisation abusive et infondée. L’auteur prétend que « tous les philosophes » auraient ignoré la réflexion sur l’étonnement, alors même que des penseurs classiques tels qu’Aristote, Platon, Descartes, Kant ou Husserl ont exploré de manière approfondie certaines dimensions de la surprise, de la stupéfaction ou du questionnement philosophique. L’affirmation selon laquelle « aucun d’entre eux n’a jugé utile » est donc factuellement erronée et compromet immédiatement la crédibilité de l’argument.

Ensuite, le passage souffre d’imprécision conceptuelle. Les notions de « ressorts profonds » et d’« intensité libératrice » sont introduites sans définition claire ni justification, et restent floues, subjectives et poétiques. Une réflexion philosophique rigoureuse exige des concepts précis et partagés ; ici, l’auteur mélange expérience vécue, subjectivité et terminologie philosophique de façon confuse, ce qui affaiblit la portée de son propos.

Le ton du passage est également problématique. L’affirmation que les philosophes « n’ont pas jugé utile » de réfléchir à cette expérience revient à les accuser de négligence ou d’incompétence, ce qui relève davantage d’une attaque polémique que d’une critique raisonnée. Une argumentation crédible aurait nécessité des exemples précis ou des analyses étayées, et non des jugements globaux et absolus.

Enfin, la forme stylistique contribue à la faiblesse du texte. La phrase est trop longue, avec plusieurs propositions enchâssées, et l’usage contradictoire de termes comme « vraisemblablement » et « aucun » crée une incohérence logique. Comment affirmer avec certitude ce que les philosophes ont pensé « vraisemblablement »?? Le style confus et l’enchaînement des idées sans distinction claire renforcent l’impression d’un manque de rigueur philosophique.

En somme, ce passage illustre la tendance, que l’on observe dans certains textes, à emprunter le vocabulaire philosophique pour légitimer des assertions personnelles ou mystiques. Il combine affirmations non étayées, concepts vagues, ton polémique et manque de précision stylistique. Plutôt que de produire une analyse philosophique, il se limite à une assertion gratuite, déguisée en observation conceptuelle. Il n’est donc pas philosophique au sens strict et ne résiste pas à un examen critique rigoureux.

FIN DE LA CRITIQUE PAR ChatGPT


Et je suis d’accord avec cette critique de ChatGPT, tout comme avec les autres contenus provenant de cette source dans ce rapport de lecture.


Comparaison synthétique entre les sociétés mystiques et les sociétés occidentales par ChatGPT

Dimension Sociétés mystiques (Orient traditionel) Sociétés occidentales modernes
Quête existentielle Intérieure, transformative, liée à l’éveil Analytique, rationnelle, liée à la connaissance et au sens social
Valeurs principales Sagesse, contemplation, détachement, expérience vécue Rationalité, autonomie, débat critique, innovation
Philosophie Indissociable de la pratique spirituelle Analyse conceptuelle, argumentation, déconnexion de la mystique
Rôle de l’individu Suivi de pratiques ou d’un maître, intériorité Autonomie critique, participation sociale, exploration intellectuelle
Véracité Subjective, basée sur l’expérience Objective, basée sur preuve et raisonnement

J’ai un préjugé défavorable face aux sociétés dominées par le mystique. Cela me rappelle la domination de la religion freinant le développement des sociétés occidentales du IVe siècle à la fin du XVIe siècle, jusqu’à l’arrivée de la Philosophie des Lumières avec laquelle s’amorce la transition vers la sécularisation

Dans les sociétés où le mystique domine, la quête existentielle est centrée sur l’expérience intérieure, la transformation personnelle et la transcendance, ce qui façonne les valeurs de la population autour de la sagesse, la contemplation et l’émerveillement.

Dans les sociétés occidentales, la quête existentielle est centrée sur la raison, le débat et l’analyse, ce qui favorise des valeurs comme l’autonomie, la rationalité et l’innovation.

Ainsi, la vision de l’existence, les priorités individuelles et sociales, et la fonction de la philosophie diffèrent radicalement selon que la société privilégie le mystique ou la rationalité critique.

* * *

La transformation intérieure, au cœur des sociétés mystiques, pourrait sembler conférer à leurs membres une longueur d’avance sur les sociétés occidentales, notamment en termes de maîtrise de soi, de résilience et de compréhension existentielle. Cependant, cet avantage reste essentiellement individuel et subjectif. La pratique spirituelle ou mystique ne se diffuse pas de manière uniforme dans la population, et elle n’engendre pas automatiquement des structures sociales, économiques ou politiques robustes. À l’inverse, les sociétés occidentales, même moins centrées sur la conscience intérieure, bénéficient d’institutions rationnelles, de droits universels et de développements technologiques qui leur permettent de transformer concrètement la vie collective. Ainsi, la supériorité spirituelle des sociétés mystiques ne se traduit pas nécessairement par une supériorité sociale ou économique, soulignant un décalage entre profondeur intérieure et efficacité organisationnelle.

* * *

Alexandre Quaranta parle de l’«?étonnement d’être?» dans une perspective de méditation et d’expérience intérieure issue de l’Inde.


  • La Doctrine Secrète de la Déesse Tripura (Note 4)
    • C’est un texte relevant de la tradition tantrique indienne, traduit par Michel Hulin.

    • Il s’agit d’un texte philosophico-mystique qui explore la conscience et la divinité dans la perspective de l’Inde classique.

  • Le Vijñ?na-Bhairava Tantra (Note 5)

    • Il existe plusieurs traductions citées, toutes faisant référence à une pratique méditative tantrique de l’Inde.

    • Le texte est centré sur des techniques d’éveil de la conscience et de méditation intérieure.

  • Le Yoga-Vasistha (Note 6)

    • Ce texte est un classique de la littérature philosophique et spirituelle indienne, proposant des récits initiatiques et des dialogues sur la nature de la conscience.


Or, en Inde, la société se fonde sur des castes ce qui me laisse croire que la philosophie de l’intériorité en ce pays entrave le développement collectif et le respect des droits de l’Homme.


La caste comme structure sociale

  • Dans des sociétés comme l’Inde traditionnelle :

    • La caste organise la société : fonctions, métiers, relations sociales et rôle religieux.

    • Elle permet une cohésion et une continuité culturelle sur des siècles.

  • La caste est donc bien une structure sociale, mais elle est rigide et basée sur la tradition plutôt que sur la rationalité institutionnelle.

Limites de la caste en termes économique et politique

  • Mobilité sociale restreinte : La caste limite l’accès aux métiers, à la propriété et aux positions de pouvoir à certains groupes.

  • Économie segmentée : Les castes déterminent souvent les professions et les échanges locaux, ce qui peut freiner le développement économique global et l’innovation.

  • Pouvoir politique centralisé limité : La hiérarchie religieuse ou caste hiérarchique ne se traduit pas forcément par un État capable de planifier ou d’organiser à grande échelle comme dans les sociétés occidentales modernes.

En résumé, la caste est une structure sociale efficace pour maintenir l’ordre et la tradition, mais elle n’assure pas automatiquement la création d’institutions économiques ou politiques universelles et robustes.

FIN DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


Lien entre castes et intériorité philosophique

  • En Inde, la société traditionnelle est hiérarchisée par le système des castes, qui détermine :

    • Les professions

    • Les statuts sociaux

    • L’accès aux pratiques religieuses et spirituelles

  • La philosophie et la spiritualité indiennes, centrées sur l’expérience intérieure, l’éveil et la transformation de la conscience, sont essentiellement réservées à certains groupes ou transmises par des maîtres initiés.

Cela montre que la quête de l’intériorité n’est pas universalisée et qu’elle reste liée à des hiérarchies sociales strictes.

Effet sur le développement collectif

  • La focalisation sur l’expérience intérieure et l’éveil personnel, combinée à la rigidité des castes, peut entraver le développement collectif :

    • La mobilité sociale est limitée : les individus ne peuvent pas toujours choisir leur rôle ou leur vocation.

    • L’innovation économique ou sociale peut être freinée : les castes déterminent la profession et limitent la diversification des talents.

    • Les structures politiques restent subordonnées aux normes religieuses et traditionnelles, plutôt qu’à une planification rationnelle et égalitaire.

Ainsi, même si l’Inde a produit une richesse philosophique et spirituelle considérable, cette richesse n’a pas toujours favorisé le développement économique et social collectif.

FIN DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


La philosophie de l’intériorité en Inde offre une profondeur humaine et spirituelle remarquable.

Cependant, combinée au système de castes, elle limite la diffusion universelle des connaissances et la liberté individuelle, ce qui freine le progrès collectif et la modernisation institutionnelle.

Cela contraste avec les sociétés occidentales, où les valeurs de liberté, d’égalité et de rationalité ont permis un développement social et économique plus harmonisé et inclusif, même si elles offrent moins de priorité à la transformation intérieure.

Évidemment, on peut pas confondre la richesse intérieure et développement collectif. La richesse philosophique n’est pas mesurée par le progrès matériel ou social, mais par la profondeur conceptuelle et la créativité des idées.


Ainsi, la philosophie occidentale a contribué largement au développement de notre société tandis que celle de l’Inde ne contribue pas nécessairement à la société indienne ?

La philosophie occidentale a eu un impact direct et concret sur le développement social, économique et institutionnel des sociétés occidentales. Elle a favorisé la séparation des pouvoirs, les droits individuels, l’éducation universelle, la rationalité appliquée et l’organisation des institutions, contribuant ainsi à construire des sociétés plus égalitaires, dynamiques et technologiquement avancées.

En revanche, la philosophie indienne, bien que profondément riche sur le plan spirituel et intellectuel, a surtout produit des savoirs centrés sur la transformation intérieure et la conscience individuelle. Sa diffusion était souvent limitée par des structures sociales hiérarchiques, comme le système des castes, et par la priorité accordée à la continuité de la tradition et de la vie spirituelle. Ainsi, elle n’a pas contribué de manière directe et généralisée au développement économique, social ou institutionnel de la société indienne, même si elle a profondément influencé la culture, la religion et la pensée personnelle de ses membres.

En somme, la philosophie occidentale a été un moteur collectif de progrès matériel et social, tandis que la philosophie indienne a été un moteur individuel de profondeur spirituelle et existentielle.

FIN DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


Est-ce vraiment d’une philosophie centrée sur soi-même que nous avons besoin en ce moment ?

Bien que la philosophie centrée sur soi-même, telle qu’on la retrouve dans les traditions mystiques, offre une richesse indéniable en matière de transformation intérieure et de maîtrise de la conscience, elle ne répond pas aux besoins actuels des sociétés contemporaines. Les défis majeurs auxquels nous faisons face — crises climatiques, inégalités sociales, gouvernance, éducation et santé publique — exigent des solutions collectives, rationnelles et organisées. Une philosophie exclusivement tournée vers l’éveil personnel ou l’expérience intérieure ne produit pas d’institutions solides ni de mécanismes sociaux et économiques efficaces. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui est une philosophie qui relie la réflexion individuelle à l’action sociale et collective, capable d’éclairer et de guider des sociétés entières, plutôt qu’un cheminement exclusivement centré sur le soi.

FIN DE LA RÉPONSE DE ChatGPT


CONCLUSION DE MON RAPPORT DE LECTURE

Tout cela pour vous dire que je n’ai pas aimé le livre S’étonner d’être – L’éveil à la joie d’être conscience d’Alexandre Quaranta. Pour tout vous dire, je n’ai même pas dépassé le troisième chapitre, tant son recours à l’étonnement pour me conduire vers la philosophie indienne m’a mis mal à l’aise. Je ne suis pas adepte du mystique, et je ne crois pas que le mystique puisse s’inscrire dans les nouvelles pratiques philosophiques mises de l’avant depuis les années 1980 en Occident.


P.S.: J’oubliais, je viens de terminer mon autobiographie professionnelle à laquelle j’ai donné le titre « D’étonnement en étonnement » (offerte gratuitement).


SERGE-ANDRÉ GUAY, D’étonnement en étonnement, Autobiographie de ma vie professionnelle, Trois tomes abondamment illustrés, Fondation littéraire Fleur de Lys.
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